Entre l'affaire d'Outreau et celle de Loïc Sécher, quelle stratégie pour Eric Dupond-Moretti en vue du procès de Daniel Legrand

Dans quelques mois, le procès de Daniel Legrand va s'ouvrir à Rennes. L'annonce de ce procès en juin 2013 avait déjà défrayé la chronique. Le public ne s'attendait pas à ce que cet acquitté d'Outreau soit à nouveau appelé devant le tribunal, ignorant que les faits concernant la période où il n'était pas majeur n'avaient pas été examinés par une cour d'assises. Quoi qu'il en soit, les médias auront à relayer, une fois encore le déroulement d'un procès qui réintroduira forcément dans les titres ce nom ineffaçable dans le domaine judiciaire : « Outreau ».Ce nom ne viendra pas seul. Nul doute qu'Eric Dupond-Moretti fasse à nouveau parler de lui à cette occasion. D'ailleurs a-t-il jamais arrêté ?  Lundi 30 septembre, il était sur le plateau de  I>Télé pour parler d'erreur judiciaire - et d'Outreau bien entendu – pour faire une fois encore le procès de la justice.

Dans quelques mois, le procès de Daniel Legrand va s'ouvrir à Rennes. L'annonce de ce procès en juin 2013 avait déjà défrayé la chronique. Le public ne s'attendait pas à ce que cet acquitté d'Outreau soit à nouveau appelé devant le tribunal, ignorant que les faits concernant la période où il n'était pas majeur n'avaient pas été examinés par une cour d'assises. Quoi qu'il en soit, les médias auront à relayer, une fois encore le déroulement d'un procès qui réintroduira forcément dans les titres ce nom ineffaçable dans le domaine judiciaire : « Outreau ».

Ce nom ne viendra pas seul. Nul doute qu'Eric Dupond-Moretti fasse à nouveau parler de lui à cette occasion. D'ailleurs a-t-il jamais arrêté ?  Lundi 30 septembre, il était sur le plateau de  I>Télé pour parler d'erreur judiciaire - et d'Outreau bien entendu – pour faire une fois encore le procès de la justice.

Un peu à l'image des revenants dont on dit que n'étant pas morts dans la sérénité leur âme ne peut trouver la paix, l'affaire d'Outreau ressurgit périodiquement, et ce sera encore le cas tant que son aura sulfureuse n'aura pas été assainie par un éclairage objectif et enfin convaincant sur la réalité des faits. Certaines personnes s'y emploient, la première de la série étant incontestablement Marie-Christine Gryson-Dejehansart qui a osé publier en 2009 son livre « Outreau, la vérité abusée, 12 enfants reconnus victimes1 » Chérif Delay qui a écrit avec Serge Garde son livre « Je suis debout », Serge Garde et Bernard de la Villardière qui ont réalisé, le film « Outreau, l'autre vérité » produisant les témoignages qui accréditent le livre de M.C Gryson, Jacques Thomet, journaliste d'investigation qui a étudié le dossier en profondeur et en détail, Caprouille, qui connaît mieux que personne les fils Delay (enfants reconnus victimes suite aux procès d'Outreau), Frédéric Vallandré, moi-même à l'occasion, d'autres encore.

Du pain sur la planche en conséquence pour ceux qui, à l'opposé, s'efforcent de maintenir en l'état l'histoire d'Outreau telle qu'elle a été représentée dans le public à l'issue du procès en appel et après le lynchage public scandaleux du juge Burgaud.

Il faut dire que les médias les y aident bien. Comme relaté dans ses écrits et notamment dans le billet qu'elle a produit à la sortie du film de Serge Garde, Marie-Christine Gryson « Outreau, l'autre vérité » critique des critiques du film, les informations qui auraient donné les indices de la mystification ont été systématiquement écartés des médias. Qui en dehors de cet article a osé faire état du rapport de l'IGAS qui aurait jeté le trouble dans l'opinion ? Qui a relayé la réhabilitation du juge Burgaud autrement qu'avec sarcasme ? Qui a rectifié les erreurs de la presse concernant la prétendue récusation de la principale experte ? On serait tenté d'y voir comme un complot. Pour ma part j'y vois surtout la bêtise d'un conformisme crétin et d'une soumission aveugle à la doxa officielle. On se dit que le public s'est en quelque sorte régalé avec le scandale d'Outreau, alors on lui repasse les plats.

Mais il y a aussi, derrière le rideau, l'action obstinée d'un lobbying dont Eric Dupond-Moretti est un acteur permanent. Il n'a pas le choix, le storytelling d'Outreau a besoin de maintenance. Il n'est que de se souvenir de ses déclarations tonitruantes et outrancières devant micros et caméras lors de la sortie du film « Outreau, l'autre vérité » pour s'en convaincre.

Ce serait presque risible si son action se bornait à faire le tour des popotes pour y rappeler ce qu'il faut faire croire. Mais elle ne s'arrête pas là.

Le but ultime de l'avocat est perceptible au travers de toutes ses initiatives et de ses publications : faire s'associer comme par réflexe dans la tête des gens, la dénonciation d'agressions sexuelles et l'erreur judiciaire. Les moyens récurrents qu'il utilise pour arriver à ses fins sont identifiables :

- Le dénigrement sans retenue avec la volonté d'apporter le discrédit sur les professionnels impliqués dans les dossiers, les experts injustement massacrés médiatiquement, les victimes, l'institution judiciaire elle-même dont il martèle qu'elle n'a pas retenu les leçons de ses erreurs...

- L'exploitation des failles d'information dans le public pour instiller des mensonges, stratégie que le film « Outreau, l'autre vérité montre clairement, c'est aussi le cas lorsqu'il a prétendu qu'il était scandaleux que Daniel Legrand soit « rejugé » et que l'initiative en revenait à une association militante...

- Apport et entretien d'une confusion regrettable entre erreur de jugement de la justice et prise en compte de rétractations – ce qui est manifeste dans le cas de l'affaire Sécher.

Voir à ce sujet mon dernier billet « le calvaire et l'abandon, les ravages du traitement judiciaire des agressions sexuelles ».

- Culture des disproportions et généralisation à l'emporte-pièces pour influencer la perception qu'a le public du fonctionnement de la justice, en s'efforçant de faire croire que l'erreur judiciaire est ce à quoi il faut s'attendre car typique des affaires à caractère sexuel. Une communication qui vise aussi à tétaniser définitivement les jurés...

- Mise en vedette de sa personne. Selon les circonstances tonitruant ou emphatique, comme dans son intervention avec Loïc Sécher, il a fait de l'auditoire des médias sa cour. Sorte d'avatar de Superman capable de sauver les gens des griffes d'une justice imbécile, il se fait ouvrir toutes les portes des studios et des rédactions. Il est propulsé par ses succès : on sait que le nombre d'acquittements qui lui sont dus lui vaut le surnom « d'Acquitator », mais est-ce que l'on se rend compte, - est-ce qu'une femme violée comme il y en a tant chaque jour se rend compte - qu'il est surtout celui qui peut faire acquitter l'agresseur ?

Face à ce rouleau compresseur, qui fait le poids ? Aucun auteur à lui ou à elle seule sans doute. Mais à moins d'être un pessimiste en phase terminale, il faut compter sur une base de sagesse populaire qui arrive la plupart du temps à remettre en ordre ses idées après une période d'égarement. Beaucoup de questions se posent à propos de la réalité de l'affaire d'Outreau, et les certitudes vacillent. Il est temps.

Que donnera le prochain procès de Rennes ? Dans un premier temps, les enfants Delay avaient fait connaître leur intention de ne pas y paraître. Nous saurons ce qu'il en est au moment des procès, pas avant. Voir aussi cette vidéo de Chérif Delay.

Il est peu probable cette fois que le procès ait à traiter d'une rétractation, même si la rétractation fait typiquement partie de la problématique2 – et des pièges - de tels procès comme je l'ai analysé dans cet article : Décisions de justice en matière sexuelle : quand les vraies victimes se rétractent.

Espérons que les rodomontades d'Eric Dupond-Moretti finiront par lasser et que les chroniqueurs judiciaires sauront faire preuve de lucidité et d'honnêteté, tant pour ce qui est du procès lui-même que pour tous les rappels qui immanquablement reviendront sur l'affaire d'Outreau.

1Eds Hugo et cie

2Voir par exemple : cet article : Procès Lavier: Que devient Aurore, victime d' Outreau rétractée, mise en garde à vue mais pas en examen...

 

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