Il y a sept ans, le massacre de Marikana

Il y a sept ans la police sud-africaine tirait sur des mineurs en grève qui demandaient un salaire décent : 34 morts, 78 blessés, des familles dans le désespoir. Les familles de mineurs attendent toujours les indemnités promises ; aucun policier n’a été  poursuivi et les politiques font le discours convenu sur la tragédie. Les compagnies minières ont surmonté le choc : le platine a de l’avenir.

 Les trois composantes de l’Alliance tripartite  ont chacune fait des déclarations officielles au sujet de « la tragédie de Marikana », aucune n’utilise le mot tabou « massacre »  et pourtant comment nommer l’exécution de 34 mineurs sans armes, traqués par la police dans un endroit dont toutes les issues avaient été fermées par des barbelés?

 L’ANC reconnait que Marikana « restera pour toujours une tache dans l’histoire de l’Afrique du Sud démocratique » et qu’aujourd’hui les Sud-africains « ont le devoir d’en tirer des leçons ». Le COSATU, plus virulent, voudrait qu’ « après Marikana les conditions de travail des mineurs changent et que les compagnies minières soient tenues responsables pour les dommages infligés aux mineurs et à leurs lieux de vie depuis plus de cent ans » ». Le SACP demande que tous ceux impliqués dans ce massacre soit traduits devant la justice «  Il n’est pas acceptable dans une Afrique du Sud démocratique que des gens soient tués et que personne n’ait de compte à rendre ».

 Les victimes rescapées du massacre, les veuves tiennent un tout autre discours. Une veuve qui a perdu son mari tué de 11balles dans le dos, dans l’épaule, les cuisses, les fesses, le visage, les pieds, a ces mots qui résument le gouffre qui s’est installé entre la majorité de la population et les élites : « Is disent que dans ce pays nous sommes libres, mais quelques-uns le sont, pas les autres. Un policier a le pouvoir de tuer et ce n’est pas grave. Il n’y pas de justice. En tout cas, je ne la vois pas ».

 Pour faire vivre la famille, elle a accepté un emploi à la mine, au même puits où a travaillé son mari car les indemnités promises n’ont pas été encore toutes versées «  On ne dit pas que l’argent va remplacer le vide laissé par la mort de nos maris, ou que cela va soulager notre peine, mais cela montrerait que le gouvernement s’occupe de nous ». Ni Jacob Zuma, ni le président actuel Cyril Rampahosa n’ont osé faire le déplacement à Marikana.

 Les conditions de vie des mineurs et de leurs familles n’ont guère changé en dépit des promesses faites. Le logement, avec les bas salaires, a été un des déclencheurs du mouvement de grève. La compagnie de l’époque, Lonmin, avait promis de construire 5000 logements pour remplacer les sordides dortoirs pour hommes et loger les familles. En 2012 aucun n’était sorti de terre. (La Voix des veuves de Marikana ; Editions Clara magazine)

 Depuis le séisme que le massacre de Marikana a provoqué dans le monde minier, les compagnies ont réagi pour maintenir leurs profits tout en cédant sur l’amélioration des conditions de travail et des salaires. En 2012, l’extraction du platine employait 197 000 personnes, en 2018 seulement 167 000. Si les salaires des mineurs les moins qualifiés, les « drillers » qui taillent la roche ont augmenté, cela ne cache pas l’énorme différence de salaire entre les employés de la mine selon leur qualification.

 La mécanisation a permis la compression des effectifs tout en préservant la rentabilité  de l’extraction du platine  dont le cours avait chuté avant de repartir à la hausse. Lonmin qui opérait à Marikana, a été absorbée par une autre compagnie,Sibanye.La mécanisation est un redoutable adversaire pour les mineurs les moins qualifiés qui risquent le licenciement.

L’agitation sociale dans les mines de platine ne s’est pas éteinte avec Marikana et les frustrations sont grandes de se voir toujours exclus des profits engrangés par les compagnies. Le mois d’août est traditionnellement le mois des négociations salariales entre syndicats et patronat et toutes les options sont possibles, y compris une confrontation violente entre grévistes et policiers. 

 Le platine, selon un article paru dans Mining Weekly, est promis à un bel avenir avec les nouvelles technologies visant à diminuer les gaz à effets de serre et le réchauffement climatique. Les  futurs véhicules « propres » pourront utiliser l’hydrogène liquide comme ils le font aujourd’hui en remplissant leurs réservoirs à la pompe. Selon le responsable de Hydrogenious Technologies Liquid Organic Hydrogen Carrier, « l’hydrogène est la contribution la plus importante pour le futur système d’énergie renouvelable transportable et à l’échelle de la planète ». Et pour cela il faut du platine, beaucoup de platine  dont l’Afrique du Sud regorge, pour  produire de l’hydrogène « vert ». Il y a encore  beaucoup de travail pour perfectionner cette technologie et il faut une volonté politique pour encourager les recherches. (miningweekly.com /Transportable, tradable ‘green’ hydrogen earmarked to replace oil)

 Le Conseil des minerais sud africain ne s’y trompe pas en écrivant dans son document stratégique national sur le platine «  Les piles à combustible et l’hydrogène présentent des opportunités séduisantes à long terme pour la demande de platine ». Les documents ne précisent pas si les mineurs qui extraient le précieux minerai bénéficieront de ces avancées technologiques.

 

 

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