La fin d’un monde pour sauver le monde

C’est indiscutable, la réunion du 30 novembre au 12 décembre prochain, des chefs d’états et de gouvernements de 195 pays, pour la 21éme conférence sur le climat, est un événement considérable car aujourd’hui plus que jamais, la menace est d’une gravité extrême et s’inscrit dans l’urgence.
Elle ne relève plus de prévision, elle est en marche, elle a déjà fait de nombreuses victimes et porte, chaque jour davantage, atteinte à notre environnement.
Cette situation exige, sans aucun doute, des engagements fermes de la part de tous les pays, c’est bien le moins que l’on peut attendre de ce rassemblement mondial.
Mais cette affirmation ne suffit pas car, en cette matière comme en bien d’autres, les inégalités sont criantes.
D’abord en terme de responsabilité du changement climatique car ce sont les pays riches, industrialisés qui émettent le plus de CO2, alors que leurs effets négatifs s’appliquent à tous et davantage sur les plus pauvres.
Ensuite parce que si tous les pays doivent être responsables et faire des efforts, ils n’ont pas tous, loin s’en faut, le même stade de développement (certains n’ont ni eau, ni électricité dans les foyers), ils n’ont pas non plus les mêmes capacités d’investissement financiers pour développer les énergies renouvelables.
Il y a donc plusieurs sujets essentiels à traiter:
- Quels niveaux d’engagements sachant que les propositions actuelles, formulées par chaque Etat, sont insuffisantes pour ne pas dépasser les deux degrés de réchauffement au-delà desquels un «emballement» catastrophique est annoncé?
- Quelle répartition des efforts et des financements pour chacun? Certains pays comme le Nicaragua demandent que l’ONU établisse des quotas de réduction par pays, en tenant compte de tous les paramètres et notamment en fonction des émissions cumulées pour chaque pays depuis le début de l’ère industrielle.
- Quels contrôles et quelles dispositions contraignantes l’accord doit-il acter pour que les engagements pris soient respectés, compte tenu de la gravité et de l’urgence de la situation?
Si l’on peut se réjouir que Laurent Fabius, président de la Cop21, ait déclaré: «Tous les pays n’ont pas le même niveau d’émissions par habitant; tous n’ont pas non plus les mêmes richesses; nous avons besoin d’un accord qui exprime la justice et l’équité», il reste à passer aux actes concrets...
C’est évidemment aux pays riches, adeptes de la surconsommation et du gaspillage, de montrer la voie car le défi climatique ne sera pas surmonté sans qu’ils changent de paradigmes économique et sans réponse solidaire.
N’ayant aucune illusion sur l’intérêt que peuvent porter au changement climatique et au bien commun mondial, les grands groupes industriels -alertés depuis des années mais uniquement guidés par le maximum de profit immédiat- et leurs représentants à la tête des Etats, il est essentiel que les citoyens soient au cœur du débat. Ayons bien conscience que les dominants ne prendront des mesures efficaces que lorsque les peuples, qui sont les premiers à souffrir des dégradations écologiques, le leur imposeront.
C’est de leur intervention directe et d’elle seule que dépendra le niveau des engagements pris par les Etats et la vigilance pour les faire appliquer.
La voix des citoyens ne saurait être entravée, encore moins étouffée -même en Etat d’urgence- car justement, face à la crise climatique, le temps presse!
Jacqueline Fraysse

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.