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Billet de blog 18 mars 2013

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Engagement... Le courage des femmes

Les vestiges d'un assez long passé professionnel et associatif m'ont amené à trier/jeter quelques caisses d'archives qu'il est toujours instructif de regarder malgré quelques bouffées de nostalgie.Certaines pièces du passé suscitent plus de vénération que de désinvolture, et leur abandon à la benne a quelque chose d'un sacrilège.C'est pourtant l'occasion d'un regard sur les chemins suivis, d'une jauge sur les valeurs qui bougent.

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Les vestiges d'un assez long passé professionnel et associatif m'ont amené à trier/jeter quelques caisses d'archives qu'il est toujours instructif de regarder malgré quelques bouffées de nostalgie.

Certaines pièces du passé suscitent plus de vénération que de désinvolture, et leur abandon à la benne a quelque chose d'un sacrilège.

C'est pourtant l'occasion d'un regard sur les chemins suivis, d'une jauge sur les valeurs qui bougent.

Il m'en est revenu des souvenirs ! Et les traits des visages, les personnes sympathiques ou pénibles, les complicités, alliances, trahisons, dominations... Les dossiers se succédaient par ordre chronologique... et la fresque m'est apparue...

D'aucuns disent que rien ne change... Je vois que c'est faux. J'ai revu les listes de responsables associatifs ou de conseils d'administration des années soixante dix... Que des hommes ou presque... Une femme par ci-par là qui ne s'aventurait pas à contester que le Président soit naturellement Monsieur Machin... Des publications faites à plusieurs mais qui sont désignées par le nom d'un seul... des travaux signés d'une main presque anonyme quand je croyais me souvenir qu'il était le fait d'un autre... On dit « à tout seigneur tout honneur... » et l'on ne s'aperçoit pas que « seigneur » n'a pas de féminin...

Je me suis souvenu de « comités de défense contre... » réunissant majoritairement des ronchons aux tempes grisonnantes, mais aussi de « groupements pour » ou « d'associations en faveur de ». Parmi celles-ci, qu'il s'agisse de parents d'élèves ou de défenseurs des droits de l'enfant – domaine qui m'a occupé plus que d'autres – j'ai observé un engagement croissant de femmes, jusqu'à ces dernières années où je me suis parfois retrouvé localement l'un des seuls hommes actifs. Et l'ambiance a évolué de manière favorable : pas plus simple, mais avec moins d'enjeux de pouvoir et de dominance, plus de pragmatisme.

De vieux dossiers passent entre mes mains : l'application de la Convention Internationale sur les droits de l'enfant, le conflit de l'ex-Yougoslavie et la dénonciation de la purification ethnique, le Kosovo... Le Réseau Education Sans Frontière... Chaque fois la proportion des prénoms féminins m'impressionne, qu'il s'agisse de personnes engagées à haut niveau de responsabilité ou de « petites mains » volontaires pour les tâches ingrates mais indispensables.

Pour en avoir le cœur net, je regarde mon carnet d'adresses pour repérer mes amis et amies engagés dans des causes environnementales, humanitaires, éducatives … Je découvre que les femmes sont plus du double !

Ce n'est pas le cas pour ce qui est des associations concernées par des activités techniques, mais bon... Le niveau d'engagement ne se compare pas.

Ayant entre les mains le dernier livre de Jacques Thomet « Retour à Outreau, contre-enquête sur une manipulation pédocriminelle », je tourne les pages d'un chapitre qui ne concerne pas l'affaire d'Outreau, mais quelques exemples des ces histoires terribles de mères qui dans leur combat tentent difficilement de protéger leurs enfants d'un prédateur, malgré des comportements iniques de magistrat(e)s ou de services sociaux sans doute influencés par des théories contestables comme le Syndrome d'Aliénation Parentale (SAP) qu'il est facile d'utiliser abusivement. Il faut dire que dans les instances auxquelles ces mères se heurtent, le genre féminin est peut-être supérieur en nombre, mais n'est pas forcément meilleur en terme d'humanité. On sait que pour arriver à un certain niveau de responsabilité, une femme doit la plupart du temps fournir de meilleures preuves de compétence que son collègue masculin. Mais pour ce qui est de l'éthique, c'est une autre histoire, car d'une façon générale on ne demande à personne de faire ses preuves dans ce domaine.

A haut niveau de décision, les femmes restent sous-représentées. J'en donne pour exemple la Commission parlementaire chargée d'éclaircir l'affaire d'Outreau, composée de 26 hommes et 2 femmes ! Et pourtant, ce sont des femmes qui auront sans doute le mieux permis de comprendre ce qui s'est réellement produit et pourquoi.

Les avocats de la défense redoutaient à juste titre les conclusions des travaux d'expertise menés par la psychologue expert judiciaire qui avait examiné les enfants victimes. Ne pouvant les invalider, leur stratégie s'est fondée sur la diffusion de fausses informations à son sujet ainsi que le montre clairement le film « Outreau, l'autre vérité » de Serge Garde.

On pourra s'étonner que ni la presse ni la Commission parlementaire n'aient eu le souci de rectifier les contre-vérités qui ont été dites à son sujet. On aura aussi du mal à comprendre que sur les quelque 200 heures d'audition, dont de larges séances réservées aux acquittés, seulement vingt minutes ont été concédées à cette psychologue dont on avait tant entendu parler et qui avait tellement de choses à dire.

Partant de cette position très défavorable, c'est quand même cette femme qui s'est levée la première pour entamer une œuvre de ré-information.

En 2009 paraissait donc le premier ouvrage de Marie-Christine Gryson-Dejehansart qui analysait le phénomène Outreau et témoignait de sa réalité « Outreau, la vérité abusée, 12 enfants reconnus victimes. A la sortie de ce livre, ce sont aussi deux femmes, Alexandra Guillet1 et Catherine Durand2 qui lui ont permis de s'exprimer publiquement.

Alexandra Guillet pour avoir réalisé cet interview « Outreau, une psychologue sort de sa réserve »3

Catherine Durand pour avoir audacieusement réalisé cet article dans le magasine Marie Claire.

Quelques mois plus tard, Marie-Christine Gryson-Dejehansart prenait une part active au colloque organisé à Paris-Assas-Panthéon par le Docteur Gérard Lopez, victimologue. Serge Garde était présent, Jacques Thomet aussi, tous deux ainsi que Chérif Delay seront aussi artisans de la ré-information qui maintenant ne s'arrêtera plus.

L'engagement... Oui, la preuve par les femmes ! Mais que ferions-nous sans elles ?

1 http://lci.tf1.fr/redaction-lci/alexandra-guillet-4842293.html

2Actuellement rédactrice en chef adjointe à Marie Claire Magazine

3 http://lci.tf1.fr/france/justice/2009-11/outreau-la-souffrance-oubliee-des-enfants-5547208.html
http://reformesfeministes.blogspot.fr/2013/01/outreau-marie-christine-gryson.html

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