jacqueline derens
retraitée
Abonné·e de Mediapart

280 Billets

0 Édition

Billet de blog 28 mai 2022

Racisme au pays de Mandela : la routine pas l’exception

« C’est ce que nous faisons aux garçons noirs » a dit l’étudiant blanc en urinant sur les affaires personnelles d’un étudiant noir à l’Université de Stellenbosh il y a quelques jours. Action d’un raciste isolé ou bien acte symbolique de la renaissance d’une pensée suprématiste blanche qui n’a jamais vraiment disparue ?

jacqueline derens
retraitée
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’acte est révoltant, mais n’est pas une nouveauté. Le même acte avait été commis dans la même université en 2018 et quelques années plus tôt, à l’Université de l’Etat libre mais à l’encontre d’une femme de ménage noire. Ce qui est grave et pose question aujourd’hui c’est que l’étudiant de Stellenbosh pisse vraiment sur la Constitution d’un état démocratique, élu au suffrage universel il y a 28 ans. Il agit comme si rien n’avait changé dans ce pays et que le racisme légal du régime d’apartheid n’attendait qu’une occasion pour s’exprimer sans retenue.

 Faut-il penser alors que ce racisme latent a profité de circonstances favorables pour resurgir ?  Un bref rappel de l’histoire raciste de ce pays n’est pas inutile. C’est en 1948 que le Parti National arrive au pouvoir en Afrique du Sud, nourri d’idéologie raciale depuis l’arrivée des premiers colons blancs, puis pendant les années1930 jusqu’à la seconde guerre mondiale, de l’idéologie nazie. Le nouveau gouvernement avait adopté toute une série de lois basées sur la séparation des races qui accordaient tous les droits à la race blanche, accompagnées de lois punissant toute opposition. Curieusement ces lois avaient été adoptées peu de temps après la Déclaration universelle des droits de l’homme, sans provoquer la moindre remarque sur l’adoption d’une constitution raciste. En décembre 1996, le Président Nelson Mandela avait choisi d’aller à Sharpeville, lieu du massacre du 21 mars 1960, pour signer solennellement la nouvelle constitution qui faisait de l’Afrique du Sud une démocratie unie, non-raciale et non-sexiste.

 Mais un texte ne suffit pas à transformer les mentalités, les façons de vivre et de penser.

Dans l’euphorie de la victoire, l’héritage de l’apartheid a été largement sous-estimé par le vainqueur. De plus les erreurs commises par les gouvernements successifs, les pressions extérieures, la création d’une nouvelle bourgeoise noire avide de consommation, la corruption à tous les échelons de l’Etat ont abouti à un creusement des inégalités, à des frustrations qui ont provoqué des explosions de violence : émeutes dans les townships, actes xénophobes contre les « foreign nationals », ces étrangers, dont certains parfois vivaient là depuis des années. 

 Les luttes pour en finir avec le régime criminel qu’était le système d’apartheid ont autorisé tous les espoirs et le rêve d’un pays où la vie serait meilleure pour tous. Ce rêve omniprésent, alimenté par un éclairage aveuglant sur l'icône Nelson Mandela, qui n’en demandait pas tant, par des médias gourmands de belles histoires pour faire oublier leur silence coupable pendant les années d’horreur de l’apartheid, a occulté une réalité où le pire est souvent le lot quotidien de la population non-blanche.

 Steven Friedmann à propos de cet acte ignoble fait ce commentaire très pertinent “ L’essence du racisme, ici et ailleurs, ne s’exprime pas par ceux qui ouvertement expriment leur mépris des Noirs. C’est la façon dont la société fonctionne, la façon dont le racisme s’exprime dans tous les actes de la vie quotidienne…Les Sud-Africains sont très bons pour dénoncer les racistes, ceux qui injurient et maltraitent les Noirs. Mais ce pays a encore bien du mal à nommer et à changer ce qui est au cœur du racisme. Tout a été organisé sous la domination blanche et cela est si fortement ancré dans les esprits de tous, que les trois décennies passées ont été dédiés à absorber les Noirs dans ce système au lieu de le changer. Comme le système a été fait pour une minorité, les autres restent en dehors. Quand cela commencera à changer, le pays commencera à défier le racisme. En attendant, dénoncer les symptômes est nécessaire, mais laisse le coeur du problème intact ». https://www.newframe.com/stellenbosch-urination-emblematic-of-deeper-racism/

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Extrême droite : la semaine de toutes les compromissions
En quelques jours, le parti de Marine le Pen s’est imposé aux postes clés de l’Assemblée nationale, grâce aux votes et aux lâchetés politiques des droites. Une légitimation coupable qui n’augure rien de bon.
par Ellen Salvi
Journal — France
Garrido-Corbière : « Le Point », un journal accro aux fausses infos
Une semaine après avoir dû admettre que les informations concernant le couple de députés Garrido-Corbière étaient fausses, l’hebdomadaire « Le Point » a été condamné en diffamation dans une tout autre affaire en raison d’une base factuelle « inexistante ». Un fiasco de plus pour la direction de la rédaction, qui a une fâcheuse tendance à publier ses informations sans les vérifier.
par David Perrotin, Antton Rouget et Marine Turchi
Journal
Guerre en Ukraine : le grand bond en arrière climatique
Et si le climat était une victime de la guerre en Ukraine ? Face au risque de pénurie énergétique provoquée par le conflit, les pays européens préparent un recours accru au charbon et au gaz fossile. Une marche arrière alarmante, à l’heure de l’urgence climatique, qui met en lumière notre terrible retard en matière de transition écologique.
par Mickaël Correia
Journal
Viktor Orbán est-il de plus en plus isolé en Europe ?
Embargo sur le pétrole russe, État de droit, guerre en Ukraine... Sur plusieurs dossiers, le premier ministre hongrois, à l’aube de son quatrième mandat consécutif, diverge de la majorité des Vingt-Sept. Débat avec une eurodéputée et un historien spécialiste de la région.
par Amélie Poinssot

La sélection du Club

Billet de blog
Les dirigeants du G7 en décalage avec l’urgence climatique
Le changement climatique s’intensifie et s’accélère mais la volonté des dirigeants mondiaux à apporter une réponse à la hauteur des enjeux semble limitée. Dernier exemple en date : le sommet des dirigeants du G7, qui constitue à bien des égards une occasion ratée d’avancer sur les objectifs climatiques.
par Réseau Action Climat
Billet de blog
Apprendre à désobéir
Les derniers jours qui viennent de s’écouler sont venus me confirmer une intuition : il va falloir apprendre à désobéir sans complexe face à un système politique non seulement totalement à côté de la plaque face aux immenses enjeux de la préservation du vivant et du changement climatique, mais qui plus est de plus en plus complice des forces de l’argent et de la réaction.
par Benjamin Joyeux
Billet de blog
Chasse au gaspi ou chasse à l'hypocrisie ?
Pour faire face au risque de pénurie énergétique cet hiver, une tribune de trois grands patrons de l'énergie nous appelle à réduire notre consommation. Que cache le retour de cette chasse au gaspillage, une prise de conscience salutaire de notre surconsommation ou une nouvelle hypocrisie visant préserver le système en place ?
par Helloat Sylvain
Billet de blog
Aucune retenue : l'accaparement de l'eau pour le « tout-ski »
J'ai dû franchir 6 barrages de police et subir trois fouilles de ma bagnole pour vous ramener cette scandaleuse histoire de privatisation de l'eau et d'artificialisation de la montagne pour le « tout-ski » en Haute Savoie.
par Partager c'est Sympa