jacqueline derens
retraitée
Abonné·e de Mediapart

268 Billets

0 Édition

Billet de blog 27 nov. 2021

Coalitions municipales en Afrique du Sud : le mariage de la carpe et du lapin

Après la déroute aux élections municipales et une abstention massive, l’ANC a de quoi se faire du souci. Dans toutes les grandes villes en ballotage, les partis d’opposition ont fait cause commune contre l’ANC, des alliances inédites sans aucune considération pour les électeurs et leurs problèmes quotidiens.

jacqueline derens
retraitée
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le résultat des tractations entre partis dans les grandes villes en ballotage pour former une coalition capable de gérer la municipalité est une nouvelle humiliation pour l’ANC. Le parti au pouvoir depuis 1994 perd la direction de Johannesburg, de Pretoria (Tswhane), de Durban (Ekurhuleni) au profit du principal parti d’opposition DA, l’Alliance démocratique qui dirigeait déjà la ville du Cap et s’y ajoute un grand nombre de villes moyennes industrielles.

 La stratégie est claire : éliminer l’ANC partout où c’est possible. Le parti de Julius Malema, EFF, le parti des Combattants de la liberté économique, a apporté son soutien à l’Alliance démocratique, tout comme Action SA , le nouveau parti crée par Herman Mashaba, ancien maire DA de Johannesburg. Cette alliance, mariage de la carpe et du lapin, a pour cible 2024, l’année des élections générales qui pourrait faire basculer le paysage politique sud-africain.

 Prendre le pouvoir est la commune ambition de deux partis que tout sépare. D’un côté, l’Alliance démocratique, héritière du Progressive Party, un parti blanc qui dénonçait l’apartheid mais abhorrait l’ANC dont beaucoup de ses cadres était aussi au parti communiste sud-africain, a aujourd’hui encore du mal a attiré le vote des électeurs noirs et son credo économique reste la liberté d’entreprise et la loi du marché. De l’autre le EFF, le parti des Combattants de la liberté économique, qui a endossé la salopette rouge de la révolution, voue aux gémonies tout ce qui est blanc et manie l’insulte en guise d’argumentation. Gérer ensemble des municipalités semble un pari qui pourrait couter très cher aux électeurs qui leur ont fait confiance, car tout cela pourrait tourner à la foire d’empoigne et au chaos.

 Cette configuration nouvelle de la scène politique actuelle tourne le dos à toute politique de progrès et ouvre la voie aux pires politiques populiste et réactionnaire. La faute en incombe à celle menée par l’ANC depuis la mandature de Thabo Mbeki, franchement néo-libérale, et celle plus que calamiteuse de Jacob Zuma. Les excuses du Président Ramaphosa pour les erreurs commises à laisser de glace un électorat épuisé par la corruption, l’incompétence et l’arrogance d’un trop grand nombre d’élus de l’ANC. La perte de confiance se mesure au taux d’abstention qui frôle les 70%, si l’on prend en compte non pas le nombre d’inscrits, mais le nombre de citoyens en âge de voter.

 Un des paradoxes des résultats de ces élections est que l’ANC devient un parti majoritaire dans les zones rurales, mais ne séduit plus les zones urbaines. Coupures d’électricité, robinets avec un filet d’eau, routes défoncées, caniveaux qui débordent, gabegie à tous les niveaux, rien n’est fait pour attirer l’électeur des classes moyennes urbaines. Pourtant l’arrivée de Cyril Ramaphosa au pouvoir et sa promesse «  d’une aube nouvelle » avaient de quoi séduire un électorat jeune et moderne. Mais la lenteur des réformes nécessaires pour créer des emplois, remettre en état de fonctionner réseaux électriques, réseaux ferroviaires, réseaux routiers, alimentation en eau potable, et mise sous les verrous des escrocs de tout poil qui ont rempli leurs poches en siphonnant les finances municipales ont grandement déçu les Sud-Africains.

 Dans un tel contexte de mécontentement, de querelles fratricides au sein de l’ANC, de manœuvres criminelles pour créer le chaos, l’avenir de Cyril Ramaphosa semble bien incertain pour affronter la conférence nationale son parti en 2022 et les élections générales de 2024.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Agriculture
« Le recul démographique du monde agricole n’est pas une fatalité »
Moins 100 000 fermes en dix ans : c’est le résultat du recensement rendu public le mois dernier par le ministère de l’agriculture. Face à l’hémorragie, le retour à un pilotage par l’État et à des politiques publiques volontaristes est nécessaire, selon la sociologue Véronique Lucas.
par Amélie Poinssot
Journal — Europe
Dans leur bastion de l’Alentejo, les communistes portugais résistent au déclin
Lors des législatives anticipées qui se déroulent dimanche, le Parti communiste, tout juste centenaire, espère limiter la casse, malgré la poussée socialiste dans certains de ses bastions, dont l’Alentejo. En embuscade, l’extrême droite de Chega lorgne vers d’anciens électeurs du PCP.
par Ludovic Lamant
Journal
En Syrie, la plus grande prison au monde de djihadistes tombe aux mains… des djihadistes
L’État islamique s’est emparé pendant une semaine d’un centre de détention à Hassaké, obligeant l’armée américaine à intervenir. Des dizaines de prisonniers sont en fuite. Pour les Forces démocratiques syriennes, le retour du phénix djihadiste est une très mauvaise nouvelle.
par Jean-Pierre Perrin
Journal — Santé
En laissant courir Omicron, l’Europe parie sur un virus endémique
Un à un, les pays européens lèvent les restrictions comme les mesures de contrôle du virus. Certains, comme le Danemark ou la France, sont pourtant touchés par une contamination massive. Ils font le choix d’une immunisation collective, avec l’espoir de vivre avec un virus circulant tout au long de l’année à basse intensité.  
par Caroline Coq-Chodorge

La sélection du Club

Billet de blog
La Chimère Populaire (bis)
Un prolongement du billet du chercheur Albin Wagener, sur les erreurs de la Primaire Populaire pour organiser la participation aux élections présidentielles, avec quelques rapides détours sur les formes de participation... Alors que la démocratie repose bien sur des techniques, elle est tout autant une affaire sociale et écologique !
par Côme Marchadier
Billet de blog
Pour la « primaire populaire »
[Archive] Partout, dans mes relations comme sans doute dans les vôtres, les gens se désespèrent de la multiplicité des candidatures de gauche. C’est le découragement, la démobilisation des électeurs potentiels, et la probabilité d’un désintérêt conduisant à l’abstention. Même si les chances de réussite sont faibles, tout, absolument tout, doit être tenté pour éviter une cinglante déroute.
par Jean Baubérot
Billet de blog
L'étrange éthique de la « primaire populaire »
La primaire populaire se pose en solution (unique) pour que la gauche gagne aux présidentielle de 2022. Si plusieurs éléments qui interpellent ont été soulignés, quelques détails posent problème et n'ont pas de place dans les média. Il faut une carte bancaire, un téléphone portable et une adresse e-mail pour participer. La CNIL est invoquée pour justifier l’exigence d'une carte bleue.
par Isola Delle Rose
Billet de blog
La Chimère Populaire
Pourquoi certain·es d'entre nous se sont inscrit·es à la Primaire Populaire et envisagent désormais de ne pas y voter ? Un petit billet en forme de témoignage personnel, mais aussi d'analyse politique sur l'évolution d'un choix électoral - parce que la trajectoire de l'électorat est mouvante, n'en déplaise aux sondages ou aux Cassandre de tous bords.
par Albin Wagener