Quelle responsabilité de l’Anc dans le pillage des ressources de l’Etat ?

Le témoignage du Président Cyril Ramaphosa devant la Commission Zondo marque un tournant décisif pour l’avenir de l’ANC. Reconnaître la responsabilité du parti au pouvoir est une chose positive mais le pays attend des réponses pour mettre fin à la corruption, redémarrer une économie exsangue , retrouver l’unité qui répondra aux besoins de la population qui attend toujours des jours meilleurs.

Après avoir juré de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, le Président Ramaphosa devra répondre aux questions de la Commission Zondo pendant quatre jours, en deux sessions de deux jours les 27 et 28 avril et en mai. Vice-président depuis 2012 il a été le témoin du dérapage du parti au pouvoir, de la main mise de la famille Gupta sur la direction des affaires du pays, de la corruption à tous les échelons de l’administration, ses réponses seront donc cruciales pour l’avenir du pays.

Ce que l’on appelle le « State Capture », la capture de l’Etat remonte à 2011, quand le ministre des sports de l’époque, convoqué dans la résidence de la famille Gupta avait appris qu’il était nommé ministre des transports avant d’être nommé par le Président Zuma. Le scandale continua avec l’utilisation de l’aéroport militaire de Waterkloof pour accueillir les avions des invités des Gupta au mariage d’une des filles de la famille et les scandales se succédèrent.

 En 2016, l'Agence de  conseil en communication Bell Pottinger (voir mon blog : Bell Pottinger, communication, mensonge et gros pognon et Bell Pottinger ou la chute d’une agence de communication) en reprenant et manipulant le terme de capitalisme et en faisant campagne pour les Guptas en répandant sur les réseaux sociaux le terme de « capitalisme blanc » , l’agence avait soufflé sur les braises encore chaudes du racisme. Condamné pour racisme, Bell Pottinger a depuis fermé ses portes. L’Anc avait en son temps condamné cette propagande en ces termes :«  Parler de capitalisme blanc n’est qu’une diversion aux relents de populisme qui jette la confusion dans nos rangs ». Mais le mal était fait et renforcé par une théorie fumeuse de transformation radicale de l’économie (RET) tout aussi raciste et dangereuse pour l’unité du pays. Cette RET est devenue la bible de ceux qui restent fidèles à Jacob Zuma et forment une faction qui a pour ambition de prendre la direction de l’ANC à la prochaine conférence nationale en décembre 2022. Ace Magashule, l’actuel secrétaire général de l’ANC est à la tête de cette faction et refuse de quitter l’ANC volontairement (to step aside) bien qu’accusé de corruption et malversations diverses. L’ultimatum de 30 jours que lui avait accordé la direction de l’Anc pourrait être repoussé de quelques jours.

 Tout en rondeurs et sourires, le Président Ramaphosa a bien reconnu que le « système était un échec total » qu’il y avait du clientélisme quand il s’agissait de nommer les responsables des SOE (State Owned Enterprises), les compagnies nationales comme Eskom (énergie) ,Transnet (transports)ou SAA (South African Airways), toutes en banqueroute, il n’en reste pas moins un homme de parti. Une fois élus, les députés de l’ANC, doivent allégeance au parti et la responsabilité devant les électeurs ou la critique de la politique menée n’est plus d’actualité. Le parti d’abord. Le système dual de parti et de gouvernement constitutionnel favorise l’absence de contrôle démocratique sur le gouvernement et toute les dérives de la corruption et du clientélisme, comme le montre  Susan Booysen dans son livre Precarious Power, et dans son article https://www.dailymaverick.co.za/opinionista/2021-04-29-ramaphosas-zondo-show-platitudes-and-fables-of-renewal-and-resurrection.

Pendant deux jours Cyril Ramaphosa a bien reconnu les erreurs de l’ANC et son aveuglement alors que les preuves s’accumulaient de la corruption massive qui ruinait le pays et il a bien promis d’améliorer les choses mais comment ? La nouvelle loi sur le financement des partis, selon lui une loi « révolutionnaire qui va sauver notre démocratie » serait la panacée pour éviter le mélange des genres entre parti et gouvernement, mais il aura fallu trois ans entre son adoption au Parlement et sa promulgation en 2021.  Deux autres jours d’audience sont prévus en mai. Le pays connaît trop bien la liste des scandales, il attend du neuf pour reprendre confiance dans la politique et redonner un sens au mot démocratie.

 

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