L’Afrique du Sud à la recherche d’une transition énergétique juste

L’Afrique du Sud est le plus gros pollueur du continent africain, son énergie dépendant majoritairement du charbon. Elles est aussi victime du dérangement climatique avec des périodes de sécheresse inhabituelles. Prise entre le marteau et l’enclume, elle se voudrait exemplaire et adopter une politique de transition énergétique fiable, durable et économiquement viable.

 

 L’Afrique du Sud est au quatorzième rang des  producteurs mondiaux  de gaz à effet de serre et dès 2009 le gouvernement s’était engagé à réduire ces émissions de 42 % d’ici 2025, augmentant la part des énergies renouvelables. Eskom, l’entreprise publique d’électricité utilise toujours massivement le charbon dans ses centrales thermiques et 85% de l’énergie produite provient actuellement du charbon.

 En 2007, Eskom, confrontée à une demande accrue d’énergie, à la vétusté de son réseau de distribution et de ses centrales s’est lancé dans un vaste plan de construction  de nouvelles centrales thermiques, pas moins de 13 projets dont celui approuvé et financé par des fonds de la Banque mondiale de deux gigantesques centrales à charbon, Medupi et Kusile qui devaient être opérationnelles en 2015 pour un coût de 163 milliards de rands. http://renapas.rezo.net/spip.php?article557et http://renapas.rezo.net/spip.php?article524

 Mais une série de dysfonctionnements a fait passé la facture à 451 milliards de rands, ce qui représente la dette actuelle d’Eskom, avec pour perspective le plein rendement de ces centrales en 2021pour Medupi, et 2023 pour Kusile, si rien ne vient perturber les travaux. Eskom a du à nouveau  procéder à des délestages invoquant la rupture d’un tapis transporteur de charbon et des fuites dans les chaudières, plongeant le pays dans le noir et perturbant sérieusement l’activité économique. Ces deux méga centrales sont des désastres économiques et des modèles de malfaçons et d’incompétence de gestion. Un véritable cauchemar pour le Président Ramaphosa à la recherche d’investissements étrangers.

 L’énergie renouvelable, solaire et éolienne  gagnent du terrain et l’ancien ministre de l’énergie, en 2018, avait annoncé que le gouvernement avait pour objectif de produire  27,6 GW d’électricité en 2030 grâce aux énergies renouvelables ce qui faciliterait aussi la création de milliers d’emplois. Mais la persistance de l’utilisation du charbon a aussi ses champions, en particulier l’actuel ministre de l’énergie, ancien responsable du syndicat des mineurs. La question de l’emploi des mineurs de charbon, 82000 actuellement, n’est pas à prendre à la légère dans un pays dont le taux de chômage frôle les 30%.

En présentant le plan énergétique du gouvernement The Integrated Resource Plan, valable de 2019 jusqu’en 2030, le ministre a précisé ce qu’il appelait une transition juste : « une transition juste implique de s’éloigner de la pollution de l’environnement et d’aller vers une énergie propre. Cela doit se faire systématiquement et ne doit pas être un mouvement brutal d’un extrême à l’autre » et d’insister sur la part du charbon dans le mix énergétique proposé « nous avons 16 centrales thermiques et elles ne vont pas être  démantelées dans les cinq ans à venir …le charbon va continuer à jouer un rôle important ».

 Dans la répartition du mix énergétique , le charbon représentera encore 59%, mais l’éolien se taille la part du lion avec 18% de l’énergie produite, suivi par l’énergie hydro-électrique, 8% et le solaire, 6%. Des investissements  seront faits dans l’industrie charbonnière pour diminuer l’impact des émissions de CO2 comme le stockage des gaz en sous-sol. 

L’activité de la centrale nucléaire de Koeberg sera prolongée jusqu’en 2044. Le projet fou de la construction de centrales nucléaires par la Russie d’une puissance totale de 9 600 MW concocté en secret par l’ancien président Jacob Zuma, est définitivement abandonné. Deux ONG environnementales,Earthlife Africa and Southern African Faith Communities’ Environment Institute (Safcei)avaient été à la pointe du combat pour dénoncer ce projet qui aurait ruiné le pays. Toutefois l’idée de la construction de petites centrales à réacteur modulaire selon les besoins du pays est proposée dans ce nouveau plan. (mon blog : Energie nucléaire : le prochain scandale sud-africain)

 Le plan a été proposé au moment même où le pays était à nouveau plongé dans le noir. La recherche d’un équilibre entre développement économique et défense de l’environnement est un exercice difficile, mais quand tous les voyants qui mesurent la dégradation de la planète, la pollution, la montée des eaux, la disparition de la biodiversité, la sécheresse et les inondations inhabituelles, les bons choix doivent s’imposer par le dialogue permanent entre décideurs et citoyens.

 

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