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Billet de blog 27 nov. 2021

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Coalitions municipales en Afrique du Sud : le mariage de la carpe et du lapin

Après la déroute aux élections municipales et une abstention massive, l’ANC a de quoi se faire du souci. Dans toutes les grandes villes en ballotage, les partis d’opposition ont fait cause commune contre l’ANC, des alliances inédites sans aucune considération pour les électeurs et leurs problèmes quotidiens.

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Le résultat des tractations entre partis dans les grandes villes en ballotage pour former une coalition capable de gérer la municipalité est une nouvelle humiliation pour l’ANC. Le parti au pouvoir depuis 1994 perd la direction de Johannesburg, de Pretoria (Tswhane), de Durban (Ekurhuleni) au profit du principal parti d’opposition DA, l’Alliance démocratique qui dirigeait déjà la ville du Cap et s’y ajoute un grand nombre de villes moyennes industrielles.

 La stratégie est claire : éliminer l’ANC partout où c’est possible. Le parti de Julius Malema, EFF, le parti des Combattants de la liberté économique, a apporté son soutien à l’Alliance démocratique, tout comme Action SA , le nouveau parti crée par Herman Mashaba, ancien maire DA de Johannesburg. Cette alliance, mariage de la carpe et du lapin, a pour cible 2024, l’année des élections générales qui pourrait faire basculer le paysage politique sud-africain.

 Prendre le pouvoir est la commune ambition de deux partis que tout sépare. D’un côté, l’Alliance démocratique, héritière du Progressive Party, un parti blanc qui dénonçait l’apartheid mais abhorrait l’ANC dont beaucoup de ses cadres était aussi au parti communiste sud-africain, a aujourd’hui encore du mal a attiré le vote des électeurs noirs et son credo économique reste la liberté d’entreprise et la loi du marché. De l’autre le EFF, le parti des Combattants de la liberté économique, qui a endossé la salopette rouge de la révolution, voue aux gémonies tout ce qui est blanc et manie l’insulte en guise d’argumentation. Gérer ensemble des municipalités semble un pari qui pourrait couter très cher aux électeurs qui leur ont fait confiance, car tout cela pourrait tourner à la foire d’empoigne et au chaos.

 Cette configuration nouvelle de la scène politique actuelle tourne le dos à toute politique de progrès et ouvre la voie aux pires politiques populiste et réactionnaire. La faute en incombe à celle menée par l’ANC depuis la mandature de Thabo Mbeki, franchement néo-libérale, et celle plus que calamiteuse de Jacob Zuma. Les excuses du Président Ramaphosa pour les erreurs commises à laisser de glace un électorat épuisé par la corruption, l’incompétence et l’arrogance d’un trop grand nombre d’élus de l’ANC. La perte de confiance se mesure au taux d’abstention qui frôle les 70%, si l’on prend en compte non pas le nombre d’inscrits, mais le nombre de citoyens en âge de voter.

 Un des paradoxes des résultats de ces élections est que l’ANC devient un parti majoritaire dans les zones rurales, mais ne séduit plus les zones urbaines. Coupures d’électricité, robinets avec un filet d’eau, routes défoncées, caniveaux qui débordent, gabegie à tous les niveaux, rien n’est fait pour attirer l’électeur des classes moyennes urbaines. Pourtant l’arrivée de Cyril Ramaphosa au pouvoir et sa promesse «  d’une aube nouvelle » avaient de quoi séduire un électorat jeune et moderne. Mais la lenteur des réformes nécessaires pour créer des emplois, remettre en état de fonctionner réseaux électriques, réseaux ferroviaires, réseaux routiers, alimentation en eau potable, et mise sous les verrous des escrocs de tout poil qui ont rempli leurs poches en siphonnant les finances municipales ont grandement déçu les Sud-Africains.

 Dans un tel contexte de mécontentement, de querelles fratricides au sein de l’ANC, de manœuvres criminelles pour créer le chaos, l’avenir de Cyril Ramaphosa semble bien incertain pour affronter la conférence nationale son parti en 2022 et les élections générales de 2024.

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