L’ ultra droite mondialisée aime l’Afrique du Sud

L’Afrique du Sud avec son histoire tourmentée est terre fertile où (re) planter les graines de la supériorité de la race blanche. La corruption qui gangrène le gouvernement sud-africain ne fait qu’apporter de l’eau au moulin de ceux qui rêvent de revanche sur une démocratie nouvelle et encore vacillante et de reconquête sur les vieilles démocraties qui ont failli à toutes leurs promesses.

 Eugène Terre Blanche, le fier cavalier défenseur des Boers et de la nation afrikaner a, en son temps, fait les beaux jours des médias avides d’exotisme ; son rêve d’une nation blanche pure s’est réalisée dans cet ilot incongru qui s’appelle Orania où seuls sont admis les « purs afrikaners ». Tout cela peut  paraître un brin désuet, mais l’implantation d’une ultra droite moderne et conquérante est autrement plus inquiétante.

Les liens de l’extrême droite suédoise et sud-africaine ne datent pas d’aujourd’hui. Le meurtre  en 1986 d’Olaf Palme qui revient sur le devant de la scène avec la publication du roman « La Folle enquête de Stieg Larsson » vient à point nommé pour rappeler que le meurtre n’a jamais été élucidé et que la piste de l'extrême droite suédoise avait vite été abandonnée par la police suédoise. (Voir le Monde des livres du 1erFévrier). Une piste suédoise, elle aussi vite abandonnée, avait aussi été avancée dans le meurtre non élucidé de Dulcie September, en mars 1988 à Paris.

 Jonas Nilson, un nazi suédois qui a combattu au sein du bataillon Azov, une milice para-militaire nationaliste, en Ukraine s’est installé en Afrique du Sud et a établi des liens avec ces Sud-Africains blancs nostalgiques de l’ordre ancien et défenseurs de « la cause boer » dénonçant « le génocide blanc » en cours, sur le site South Africa Today dont il est co-fondateur.

 Les meurtres de fermiers blancs viennent étayer cette affirmation, reprise par Donald Trump dans un ses tweets impulsifs, largement diffusé et repris  sur le site Spoutnik. Un oligarque russe Vladimir Poluboyarenko, après une visite avec quelques richissimes russes nationalistes en Afrique du Sud,  a offert aux fermiers blancs de quitter leur « fatherland » pour une nouvelle « motherland » en Russie autour de la ville de Stavropol. Affirmer que les fermiers blancs sont victimes « d’un nettoyage ethnique », ne fait que reprendre les valeurs conservatrices défendues par Vladimir Poutine dénonçant un Occident tolérant au point de devenir « sans genre et stérile ».

 Un documentaire tourné en Afrique du Sud  avec le soutien d’un étudiant en théologie, Willem Petzer, défenseur  auto-proclamé de « mon peuple Boer » a été diffusé en Russie pour illustrer «  la campagne de sauvagerie et de prédation des Noirs sud-africains contre les blancs ». Petzer est un grand admirateur du philosophe Alexander Dugin et de sa « Fourth Political theory » qui démontre que la théorie des droits de l’homme n’est que foutaise idéologique qui anéantit le concept d’état-nation et de citoyenneté et les droits humains, un prétexte pour ouvrir la porte aux hordes de migrants, à l’assaut du monde civilisé. La preuve du bien fondé de la théorie du duginisme est la victoire de Bolsonaro, Kurz, Orban, Poutine etc,  affirme Willem Petzer. Peu importe le salmigondis théorique, comme on dit en anglais « the proof is in the pudding » ! Si le dessert est bon, peu importe les ingrédients !

 Tous ces défenseurs de la race blanche, de l’homme blanc, ont des liens avec toute l’extrême droite mondialisée. En Grande –Bretagne avec Katie Hopkins, au Canada avec Lauren Southern ou Faith Goldy qui affirme que l’unité dans la diversité  que proclame la Constitution sud-africaine n’est qu’un  leurre et la nation arc-en-ciel un hochet pour les naïfs alors que « les blancs vulnérables sont massacrés chaque jour à cause de la couleur de leur peau ».

 Toutes les études et statistiques montrent pourtant que les Afrikaners vivent plutôt bien  avec un salaire moyen de  20357 rands par mois, soit 9000 rands de plus que le salaire moyen national ; sur les 3, 6 millions de livres publiés ces dix dernières années, 45% sont des livres écrits en Afrikaans. Quant aux meurtres des fermiers blancs il y en eu 62, d’avril 2017 à avril 2018, ce que Donald Trump dans sa précipitation à tweeter à transformer en « large scale killing of farmers », des meurtres de fermiers à grande échelle ! Difficilement comparable avec les 57 meurtres commis chaque jour et dont les victimes sont majoritairement des hommes noirs et jeunes. Même Afriforum, le syndicat des fermiers blancs, a reconnu la justesse des chiffres et a nié avoir parlé de « génocide ou meurtre de masse » !

 La réalité n’intéresse pas l’extrême droite et son thuriféraire bien connu, Steve Bannon qui tisse sa toile de la  Belgique, avec le parti nationaliste flamand et le mouvement Die Suidlanders, jusqu’en Italie où il se propose d’ouvrir « une académie pour l’occident judéo-chrétien » dans le village de Collepardo. Bannon a aussi des relais aux Pays Bas, au Danemark et en Suède, sans oublier le Brésil  dont le président actuel est qualifié « de patriote brésilien". 

La droite nationaliste sud-africaine n’est plus aussi virulente qu’elle a pu l’être, mais elle est sur ses gardes et les discours racistes justifient ses milices et ses camps d’entrainement. L’actuel dirigeant du mouvement AWB, de feu Terre-Blanche, est très clair « nous avons changé de stratégie depuis 1994 et nous n’avons pas l’intention d’être les agresseurs. Notre but principal est de protéger, pas de créer l’anarchie ».

 Mais ce qui est inquiétant c’est de voir un réseau mondial de soutien financier et politique se créer autour de la notion de la pureté de la race blanche, des thèses nationalistes les plus dangereuses en utilisant pour justification la cause du peuple boer.

 Source :https://www.dailymaverick.co.za/article/2019-01-29-global-alt-right-exploiting-sas-divisions-and-history/

 

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