jacqueline derens
retraitée
Abonné·e de Mediapart

264 Billets

0 Édition

Billet de blog 28 oct. 2021

Scrutin à hauts risques en Afrique du Sud

Cette campagne électorale est courte, terne et les électeurs ne semblent pas avoir une envie folle d’aller aux urnes. Les espoirs trop longtemps déçus d’une « vie meilleure pour tous » et la violence qui ravage le pays depuis les émeutes du mois de juillet ne sont pas des facteurs propices à un scrutin serein.

jacqueline derens
retraitée
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

C’est la première fois dans sa courte vie démocratique que l’Afrique du Sud va déployer 10 000 soldats pour assurer la tenue d’élections. Le chef de la police, Bheki Cele a d’ores et déjà classé quatre provinces dans la zone rouge : le Gauteng ; le Kwazulu Natal ; Le Cap occidental et le Cap oriental où les forces de police seront renforcées.

Ce renfort des forces de police et le déploiement de l’armée sont jugées nécessaires dans les villes où des meurtres politiques ont récemment eu lieu comme celui de Tshepo Motaung, un conseiller municipal de l’Anc à Mobapane dans la province de Gauteng. Au Kwazulu Natal les meurtres politiques n’ont jamais cessé depuis la guerre fratricide entre ANC et Inkhata Freedom Party qui remonte aux années 1990. Entre 2015 et 2020, 103 assassinats politiques, ont eu lieu dans la province, soit plus de la moitié de tous les crimes politiques commis dans tout le pays.

La région du Cap occidental, en particulier la métropole du Cap est ravagée par la guerre des gangs et le crime organisé qui a la haute main sur les entreprises de sécurité privée qui font la loi dans les casinos, boîtes de nuit et autres lieux de la vie nocturne de la « ville-mère ». Les liens entre pègre, police et politiciens sont notoires et ne datent pas d’hier. « C’est un fait bien connu que sous l’apartheid, les politiciens et la police faisaient équipe avec les gangsters pour obtenir des informations sur ceux qu’ils percevaient comme leurs adversaires. A leur tour, leurs adversaires anti-apartheid ont sans aucun doute utilisé les gangsters pour obtenir des renseignements. Tout cela brouillent les démarcations entre l’état, le personnel politique et les criminels » Caryn Dolley, est spécialiste du monde interlope sud-africain, auteure de The Enforcers (2019) et plus récemment To the Wolves.

La ministre des armées, Thandi Modise, a mis en garde sur les tentatives d’intimidation pou empêcher les électeurs d’avoir accès aux bureaux de vote et/ou sur les menaces proférées à l’encontre des candidats. Retenue en otage avec deux de ses collègues par de prétendus anciens de la lutte armée, sur les 53 personnes arrêtées, 13 étaient des criminels avec des dossiers judiciaires très chargés dont des condamnations pour meurtre, kidnapping, viol, vols à mains armées. Ces vétérans ne sont pas non plus étrangers aux attaques régulières contre les poids lourds et les pillages et incendies du mois de juillet qui ont fait plus de 300 morts et des millions de rands de dégâts.

Le sentiment que « tout s’écroule » est bien décrit par Raymond Suttner, un ancien militant anti apartheid qui a passé plusieurs années en prison. « Il y a de nombreux signes en ce moment de désintégration de l’ordre social et politique sud-africain. Cela se manifeste par un non respect de la loi généralisé, la violence, les assassinats, les attaques sur les lignes de chemin de fer, les agressions, les vols d’armes dans les commissariats de police, les explosions qui endommagent les sources d’énergie, et toute une gamme d’actions, parfois  décrites comme « inexplicables » sur des infrastructures importantes. Tout cela arrive au moment d’une crise économique qui crée chômage et faible croissance et où de plus en plus de gens ont faim ».

 Face à ce délitement, la réaction de ceux qui ont le pouvoir, en particulier le Président Ramaphosa, semble bien timide pour ceux qui sont victimes de cette gabegie tous les jours. Aussi ne faut-il pas s’étonner des panneaux de la Commission électorale indépendante qui posent la question « Irez-vous voter ? ». Deux récents sondages indiquent que l’ANC aura du mal à dépasser les 50% des votants ce lundi 1er novembre. Mais plus ou moins de votants est-ce que cela changera vraiment la vie quotidienne de ceux qui n’ont pas accès à l’eau potable, à l’électricité ou à un système d’assainissement qui fonctionne pour leur éviter de patauger dans la fange?

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

Les articles les plus lus
Journal — Nouvelle-Calédonie: débats autour du colonialisme français

À la Une de Mediapart

Journal — France
Des militants à l’assaut de l’oppression « validiste »
Ils et elles se battent contre les clichés sur le handicap, pour la fermeture des institutions spécialisées et pour démontrer que, loin de la charité et du médical, le handicap est une question politique. Rencontre avec ces nouvelles militantes et militants, très actifs sur les réseaux sociaux.
par Caroline Boudet
Journal — France
Une peine de prison aménageable est requise contre François Fillon
Cinq ans de prison dont quatre avec sursis, la partie ferme étant « aménagée sous le régime de la détention à domicile », ainsi que 375 000 euros d’amende et dix ans d’inéligibilité ont été requis lundi 29 novembre contre François Fillon à la cour d’appel de Paris.
par Michel Deléan
Journal — France
Au tribunal, la FFF est accusée de discriminer des femmes
Neuf femmes accusent la Fédération française de football de les avoir licenciées en raison de leur sexe ou de leur orientation sexuelle. Mediapart a recueilli de nombreux témoignages mettant en cause le management de la FFF. Son président Noël Le Graët jure qu’il « n’y a pas d’atmosphère sexiste à la FFF ».
par Lénaïg Bredoux, Ilyes Ramdani et Antton Rouget
Journal — France
« La droite républicaine a oublié qu’elle pouvait porter des combats sociaux »
« À l’air libre » reçoit Aurélien Pradié, député du Lot et secrétaire général du parti Les Républicains, pour parler de la primaire. Un scrutin où les candidats et l’unique candidate rivalisent de propositions pour marquer leur territoire entre Emmanuel Macron et l’extrême droite.
par à l’air libre

La sélection du Club

Billet de blog
Militer pour survivre
Quand Metoo à commencé j’étais déjà féministe, parce qu’on m’a expliqué en grandissant que les gens étaient tous égaux, et que le sexisme c’était pas gentil. Ce qu’on ne m’avait pas expliqué c’est à quel point le sexisme est partout, en nous, autour de nous. Comment il forge la moindre de nos pensées. Comment toute la société est régie par des rapports de forces, des privilèges, des oppressions, des classes sociales.
par blaise.c
Billet de blog
Faire militance ou faire communauté ?
Plus j'évolue dans le milieu du militantisme virtuel et de terrain, plus il en ressort une chose : l’impression d’impuissance, l’épuisement face à un éternel retour. Il survient une crise, on la dénonce à coups de critiques et d’indignation sur les réseaux, parfois on se mobilise, on tente tant bien que mal d’aider de manière concrète.
par Douce DIBONDO
Billet de blog
Escale - Le cinéma direct, un cinéma militant qui veut abolir les frontières
Briser le quatrième mur, celui entre cinéaste et spectateur·rices, est un acte libérateur, car il permet de se réapproprier un espace, une expérience et permet d'initier l'action. C'est tout le propos de notre escale « Éloge du partage » qui nous invite en 7 films à apprendre à regarder différemment.
par Tënk
Billet de blog
Un jour dans ma vie militante : l’Etat réprime impunément des familles à la rue
[Rediffusion] Jeudi 28 octobre, soutenues par Utopia 56, plus de 200 personnes exilées à la rue réclamant l’accès à un hébergement pour passer l’hiver au chaud ont été froidement réprimées. L’Etat via son organe répressif policier est en roue libre. Bénévole au sein de l’association, j’ai été témoin direct de scènes très alarmantes. Il y a urgence. Voici le témoignage détaillé de cette journée.
par Emile Rabreau