Afrique du Sud : à quoi sert ce remaniement ministériel?

Le Président Cyril Ramaphosa vient de procéder à un remaniement ministériel nécessaire à la suite d’un décès et d’une démission. Curieusement il ne s’est pas séparé des ministres les plus incompétents, mais a réaffirmé sa volonté d’avoir un gouvernement équilibré  entre hommes, femmes, compétences et expérience.

 Le ministère de l’intérieur était vaquant après la démission de Malusi Gigaba, coupable d’avoir menti sous serment, d’avoir eu des liens étroits avec la famille Gupta et autres frasques, quand il était ministre de l’énergie. La ministre de l’environnement Edna Molewa est décédée en septembre 2018, quelqu’un devait donc être nommé à la tête de ce ministère. Enfin les ministères des communications et des services postaux doivent fusionner en 2019  pour affronter « la 4eme révolution » et un nouveau ministre devra préparer cette fusion.

 Il y a donc trois nouveaux membres du gouvernement : Siyabonga Cwele à l’intérieur, Stella Ndabeni-Abrahams  à la communication et Nomvula Mokonyane à l’environnement. Le Président en annonçant la composition de son nouveau gouvernement a pris soin d’expliquer son choix par sa détermination pour que son gouvernement  soit « un mélange approprié d’expérience et de compétences, d’hommes et de femmes, et de générations ».

 Cependant le Président, qui en est à son deuxième remaniement après la nomination de Tito Mboweni aux finances, n’a pas écarté des ministres notoirement incapables. Bathabile Dlamini reste au poste de ministre des femmes auprès de la Présidence, après un passage qui a frôlé le désastre national au ministère des affaires sociales. La Cour constitutionnelle  avait qualifié son comportement « de gravement négligent et irresponsable ». Mais elle est aussi à la tête de la Ligue des femmes de l’ANC, une composante du mouvement qui joue un rôle non négligeable pour inciter les citoyennes  à voter ANC aux moments des élections. Ceci explique certainement cela, car les élections générales sont annoncées pour le mois de mai 2019.

 Pourquoi avoir fait glisser Nomvula Mokonyane du ministère de l’eau et de l’assainissement  à celui de l’environnement ? Son successeur a trouvé le ministère qu’elle quitte dans un état déplorable, « a real mess » et des comptes dans le rouge ! Il faut rappeler qu’elle avait été nommée par Jacob Zuma. Les deux autres ministres  avaient aussi été ministres sous la présidence Zuma, mais avait fait partie des frondeurs.

 En fait d’équilibre entre compétence, expérience ou genre, il s’agit plutôt de savoir trouver un subtil équilibre entre les pro ou anti-Zuma, car Cyril Ramaphosa, qui est un fin politique, ne sait que trop bien que  sa victoire sur Jacob Zuma à la dernière conférence de l’ANC est une victoire fragile.  Il a certes commencé à nettoyer le cloaque laissé par son prédécesseur, mais par petites touches, le vrai grand nettoyage  est encore à venir. Les amis du président déchu sont encore bien présents et sont capables de relever la tête et il ne faut jamais se vanter d’avoir eu la peau du serpent avant de lui avoir écraser la tête.

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