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Billet de blog 26 oct. 2020

Nous avons faim !

Le Prix Nobel de la Paix a été décerné en 2020 au Programme alimentaire mondial et le 16 octobre est la journée internationale pour le droit à l’alimentation. Ce jour–là des militants ont manifesté en Afrique du Sud pour crier leur colère devant la détérioration de la situation alimentaire dans leur pays, ravagé comme le reste du monde par la pandémie du Covid 19.

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La question de la faim n’est pas nouvelle, mais elle prend un aspect encore plus insupportable dans un pays qui reconnait le droit à l’alimentation comme un droit fondamental humain garanti par la constitution (Bill of Rights) Une des premières mesures prises par le nouveau gouvernement démocratique en 1994 avait été la distribution de repas gratuits dans les écoles, droits remis en cause pendant le confinement du au Covid19 où des enfants ont été privés du seul repas correct de la journée.

Ces derniers mois, les prix ont explosés au point que 80% des foyers sud-africains ne peuvent plus dépenser assez pour se nourrir convenablement. Selon un nouvel outil statistique, Household Affordability Index (HAI), l’augmentation des prix devient le cauchemar quotidien des foyers aux bas revenus. Le prix du maïs, un élément essentiel dans l’alimentation sud-africaine (le pap ou bouillie de maïs), a augmenté de 2% ; celui de l’huile de 2% ; celui des courges de 68% ; du hareng en boite (pilchards) de 4% et celui du beurre de cacahuète de 5%. Le montant moyen mensuel pour les achats de nourriture pour quatre personnes s’élève à 3900 rands soit une augmentation de plus de 60 rands de septembre à octobre 2020. Le salaire moyen pour les bas revenus est de 3500 rands par mois. Boucler la fin de mois est devenu impossible.

Les enfants sont particulièrement vulnérables. Dans la province du Cap oriental (Eastern Cape) 78% des enfants sont victimes de la pauvreté, c’est-dire sont les plus exposés à la faim , mais aussi sont privés d’un logement décent, d’accès à l’eau potable, à des services d’assainissement, à l’éducation. Cette pauvreté est une atteinte à la dignité humaine. Les effets de la pandémie du Covid viennent encore aggraver la situation.

L’aide distribuée par le gouvernement est insuffisante, et parfois hors de portée des populations rurales qui n’ont pas de transports pour aller en ville pour la toucher. Pour manger il faut alors faire la queue aux soupes populaires organisées par de nombreuses organisations caritatives, parfois mêmes par des individus charitables.

Pour ceux qui ont perdu leurs emplois à cause de la pandémie, il s’agit de survie. Pour les domestiques, c’est à dire des femmes, souvent seules avec des enfants, la mendicité est devenue le dernier recours pour ne pas mourir de faim. Selon les statistiques officielles 265 000 emplois de domestique ont été perdus pendant les six premiers mois de l’année. Ces femmes ont été priées de ne pas revenir travailler aux premiers jours du confinement et n’ont reçu aucun salaire ou indemnités. Tous les employeurs ne déclarent pas leurs domestiques comme la loi les y oblige pourtant auprès du Fonds de chômage. La mendicité, avec leurs enfants, près des supermarchés est leur seul moyen d’avoir de quoi manger pour la journée. https://www.groundup.org.za

C’est pour toutes ces raisons que des associations ont manifesté dans tout le pays, distribuant des tracts devant les supermarchés, brandissant des assiettes vides, des pancartes. Institute for Poverty, Land and agrarian Studies, Centre for Excellence in food Security et C19 People’s coalition Food Working Group avaient organisé des visioconférences soulignant l’impact catastrophique du Covid 19 sur l’accès à la nourriture pour les plus démunis et sur la distribution de la chaîne alimentaire. Les intervenants ont dénoncé l’accent toujours mis sur l’augmentation de la productivité, alors que ce n’est pas toujours la bonne réponse quand une pandémie vient perturber tout le système de distribution.

Le plan de relance, the Economic Reconstruction and Recovery Plan, présenté le 15 octobre par le Président Ramaphosa assure vouloir « fonctionner pour le peuple d’Afrique du Sud », mais il n’a pas convaincu tout le monde, en particulier les organisations qui se battent aux cotés des plus démunis. Sur les trois millions d’emplois perdus à la suite du confinement, deux millions de ces emplois concernent les femmes. Ce sont elles qui paient le coût de la pandémie et les inégalités entre hommes et femmes (the gender gap) se sont encore accrues. La prochaine pandémie est déjà en route : la faim et ses séquelles sur la prochaine génération.

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