Moral des ménages… Vous avez dit confiance ?

Les repères utilisés depuis des décennies pour constituer les arguments de la santé économique d’un pays ont la vie dure. Parmi ceux-là, la confiance des ménages figure en bonne place. Dans un contexte économique qui connaît des particularités inédites, les signes qu’elle présente pourraient être mal interprétés.

La confiance des ménages est regardée comme l’un des capteurs qui donnent des conditions économiques une image à même de prendre position sur son évolution et adopter éventuellement des mesures adéquates.

Or, l’aviation nous a alerté sur les événements dramatiques qui peuvent arriver lorsque les indications fournies par des capteurs de conditions de vol donnent lieu à des interprétations erronées. Sans doute est-il opportun de s’interroger sur le lien entre le comportement des ménages et la confiance qu’il est supposé traduire, ainsi que sur ce qui peut être distingué entre la notion de moral des ménages et ce sur quoi porte vraiment leur confiance.

Cette observation est d’autant plus pertinente dans une période d’anxiété existentielle, qu’une baisse significative de la confiance des ménages est le marqueur d’une crise sociale. Or la crise sociale est sans doute plus à mettre en lien avec le moral qu’avec la confiance. On observe actuellement le paradoxe d’une crise sociale évidente accompagnée d’un indice encourageant de confiance.

De manière simple, on peut dire que plus les ménages sont confiants, plus ils consomment et plus la production des entreprises est importante, donc plus la conjoncture se révèle sous un jour optimiste. Le lien semble donc fait automatiquement entre le moral des ménages, la confiance dans le système économique et les intentions d’achat.

Faut-il oser mettre cela en doute ?

Cette relation qui tient du postulat s’articule sur la confiance qui n’a rien d’absolu. Elle se porte sur ce qui semble le plus crédible. C’est donc une notion relative. Elle touche particulièrement à la recherche de sécurité et à la gestion du risque. C’est sans doute à ce niveau que se décide la part d’épargne, le niveau d’attentisme, ou l’audace de se lancer dans des dépenses.

Lorsque le doute s’installe et qu’il est largement partagé, le réflexe qui consiste à mettre les dépenses en attente et à épargner se traduit à terme, par un recul de l’activité qui tient d’une prophétie auto-réalisatrice. Cela s’explique par le fait que la confiance en l’épargne donne un sentiment de sécurité plus incitatif que la possession d’un bien supplémentaire.

Bolivar et boniments

Bien entendu, les bonimenteurs de toutes les compagnies qui font dans le patrimoine ont toujours leurs beaux arguments pour parler de prudence, pour vanter les perspectives de leurs assurances les plans d’épargne, les avantages fiscaux et tutti frutti. Mais la situation monétaire de l’Argentine offre pourtant un bien triste spectacle à ceux et celles qui auraient envie de mettre de l’argent de côté. Quand des gros billets de Bolivars prennent plus de valeur quand ils sont tressés en panier à courses que rangés dans un portefeuille, il y a un problème. Beaucoup ont aussi à l’esprit les files d’attente devant les banques des Grecs venus reprendre leur argent.

Les idées d’effondrement sont apparues, et ont entamé leur travail en filigrane dans la perception des réalités économiques. Que devient le « corps d’épreuve 1» sur lequel repose l’évaluation de la confiance ?

Quels sont les bons signaux ?

À la notion de « épargnons pour qu’il reste un peu d’argent devant nous » peut se substituer celle de « Convertissons notre argent tant qu’il vaut encore quelque chose ». ou «  La pierre, c’est du solide, l’argent n’est qu’un chiffre enregistré quelque part ». Dans ce cas, le tangible emporte davantage de confiance que l’épargne, et la dépense traduit une inquiétude. Moral, confiance et comportement n’obéissent plus aux mêmes lois, certains signaux du capteur ont en quelque sorte changé de signe…

L’action sur les gouvernes

Reste que les oracles du monde économique lisent toujours dans les mêmes viscères, et que les présages qui influencent toujours les valeurs boursières risquent de provoquer un atterrissage difficile, voir pire.

1Dispositif sur lequel repose le fonctionnement d’un capteur de mesure

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