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Billet de blog 20 mars 2022

Pour parler franchement, vos excréments m’intéressent

La phrase d’une publicité qui, en 1973, s’adressait aux particuliers était « pour parler franchement, votre argent m’intéresse ». Mais les temps changent. La valeur n’est plus seulement ce qui se passe de main en main.

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La publicité de la BNP avait son objectif : faire que l’argent des particuliers, même arrivant par des montants relativement modestes, s’insère dans le cycle vertueux d’investissement et retour sur investissement. Tout est cycle en ce bas monde, et ce qui vaut pour les phénomènes naturels le vaut aussi – en principe - dans une large mesure pour les circuits financiers.

Les pratiques agricoles reposaient jadis largement sur les cycles naturels. Depuis la nuit des temps, tout ou presque restait local. Les déjections des animaux et les excréments humains fertilisaient la terre, les végétaux étaient mangés et le cycle se perpétuait.

Cette pratique avait ses signes. Je ne peux les oublier. Pas oublier cette odeur soudaine dans la rue, qui nous rapprochait du bruit de moteur de la pompe à m… qui puisait dans les fosses le précieux mélange qui bientôt se répandrait dans les champs.

L’odeur de la campagne, si caractéristique par périodes, a changé aujourd’hui. Ce n’est pas pour déplaire aux travailleurs des villes qui y ont placé leurs dortoirs. Mais avec ce changement, c’est une logique funeste qui s’est implantée.

La vie moderne a inventé une porte magique. Celle qui fait sépare le désirable du déchet. Ce qui est désirable, c’est ce que l’on extrait, que l’on fabrique, que l’on place dans les rayons, que l’on consomme.

Ce qui n’est plus désirable, c’est ce que l’on ne veut plus voir : les objets et les matières qui seront enfouies à tout jamais, les rejets de cuisine et nos excréments qui partent comme par magie au « tout à l’égout », bien souvent avec trop d’honneur : un petit pipi de 100 grammes avec dix litres d’eau potable.

Le « tout à l’égout », c’est magique. Un petit geste et le non-désirable a disparu. Il sera rayé du paysage, oublié à tout jamais après son parcours dans les rivières et son aboutissement dans l’espace infini de la mer.

On voit son effet nocif en bord de mer, quand par exemple les algues vertes, enrichies aux nitrates détériorent les abords maritimes. Mais la conséquence la plus néfaste tient au fait que le recyclage naturel est rompu. Il manque dans la boucle du phosphore, de la potasse, des nitrates, des substances nécessaires qui font défaut et qu’il faut remplacer.

Réintroduire des intrants, c’est tout le problème, et si c’est indispensable pour l’agriculture, ce n’est pas bon pour la planète. Des phosphates qu’il faut extraire, transporter, distribuer, de la potasse, idem, et des nitrates, issus d’un processus chimique passant par la synthèse de l’ammoniac qui s’opère à partir du gaz naturel. Aille !

À côté du bilan carbone désastreux de cette compensation, la fertilisation des sols a aussi un fort impact sur les circuits économiques, parce que les matières nécessaires sont pour la plupart importées de pays mêlés à des tensions géopolitiques, dont… la Russie.

Il est donc urgent de repenser nos modes de vie, et même si un retour aux pratiques ancestrales ne pourrait suffire à assurer les besoins alimentaires, au moins pouvons-nous abandonner d’urgence les pratiques les plus nocives qui ont été introduites à une période de trop grande insouciance.

En un mot, ce qui a de la valeur et une relation forte avec les questions environnementales, économiques, géopolitiques, doit être valorisé sur le plan pratique. Pour parler franchement, vos excréments m’intéressent.

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