Et le gouvernement dégaina son 49-3…

« Le 49-3 est l’arme des pouvoirs faibles », affirmait en 2006 François Hollande en défendant une motion de censure à l’encontre du gouvernement Villepin, suite à l’utilisation par celui-ci de cette procédure d’adoption sans vote pour faire passer aux forceps son projet de loi sur le CPE. La suite lui a donné raison, puisque ce texte, sous la pression de la rue, a fini par être enterré. Et 8 ans après, l’actualité lui donne encore raison, l’utilisation du 49-3 pour faire adopter le projet de loi Macron mettant surtout en lumière la faiblesse de son gouvernement.
 La réaction « institutionnelle » à cet usage du 49-3, sous la forme d’une motion de procédure déposée par la droite, était inévitable. Fallait-il la voter ?
Il est des questions auxquelles aucune réponse n’est satisfaisante. Il en est ainsi de celle-là. Les débats ont été riches au sein du groupe des députés Front de gauche pour tenter d’y répondre. Certains faisaient valoir l’impossibilité pour eux de mêler leur voix à celles de la droite pour soutenir une motion de censure qui, dans l’exposé de ses motifs, réclamait plus de libéralisme encore. Ils avaient raison, comme avaient également raison ceux qui affirmaient qu’il s’agissait, en votant cette motion, avant tout de poursuivre notre opposition au projet de loi Macron, et qu’elle aurait pour conséquence, si elle devait être adoptée, non pas de mettre au pouvoir la droite, mais au contraire de renverser un gouvernement auquel nous n’avions pas voté la confiance pour appeler à la formation d’un nouveau gouvernement plus fidèles aux engagements de François Hollande.
J’ai finalement décidé, avec la majorité des députés de mon groupe, de voter cette motion de censure qui, comme prévu, n’a au bout du compte pas été adoptée.
Il aurait fallu pour cela que les députés socialistes et écologistes opposés au projet de loi Macron la votent également. Ils n’ont pas franchir ce Rubicon, et au vue des débats et des hésitations qui ont traversé le groupe Front de gauche, je me garderai bien de leur jeter la pierre. Je préfère retenir leur opposition ferme et constante à ce projet de loi, qui a conduit le gouvernement à avoir recours au 49-3, et veux voir en celle-ci un pas supplémentaire vers la recomposition à gauche que j’appelle de mes voeux.
Jacqueline Fraysse

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