Denis Goldberg: un hommage

La nouvelle est tombée ce matin. Nous n’avons pas été surpris.es, mais tristes, accablé.es par l’annonce de sa mort. Nous le savions âgé et malade, mais un homme qui dit à qui veut l’entendre « la vie ! C’est beau la vie ! » ne peut simplement pas mourir.

C’est après sa libération en 1985 que je l’ai rencontré à Londres. Toujours militant, il était responsable du matériel de propagande pour l’ANC : t-shirts, crayons, bricoles plus ou moins utiles, je pense à une invraisemblable petite horloge aux couleurs de l’ANC, mais tout était bon pour faire connaître la lutte pour une Afrique du Sud démocratique appartenant « à tous ceux qui y vivent, Noirs et Blancs ».

Denis avait fait 22 ans de prison, une prison pour Blancs parce qu’il avait été séparé de ses compagnons noirs du procès de Rivonia. C’est dans cette prison, dans la cellule voisine de la sienne, qu’il assistera à la lente agonie de son ami et camarade Bram Fisher, l’avocat célèbre, qui avait rejoint la lutte de libération, condamné à la prison et laissé sans soin alors qu’il souffrait d’un cancer dont il mourra en 1975.

 Denis était né dans une famille de militants, ses grands-parents, juifs des pays baltes avaient fui les pogroms tsaristes, ses parents étaient d’actifs militants communistes en Afrique du Sud et lui-même avait rejoint en 1957 le parti communiste sud-africain interdit depuis 1950. La vie de Denis est un long engagement pour la liberté et la justice, mais aussi pour l’art et la culture.

Quand à l’issue du procès de Rivonia, le juge annonça le verdict, tout le monde s’attendait au pire : la mort par pendaison. Et le juge annonça la prison à vie dans un brouhaha impossible. La mère de Denis n’avait pas bien entendu et quand elle s’approcha de lui pour savoir, il lui répondit « Life ! and life is wonderful ! »

 Quand il retourna en Afrique du Sud en 2002, il avait choisi le militantisme de base plutôt que la gloire d’un ministère. Il était convaincu que l’art et la culture devaient être accessibles à tous les enfants et que sans musique, sans peinture, sans livre, la vie n’était qu’un couloir sombre.

 Dans sa maison de Hout Bay, il montrait aux ami.e.s avec fierté sa « galerie d’art », des peintures, des sculptures qu’il achetait à des artistes locaux. Je me souviens qu’il nous avait montré avec fierté « ses demoiselles », une sculpture représentant des jeunes femmes, fines et élégantes. En 2015 il avait crée une fondation pour les enfants The House of Hope, pour qu’ils accèdent à la culture. Les dernières activités publiques avaient dues être annulées à cause des mesures prises pour lutter pour la pandémie du Coranavirus.

 Son livre autobiographique, écrit en 2010, annonçait la couleur, The Mission : A life for Freedom. Denis avait une mission qu’il a accompli jusqu’au bout : « Life is wonderful ».

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