Avenir des jeunes : attention à l’effet CPE

La tournure prise par le recul dans le temps des dispositions en matière de retraite peut être un soulagement par tous ceux qui se disent enfin qu’ils ne seront pas pénalisés autant qu’ils auraient craint, et que seuls les nouveaux arrivants sur le marché du travail seront concernés. Attention, danger.

Quel effet peut produire cette perspective sur ces « nouveaux arrivants » ? S’est-on seulement posé la question ?

Je me souviens des conversations que j’ai pu avoir avec certains de mes étudiants en 2006, au moment de la contestation du « contrat première embauche » – le CPE. Il s’est dit et écrit beaucoup de choses sur cette mobilisation massive qui n’était une surprise que pour une part de nos concitoyens. Et comme souvent en pareil cas, beaucoup de commentaires faisaient montre d’autant de sévérité que d’incompréhension.

Mais enfin, peut-on au moins comprendre qu’il était difficile de concevoir une nouvelle disposition qui consacre pour les seuls nouveaux arrivants dans la vie active, un droit du travail en recul par rapport à ce qui avait fait la fierté des générations de l’après-guerre ? L’idée du « c’était pour nous, et cela le reste, mais ce ne sera pas pour vous et il vous faudra l’admettre » a été ressenti à la fois comme une injustice et même une humiliation. La colère était à fleur de peau, la mobilisation fut impressionnante, et ceux qui ont vu là qu’une vaine agitation ou une manipulation politique de la jeunesse n’avaient vraiment rien compris.

Sur la question de l’avenir des retraites, l’idée d’appliquer des conditions différentes pour l’avenir aux jeunes adultes est scabreuse, et peut à nouveau engendrer un sentiment d’injustice, même s’il est raisonnable d’examiner les propositions et de peser avec justesse les désavantages toujours redoutés.

Peut-on d’autre part ajouter aussi dans la balance des ressentiments, les nouvelles conditions d’existence qui, du fait du gaspillage des ressources et des dérèglements climatiques, vont faire que les jeunes ne pourront connaître les facilités que leurs aînés se sont accordés en toute inconscience ? Ne retrouve-t-on pas une nouvelle fois une idée révoltante du style : « On en a bien profité, on a beaucoup abusé de la planète, on la laisse en plein désordre économique, sociétal et climatique, on n’a pas trop envie de changer notre mode de vie, mais pour vous, ce sera forcément différent et il vous faudra l’admettre » ?

Il est difficile d’imaginer que notre jeunesse laisse se former sans opposition ce clivage entre générations qui laisse le poids des efforts à consentir sur les seuls héritiers de l’inconséquence de leurs aînés.

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