La belle-mère et le nouveau monde, lettre ouverte à Madame Schiappa

Madame la Secrétaire d’Etat, vous ne lirez certainement pas ma lettre, mais peu m’importe. Il faut que je vous dise combien vos propos sont insultants pour les femmes de ma génération, belles-mères, grand mères ou pas, qui sont descendues dans la rue pour les droits des femmes sous les regards haineux des tenants de l’ordre et de la loi, il y a bien longtemps.

Le gouvernement auquel vous appartenez, avait promis en rajeunissant son équipe, en accordant des places aux femmes, d’ouvrir grand les portes d’un nouveau monde. Au bout de quelques mois nous déchantons. L’ordre et la loi sont devenus le leitmotiv qui détruit toute aspiration à un monde plus juste et plus égalitaire.

En animant le grand débat voulu par votre président, vous tombez dans les clichés les plus éculés, les plus rétrogrades que je n'osais pas imaginer. Savez vous, Madame, que la famille en 2018 n’est plus celle d’il y a quelques années ? Que les familles monoparentales ou recomposées ont changé l’image de la famille chère aux agences de communication et qui font toujours les beaux jours des affiches publicitaires. Non aujourd’hui, papa, maman et leurs rejetons ne vont pas tous les dimanches manger le rôti et la tarte préparés par une belle-mère débordante d’amour pour sa famille.

Oserai-je vous rappeler que les relations belle-mère, bru ou gendre ont fait et continuent à faire les beaux jours du théâtre de boulevard et de nombreux films et romans qualifiés de « populaires » ?  Que les blagues sexistes les plus éculées continuent à faire rire au comptoir du Café du commerce ?

Ignorez-vous les luttes menées par des femmes qui pourraient être votre grand’mère pour mettre fin aux massacres des femmes, accablées par une grossesse non désirée ? Ignorez vous que ce droit est remis en cause au sein même de l’UE ? La Pologne, la Hongrie, la Croatie, au nom d’une politique rétrograde, mènent la guerre aux femmes, aux homosexuels, à tous ceux qui ne respectent pas l’ordre et la loi, la norme dictée par un ordre patriarcal  qui n’a pas dit son dernier mot ?

Non, Madame, la France n’est pas un pays qui aime à se plaindre. Ses femmes et ses hommes sont tout simplement inquiets de voir revenir les forces les plus obscures qui n’aiment le peuple qu’ignorant et servile, et les femmes qu'à la cuisine. Par vos propos indignes d’une femme de pouvoir, amplifiés par des médias aux ordres, vous ne servez pas la cause des femmes, vous la sacrifiez au nom d’un pouvoir arrogant et méprisant.

Notre pays, pourtant, a donné au monde de grandes figures féminines que je ne citerai pas de peur d’en oublier, tant la liste est longue. Votre nom, hélas ne s’ajoutera pas à cette prestigieuse liste, mais sera vite oublié, car ne vous trompez pas, vos propos n’ont aucune espèce d’importance tant ils sont insipides et vulgaires.

Les femmes et les hommes de ce pays vont poursuivre, ne vous en déplaise, leur combat pour des revendications simples et de bon sens : à travail égal, salaire égal ; aides sociales aux plus démunies que sont les femmes, broyées par les forces de l’argent ; des crèches en nombre suffisant ; des centres d’accueil pour les femmes victimes de violence ; des centres de planning familial et d’IVG accueillants avec un personnel qualifié ; des postes de gynécologues, des maternités à proximité, et bien d’autres choses encore qui redonneraient espoir à ce pays qui le mérite bien.

Comme Esaü, qui abandonna son droit d’ainesse pour assouvir sa faim, vous abandonnez les justes revendications des femmes pour une politique spectacle qui n’amuse plus grand monde. Les femmes de ma génération et celles qui se battent aujourd’hui pour garder des droits conquis par leur luttes et aussi pour des droits nouveaux nécessaires à l’évolution de notre société ne peuvent que se sentir trahies par vos pitoyables prestations aux cotés d’un amuseur public.

Je n’ajouterai aucune formule de politesse convenue, ni de sentiments de sororité tant vos propos n’ont rien de commun avec le combat quotidien des femmes d’hier et d’aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

 

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