Quand l’histoire d’un pays part en fumée

L’incendie qui s’est déclaré au matin du dimanche 18 avril dans la ville du Cap a ravagé des hectares de végétation le long des pentes de la célèbre montagne de la Table, a mis en danger les quartiers les plus proches de la fournaise après avoir englouti dans les flammes des milliers de documents, archives, manuscrits. Une catastrophe culturelle sans précédent pour l’Afrique du Sud.

Des centaines de pompiers, dont six ont été blesses, ont tout mis en oeuvre pour éteindre la fournaise attisée par des vents violents. Des habitants des quartiers proches ont été évacués et on ne déplore heureusement aucune victime. Mais le coût de la destruction de documents et d’archives sont au delà de toute évaluation marchande. C’est une partie de l’histoire d’Afrique du Sud qui est partie en fumée.

 L’Université du Cap, UCT, est l’une des plus anciennes du pays et ses bibliothèques renfermaient des trésors. La célèbre bibliothèque Jagger contenaient des collections uniques d’archives et documents des luttes anticoloniales en Afrique du Sud mais aussi du continent africain. Sont partis dans les flammes : la collection des écrits de Ray et Jack Simmons , un couple de militants communistes, la collection du mouvement des femmes Black Sash, les archives de l’écrivain Richard Rive, une bible hollandaise unique de 1535, tous les autres exemplaires ont été brulés et l’éditeur condamné à mort. S’il est difficile de faire une évaluation exacte des pertes pour le moment, ces trésors vont manquer aux futurs étudiants et chercheurs

 La collection des entretiens réalisés par Wilhem Bleek et sa sœur Lucy Lloyd auprès de prisonniers San sur l’île de Robben Island en 1870 en langue originale avaient en partie étaient numérisés et les originaux ne sont peut-être pas perdus. Cette collection est inscrite sur le registre mémoire du monde de l’Unesco. Des cartes et atlas depuis la colonisation du Cap jusqu’à la guerre des Boers faisaient partie de la Talbot Map collection. Des archives audiovisuelles, des films africains, des photographies, dont les archives du célèbre photographe Jürgen Schadeberg illustrant la résistance à l’apartheid, Beyond the Barricades auraient aussi péri dans l’incendie.

 La bibliothèque conservait aussi l’intégralité des publications de deux journaux Cape Argus depuis 1857 et celle du Cape Times depuis 1876 et d’autres en langues africaines comme Imvo Zabantsundu, des œuvres d’art San , des peintures, les archives de l’architecte Herbert Baker.

La Librairie botanique Bolus qui renferme des trésors datant du 17eme siècle et un herbier auraient été préservés, ce qui n’est pas le cas du fameux vieux moulin de Mostert et du restaurant du Rhodes Memorial, des lieux familiers pour les habitants du Cap, qui ont été ravagés par les flammes.

Toutes ces archives étaient la preuve de la longue histoire tourmentée de ce pays et offraient des sujets d’études aux étudiants et futurs historiens dont le travail est irremplaçable pour démêler l’écheveau emmêlé de la vérité historique et de la mythologie passée et actuelle.

 

 

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