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Billet de blog 24 sept. 2022

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Qui se souvient du désastre d’Aberfan ?

En octobre 1966, un terril s’est effondré sur l'école de ce village minier du Pays de Galles, en broyant 150 corps d’enfant. Une terrible délicatesse (A Terrible kindness) un roman qui mêle les vivants et les morts, m’a ramenée à ce souvenir qui revient si souvent, non pas les corps que je n’ai pas vus, mais la boue et le silence sur un village pétrifié par l’horreur.

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Ce désastre est le fil rouge de ce roman d’apprentissage, où le héros, fils d’embaumeur, qui vient d’obtenir son diplôme pour reprendre l’entreprise familiale de pompes funèbres, se porte volontaire pour aider à préparer les corps disloqués des enfants pour que les parents arrivent à les identifier. Mais il ne se remet pas de cette terrible expérience. Le roman navigue dans le temps et l’espace comme il navigue entre les vivants et les morts. De Cambridge où le héros, enfant dotée d’une voix magnifique rêve de devenir choriste puis soliste, d’une petite ville des Midlands où il rejoint, jeune adulte marié, l’entreprise familiale de pompes funèbres, brisant le rêve de sa mère adorée. De lourds secrets familiaux viennent assombrir la vie de chacun, comme la pluie d’Aberfan a miné le terril qui a glissé sur l’école ce matin du 21 octobre 1966, comme la chanson galloise Myfanwy berce les enfants morts. Ces enfants qui hantent les nuits du héros au point qu’il refuse d’être père au désespoir de son épouse qu’il adore.

Salué par la presse britannique comme « l’un des dix meilleurs premiers romans de l’année », Une terrible délicatesse, explore avec infiniment de subtilité l’écheveau embrouillé d’une vie d’homme bousillée comme le village d’Aberfan par le National Coal Board qui par insouciance, négligence, indifférence a laissé engloutir vivants les enfants d’Aberfan.

Il se trouve que j’étais à Aberfan cette année-là comme assistante de français dans le lycée du coin et que j’habitais à Treodyrhiw, le village en face d’Aberfan. Comme tout le monde, j’ai essayé d’aider en rejoignant les équipes qui se relayaient pour préparer thé, sandwichs pour les hommes, qui sans un mot, dégageaient la boue meurtrière. Je n’ai pas vu les corps disloqués, mais le silence qui a régné pendant plus d’une semaine dans ce village alors que des centaines de volontaires étaient présents, est toujours dans ma tête.

  Je me suis précipitée sur le livre dès que je l’ai vu dans ma librairie préférée et mon plaisir a été en partie gâché par la traduction. Alors qu’en tournant les pages je revoyais Aberfan sous la pluie, que j’avais dans les narines l’odeur du breakfast préparé par mon adorable logeuse , veuve de mineur comme toutes les vieilles dames de cette vallée minière, que j’entendais les chœurs masculins qui faisaient vibrer les murs de la chapelle méthodiste ou galloise, pourquoi, Good heavens ! traduire bacon and eggs par un insipide jambon avec des œufs ou confondre église (anglicane ou catholique) avec ces fameuses chapels protestantes galloises, faire prendre l’apéro aux sujets de sa Majesté et pire encore leur faire mijoter un bourguignon ou la saucisse en croûte ! et leur offrir en dessert une tourte aux pommes alors que rien n’arrive à la hauteur gastronomique d’un apple-pie.  Good gracious me, my love ! c’est faire danser le French cancan à la défunte reine d’Angleterre ! 

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