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Billet de blog 21 avr. 2022

Climat, corruption, incompétence : trio pour un désastre au Kwazulu-Natal

Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la province du Kwazulu-Natal n’ont rien d’exceptionnel dans le calendrier de l’Afrique australe. Ce qui est exceptionnel, c’est l’ampleur du désastre : plus de quatre cents morts, des fleuves de boue dévastant tout et une population désespérée. Le dérèglement climatique a bon dos, mais il n’est pas le seul en cause.

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L’ampleur des dégâts a obligé le gouvernement à déclarer le pays en état de désastre national. 10 000 soldats ont été déployés dans la province pour aider à approvisionner les habitants en eau potable et électricité. Le nombre des victimes est d’au moins 450, plus de 60 personnes sont toujours portées disparues, 3937 foyers ont été complètement détruits, 8039 partiellement endommagés, mais il est difficile de faire une évaluation exacte dans les bidonvilles qui ont été les plus touchés. Un bébé d’environ un an, trouvé nu et mort, en bord de mer, par un pêcheur qui a recouvert le petit corps de son t-shirt, a fait la une des journaux.

Dans sa déclaration du 19 avril, le Cosatu a clairement nommé les responsables de ce désastre. « Les inondations sont un sévère rappel des dommages causés par la corruption, la capture de l’Etat, les budgets d’austérité et l’incompétence des responsables. Nous avons besoin de responsables compétents au niveau municipal pour que la maintenance de nos infrastructures, drainage des eaux de pluie, même torrentielles, routes, ponts, barrages, ports soient correctement assurés ».

L’Afrique du Sud est un pays qui manque d’eau et qui consomme beaucoup d’eau pour son agriculture et son industrie minière. La négligence depuis des lustres envers l’environnement à provoquer pénurie et pollution des eaux. L’alimentation en eau potable des centres urbains est devenue un cauchemar pour les habitants, en particulier ceux des townships où les femmes et les enfants continuent à assurer la corvée d’eau chaque jour. La promesse de l’eau potable dans chaque foyer s’est perdue dans le marécage de la corruption et de l’incompétence des équipes d’entretien des réseaux d’alimentation. En zone rurale, les « mud schools », les écoles sans eau potable et sans toilettes sont encore nombreuses, alors que promesse avait été faite de les supprimer par de vraies écoles, avec de vraies toilettes pour remplacer les latrines mortelles pour les jeunes enfants.

Les détournements de fond sont une fâcheuse habitude prise par les « tenderpreneurs » depuis la mise en place de la discrimination positive ou Black Economic Empowerment, politique qui voulait donner un pouvoir économique à ceux qui en avaient été privés par le régime d’apartheid. Autrement dit créer une bourgeoisie noire qui serait le moteur d’une économie de marché. La bourgeoisie noire ne se comporte pas mieux que la bourgeoisie blanche et a vite compris qu’il ne fallait pas manquer l’occasion de s’enrichir vite et par tous les moyens. Les nouveaux riches sont plus soucieux de leurs chaussures Gucci ou de leurs sacs Vuitton que de savoir si l’eau coule aux robinets des moins chanceux qu’eux et les élus, de l’ANC ou de l’opposition, s’inquiètent de la taille de leur dernière voiture de fonction au lieu de veiller à la bonne gestion des fonds publics.

 Le Ministre des finances a bien dégagé un milliard de rands et d’autres financements sont prévus pour la reconstruction des ponts, routes etc emportés par les flots. La société civile, les organisations caritatives, les ONG s’affairent à secourir les rescapés qui d’ailleurs leur font plus confiance qu’aux institutions gouvernementales. 

La province du KwazuluNatal est l’une des plus corrompues du pays et celle où les rivalités entre factions de l’ANC se règlent à coups d’armes à feu. En juillet dernier les émeutes fomentées par l’aile dite de la Transformation radicale de l’économie (Radical Economic Transformation, fidèle à Jacob Zuma, le Zulu boy,et violemment opposée à l’actuel président, Cyril Ramaphosa, avait fait des dommages considérables à l’économie. Quelques 45 000 entreprises avaient été touchées par les pillages et destruction, 129 000 emplois perdus, 359 personnes tués sans compter ceux dont les corps ont disparu. Pour ajouter un désastre de longue durée, l’incendie d’un entrepôt de produits chimiques hautement toxiques a pollué rivières et plages. 

En désignant le dérèglement climatique comme le grand responsable du désastre national, Cyril Ramaphosa n’a pas réussi à convaincre les Sud-Africains que le parti au pouvoir n’avait aucune responsabilité dans ce désastre naturel. Surtout quand le premier ministre de la province accapare une citerne d’eau destinée à un quartier sinistré pour son usage personnel.  Les excuses et les promesses de veiller à ce que toute l’aide arrive bien à ceux qui en ont besoin auront du mal à rétablir la confiance dans un gouvernement qui a perdu toute crédibilité.

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