Le coronavirus et la revanche du pangolin

Alors que le monde tremble à l’annonce du chiffre des nouvelles victimes du coronavirus, le pangolin, ce curieux mammifère au corps recouvert d’écailles qui se nourrit de fourmis, peut se réjouir. Espèce en danger, victime de braconnage, de nouvelles lois vont le protéger !

Il n’y a pas que le pangolin qui est victime de braconnage pour des raisons diverses : l’éléphant pour son ivoire, le rhinocéros pour les vertus de sa corne réduite en poudre, le lion pour ses os et ses griffes, l’ours pour sa bile et l’ormeau pour sa chair délicate. Et le pangolin ? Pour sa chair  très prisée en Asie et ses écailles. Pour son malheur, sa petite taille et sa passivité facilitent le travail des braconniers. Mais le commerce illégal du pangolin est particulièrement destructeur. En 2018, 91200 pangolins ont été tués pour produire 48 tonnes d’écailles saisies par la police, on ignore combien d’autres ont été massacrés pour ce commerce de l’ombre.

Ce n’est pas la première fois que des maladies graves et contagieuses sont transmises à l’homme par la consommation d’animaux sauvages parce que des croyances leur accordent des vertus quasi magiques ou simplement parce que leur chair habilement cuisinée se trouve offerte sur les meilleures tables. La chair du pangolin fait le bonheur des Chinois et leur malheur aussi.

 Deux études, l’une faite par des chercheurs au Baylor College of Medecine de Houston au Texas et l’autre par une équipe de l’université d’agronomie de Chine arrivent à cette conclusion inquiétante «  Beaucoup de ces pandémies que nous avons observées au 21ème siècle sont le résultat de virus qui existent dans la nature et qui sont capables « de sauter » sur les humains et des infecter "  selon le professeur qui a dirigé l’étude. Cette capacité « à sauter » provient de plusieurs mutations du virus.

 L’innocent pangolin qui est un peu myope et balaie le sol de sa langue longue et gluante pour attraper ses proies, les fourmis dont il est très gourmand, peut aussi ingérer des crottes de chauve–souris porteuses du virus, chauve-souris aussi incriminée pour la propagation du virus Ebola. Bien que protégés par des conventions internationales, 2,7 millions de pangolins sauvages sont capturés en Afrique, et finissent sur la table des Chinois et leurs écailles servent à fabriquer de mystérieuses poudres et onguents miracle dans la médecine traditionnelle. Des dizaines de pays sont impliqués dans le trafic illégal de pangolins.

 Pour Ray Jansen qui travaille à l’université de Pretoria et qui dirige le Groupe de travail sur le pangolin, il se pourrait que le pangolin soit aussi porteur du virus et que la contamination ait eu lieu sur le marché où la viande est découpée pour la vente. Cette viande est consommée non seulement en Chine, mais aussi au Vietnam, en Malaisie, en Inde, au Népal et en Afrique de l’ouest et centrale. Beaucoup de ces pays n’ont pas la capacité de réagir aussi rapidement que la Chine rappelle Ray Jansen, qui ajoute que le nCoV-2019 peut rester dangereux dans l’animal mort tant qu’il n’est pas complètement desséché.

 Cette grande peur de la pandémie sauvera peut-être le malheureux pangolin menacé d’extinction. La Chine a immédiatement réagi et le 10 février le Congrès national du peuple a annoncé le renforcement des lois sur la protection de la vie sauvage et le trafic illégal des espèces sauvages ainsi que la fermeture de tous les marchés qui vendent de la viande d’espèces sauvages.

 https://www.dailymaverick.co.za/article/2020-02-07-coronavirus-source-found-in-pangolin-meat

 

 

 

 

 

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