Justice, éthique et politique : l'ANC dans un sac d'embrouilles

La justice peut-elle trancher la question politique et morale qui secoue l’ANC depuis la mise à l’écart de son secrétaire général, Ace Mashagule, accusé de corruption, fraude et blanchiment d’argent par la direction de son organisation ? L’engagement politique n’a-t-il pour seule raison d’être que l’ambition et la promotion personnelle ?

 En son temps la réflexion d’un dirigeant de l’ANC avait suscité bien des interrogations « je ne me suis pas battu pour être pauvre ». Certes, on pouvait comprendre que le temps des sacrifices avait fini avec la fin d’un régime honni et que la manne serait partagée par tous. Près de trente ans après la victoire, on découvre que ceux qui ont le pouvoir se partagent le gâteau en ne reculant devant aucune vilenie pour le gonfler sans en laisser la moindre miette à ceux qui leur ont donné ce pouvoir. Ils sont grotesquement riches et espèrent bien le rester par tous les moyens.

 En refusant d’accepter le code de conduite de l’ANC qui demande à ses adhérents de quitter leur fonction jusqu’à ce que la justice ait fixé leur sort en cas d’accusation de fraude, corruption ou toute autre accusation d’acte criminel, Ace Mashagule, manipule la loi. Il utilise la présomption d’innocence reconnue par la constitution à tout prévenu qui comparait devant un tribunal en attente de la décision du juge, pour contester la décision prise par l’ANC, organisation à laquelle il a volontairement adhéré et dont il connaît le code de conduite.

 En ayant recours à un tribunal Ace Mashagule rejette toute responsabilité morale et politique, alors que l’ANC est rongé par la corruption. Pour sa défense il a choisi un ténor du barreau sud-africain : Dali Mpofu ; de son côté l’ANC a choisi un autre poids lourd, Wim Trengove, ce qui montre que l’affaire est sérieuse et que l’ANC y joue sa crédibilité. L’imbroglio juridique risque de durer longtemps et de paralyser le bon fonctionnement de l’ANC, alors que des élections municipales sont prévues en octobre prochain. Jessie Duarte, la secrétaire adjointe, n’a pas été nommée secrétaire général et Ace Mashagule a beau jeu de dire qu’elle ne peut convoquer des conférences régionales du parti qu’avec la signature du secrétaire général. Un revers pour l’ANC qui aurait bien voulu régler « son linge sale  en famille » selon son propre code de conduite adopté à la conférence national de 2017. La lutte des factions, qui était un secret de Polichinelle depuis que Jacob Zuma avait remplacé Thabo Mbeki à la tête du mouvement, va s’étaler au grand jour et faire sans nul doute les grands titres de la presse, tout comme les déclarations des témoins qui se succèdent à la Commission Zondo et le procès Zuma –Thales, encore une fois repoussé à plus tard.

 

 

 

 

 

 

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