Corruption : le grand nettoyage a-t-il commencé en Afrique du Sud ?

L’annonce de l’arrestation et comparution devant un tribunal de huit personnes le 17 juin impliquées dans la banqueroute de la banque VBS et celle d’un redoutable chef de gang au Cap seraient-elles le début d’un grand nettoyage dans les milieux politiques où la frontière avec le crime organisé est particulièrement poreuse ? En tout cas, un succès pour le parquet sud-africain.

 Créee en 2012, dans l’ancien bantoustan du Venda, la seule banque noire du pays, la banqueroute de la banque sud-africaine VBS Mutual Bank en 2016 avait fait grand bruit car elle avait prêté de l’argent, à Jacob Zuma pour la rénovation de sa résidence de Nkandla juste avant la faillite. Une enquête a révélé que des milliards de rands avaient disparu des caisses pour se retrouver dans les poches de ceux qui devaient veiller au bon usage de cet argent qui appartenait aux municipalités, aux tontines et aux retraités de la province du Limpopo. L’argent des plus pauvres avait tout simplement été volé. Les deux dirigeants du parti EFF, Julius Malema et Floyd Shivambu auraient aussi bénéficié de cet argent volé.

Les inculpés devront répondre de 47 chefs d’accusation pour fraude, vol, blanchiment d’argent corruption et racket. Parmi les inculpés, on trouve le PDG de la banque, le présumé cerveau de l’affaire, d’autres dirigeants de la banque et d’entreprises, mais aussi un responsable de KPMG, le cabinet d’audit chargé de vérifier les comptes de la banque qui a couvert des transactions frauduleuses.

Ce scandale financier peur sembler bien modeste comparé à l’entreprise concertée des frères Gupta et leurs alliés et complices qui ont littéralement siphonné les caisses de l’Etat vers les poches de politiciens ou responsables d’entreprises publiques, mais c’est un premier succès pour Shamila Batohi, la procureure générale nommée par le Président Ramaphosa en décembre 2018. Elle a du réorganiser ses services, alors que son budget est limité, que les effectifs sont réduits pour enquêter sur de gigantesques transactions frauduleuses.

Mais comme pour faire une démonstration de leur capacité à traquer le crime, les unités spéciales de la police sud-africaine ont réussi, après trois ans d’enquête, à mettre sous les verrous Nafiz Modack et 10 anciens membres de la police soupçonnés d’avoir aidé les mafieux du Cap à se fournir en armes illégales. La collusion entre groupe mafieux et policiers véreux a mis à feu et à sang les townships autour du Cap faisant des centaines de victimes innocentes prises dans les tirs croisés des règlements de compte entre gangs de Mitchell Plains.

Le contrôle des services de sécurité des boîtes de nuits, du trafic de drogues, de cigarettes, d’armes et d’êtres humains sont  des enjeux entre bandes rivales depuis des années, car non contente d’être particulièrement lucrative, cette main mise sur le monde de la nuit, a besoin de complicité dans la police et ceux qui contrôlent la police. Ce rapprochement n’est pas nouveau, mais remonte au temps de l’apartheid quand pour traquer les opposants au régime tous les coups étaient permis. Cette collusion est parfaitement connue, de nombreux journalistes ont écrit quantité d’articles et livres à ce sujet, mais il n’y avait jamais eu de volonté politique pour commencer le nettoyage de peur de voir tomber d’honorables membres du monde politique et du monde des affaires. Le procès de Jacob Zuma qui devait commencer à la fin juin mais encore une fois reporté pour l'automne, devrait, s’il va à son terme, permettre d’en savoir plus, tout comme le rapport attendu de la commission Zondo.

Deux titres d’ouvrages récents, aucun n’est traduit en français, pour découvrir le monde interlope sud-africain

The Enforcers par Caryn Dolley Jonathan Ball 2019

Gangster State par Pieter-Louis Myburgh Penguin 2019

Le nouveau polar sud-africain est aussi une manière plus amusante de plonger dans ce monde trouble. L’Agence de Mike Nicol, en français dans la collection Série noire, est une lecture qui s’impose.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.