L'autorité parentale de Myriam Badaoui et Thiery Delay

Mon précédent billet «  Le scandale caché des enfants d'Outreau exilés puis administrativement bannis » a suscité des commentaires, mais aussi des réactions qui me sont parvenues directement ou indirectement. Je suis donc amené à apporter quelques précisions qui me paraissent indispensables.

Mon précédent billet «  Le scandale caché des enfants d'Outreau exilés puis administrativement bannis » [1] a suscité des commentaires, mais aussi des réactions qui me sont parvenues directement ou indirectement. Je suis donc amené à apporter quelques précisions qui me paraissent indispensables.

Il est bien évident que cet article n'est pas tourné contre les personnes qui, faisant partie des travailleurs sociaux du Conseil Général du Pas-de-Calais, pourraient éventuellement avoir le sentiment d'être mises en cause. Nombre d'entre elles ont fait avec compétence et conscience professionnelle ce qu'elles avaient à faire. Je ne mets en cause que les décideurs qui sont à l'origine des dispositions surprenantes qui ajoutent s'il en était besoin un trouble de plus quant à l'impression qui se dégage de cette affaire, et dont les conséquences sont désastreuses pour les enfants.

Je ne vais donc pas atténuer en quoi que ce soit les propos que j'ai tenus, je vais au contraire ajouter un élément qui me semble révélateur. J'ai évoqué dans cet article une ordonnance interdisant les contacts de Myriam Badaoui avec ses enfants. Ceci laisse penser qu'en raison du comportement monstrueux à leur égard qui les a conduit en prison, les parents des enfants Delay étaient déchus de leur autorité parentale. Or cette déchéance n'avais pas été demandée lors du procès en assises, mais est intervenue deux ans après.

Un communiqué de l'AFP[2] en date du 24 novembre 2006 nous dit ceci :

LILLE (AFP) - Myriam Badaoui et Thierry Delay ont été déchus de leur autorité parentale par le tribunal de Boulogne-sur-Mer, près de deux ans et demi après leur condamnation dans l'affaire d'Outreau pour des viols sur mineurs, dont leurs quatre enfants, a-t-on appris vendredi auprès de l'avocat de Mme Badaoui.
"C'est une erreur judiciaire de plus, mais à Boulogne, ce n'est pas la première", a déclaré à l'AFP Me Mehana Mouhou, précisant que sa cliente allait faire appel du jugement rendu jeudi et qu'il allait demander le dépaysement du dossier à Paris. La cour d'assises du Nord à Douai, qui avait condamné en juillet 2004 Mme Badaoui et M. Delay respectivement à 15 et 20 ans de réclusion criminelle, "avait la possibilité de retirer l'autorité parentale, or, que ce soient les parties civiles ou le parquet, personne ne l'a demandé", a-t-il ajouté. Thierry Delay, qui n'avait pas d'avocat, avait déclaré accepter de se voir déchu de son autorité parentale "pour le bien" de ses enfants. La chambre civile du tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer a statué à la suite d'une demande du conseil général du Pas-de-Calais, sous l'autorité duquel les enfants étaient placés. Le parquet s'était joint à cette demande.

Pour autant, le Conseil de famille – émanation du Conseil Général - a pris l'initiative d'organiser « pour le bien des enfants » les retrouvailles de ces enfants avec leur mère, c'est à dire de victimes avec leur tortionnaire. Peut-on imaginer qu'il s'agisse d'une tentative de justice réparatrice ? Elle serait funeste quand on sait qu'un rapprochement avec l'agresseur remet la victime sous emprise et peut provoquer des rétractations dont les conséquences sont choquantes en matière de justice, préjudiciables au psychisme des victimes, et terribles pour les professionnels qui les ont aidées et se trouvent injustement discrédités. On peut d'autant plus s'interroger sur la possibilité d'une telle intention qu'elle cadre tout à fait avec la tentative fallacieuse que Dominique Wiel qui dans son livre « que Dieu ait pitié de nous » non seulement ose demander aux enfants Delay de reconnaitre qu'ils ont menti, mais en vient même à prôner l'innocence de leurs parents !

Décidément, je n'étais pas au bout de mes surprises...

1 Article dépublié par Mediapart mais que l'on peut trouver ici :
https://crimecontrelhumanite.wordpress.com/2012/09/17/le-scandale-cache-des-enfants-doutreau-exiles-puis-administrativement-bannis/

http://intimeconviction.over-blog.com/article-4664581.html

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