Les jeunes peuvent-ils unir le monde pour sauver la planète ?

Demander aux dirigeants du monde de répondre aux appels de détresse des scientifiques et aux suppliques des nouvelles générations, c’est leur demander précisément ce qu’ils ne savent pas faire, dans la mesure où leur mental a été forgé dans une logique de compétition et d’affrontement.

Europe, Asie, Amérique, Afrique, sur tous les continents, les jeunes se sont levés pour exprimer l’exigence d’une nouvelle attitude vis à vie de notre planète. Sont-ils à même d’unir le monde pour sauver le climat ?

Les évolutions de nos habitudes se font attendre, pas seulement depuis les accords de Paris, mais depuis les accords de Kyoto, fin 1997, et même des premières prises de conscience sur les changements climatiques, au début des années 1970, qui ont abouti en 1995 à la Convention-cadre des Nations Unies. Et pendant plusieurs décennies, il ne s’est pratiquement rien passé qui puisse engager un mode de vie compatible avec les ressources de la planète.

Le constat, c’est qu’il n’est pas possible d’engager un tel changement dans un monde qui n’assume pas d’abord son unité planétaire devant les enjeux qui concernent le vivant sur terre.

Décider de changer une règle, c’est souvent se heurter à un accord international qui soumet toute adaptation à une procédure interminable et incertaine. Changer l’attitude unilatéralement, c’est surtout pour un pays, perdre en compétitivité dans un monde bâti sur des rapports de force. Un monde qui a bien besoin d’être protégé de désastres, mais qui consacre une grande part des ressources humaines, énergétiques, minières et financières au perfectionnement et à l’accumulation d’immenses moyens de destruction, à l’appui de stratégies offensives – même si l’on préfère parler de moyens de « défense ».

Cette logique territoriale (territoire et terreur ont la même racine) provient d’une volonté de réserver à sa communauté un avantage en termes de moyens de survie d’abord, de confort ensuite, mais aussi de domination économique et culturelle. Si la défense de territoires a pu préserver légitimement des populations du pillage et de la destruction, elle a surtout été génératrice de massacres, de famines et de malheurs, chaque fois que la folie humaine et le rêve d’hégémonie ont accompagné l’ivresse de pouvoir de chefs despotiques.

Il se trouve que nous sommes arrivés au point où aucun groupe humain ne peut assurer l’avenir de son bien-être dans un monde qui s’épuise. Les conséquences climatiques et biologiques ne feront pas d’exceptions. Si les forêts d’Amazonie brûlent, c’est la terre entière qui est touchée. Si la surpêche et la pollution affectent les océans, ce sont les ressources halieutiques globales qui sont compromises.

Les conditions économiques elles-mêmes n’échappent pas à la globalisation. Les milieux financiers retiennent leur souffle. Si la crise financière tant redoutée survient, elle s’étendra à la terre entière.

L’air et l’eau ne connaissent pas de frontières, les humains de toutes origines les franchissent par envie ou par nécessité. Les frontières ont perdu de leur sens. Il n’en est aucune derrière laquelle il soit possible de se retrancher, pas plus qu’il ne serait intelligent de se cacher derrière un rideau dans une maison en feu.

Le genre humain ne trouve de salut que collectivement. Il semble que les jeunes l’aient compris. Le fait de voir le même jour des peuples de toutes ethnies, nations et conditions s’entendre pour demander d’accorder la priorité à la survie de la planète est le signe d’une rupture.

Il n’est que temps de rétablir les grands équilibres en matière de partage de ressources, de les répartir en fonction des nécessités, d’éloigner les causes de conflit, de répudier les idéologies, sources de crispations et d’hostilités purement néfastes, de stimuler les progrès des sciences et des techniques, de regarder la consommation débridée comme un égarement dépassé, d’oser prendre en considération des valeurs authentiquement spirituelles.

Il est surtout temps de laisser les jeunes faire ce que les générations précédentes n’ont pas su faire, en arrêtant de dire qu’ils ne savent pas faire ce que leurs parents faisaient. Ils sont de toutes façons le seul avenir de la planète.

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