Les médias toujours aussi mal à l'aise avec l'affaire d'Outreau

Evoquant l'affaire d'Outreau, la presse n'est pas tendre. Fiasco est le mot qui revient le plus souvent. Il est question d "erreurs" de la justice, de dysfonctionnements... Bien des gens sont sur la sellette, mais pas les acquittés qui sont en quelque sorte sanctifiés depuis leur acquittement.La presse avait il est vrai beaucoup de choses à se faire pardonner après les tout premiers articles qui avaient gravement porté atteinte à la présomption d'innocence des personnes mises en cause. Elle a depuis adopté une attitude totalement opposée, comme si un excès pouvait en compenser un autre.

Evoquant l'affaire d'Outreau, la presse n'est pas tendre. Fiasco est le mot qui revient le plus souvent. Il est question d "erreurs" de la justice, de dysfonctionnements... Bien des gens sont sur la sellette, mais pas les acquittés qui sont en quelque sorte sanctifiés depuis leur acquittement.

La presse avait il est vrai beaucoup de choses à se faire pardonner après les tout premiers articles qui avaient gravement porté atteinte à la présomption d'innocence des personnes mises en cause. Elle a depuis adopté une attitude totalement opposée, comme si un excès pouvait en compenser un autre.

Bien des signes sont apparus pourtant qui auraient pu errafler l'histoire qui s'est construite sur la stratégie des avocats de la défense et des auteurs qui se sont mis dans leur sillage : un troublant rapport de l'IGAS,   le rapport de l'Inspection Générale des Services Judiciaires qui réhabilite le juge Fabrice Burgaud, le procès pour maltraitance des époux Lavier, les déclarations de Chérif Delay l'aîné des enfants d'Outreau qui a notamment publié son livre "Je suis Debout" sans oublier évidemment le récit et l'analyse de Marie-Christine Gryson-Dejehansart dans son livre "La vérité abusée". Plus récemment, le documentaire de Serge Garde : "Outreau, l'autre vérité" qui a fait réagir si fort Eric Dupond-Moretti toujours sur la défensive, et le livre du journaliste d'investigation Jacques Thomet, "Retour à Outreau, - Contre-enquête sur une manipulation pédocriminelle" qu'il a écrit après des mois d'une étude fouillée des dossiers. 

L'accumulation de ces indices intrigue l'opinion qui exprime ses doutes ici et là, mais rien ne semble ébranler la doxa que les grands médias continuent à véhiculer sans rien revoir. 

Et patatras, voilà qu'un procès qui devait avoir lieu depuis longtemps, mais dont la tenue cadrait décidément trop mal avec l'histoire telle qu'on croit la connaître s'annonce. Pas de chance à quelques mois de sa date de prescription.Que vont faire les médias ? 

Dans un premier temps, l'annonce par Le Point le 20 juin (n°2127), Jean-MIchel Décugis révélait que l'un des acquittés d'Outreau, Daniel Legrand fils, pourrait être convoqué devant une cour d'assises des mineurs. Silence embarrassé des médias qui semblent ne pas réaliser ce qui va suivre. Mais le fait est aujourd'hui confirmé, chacun y va de son couplet, information oblige. Mieux, dix avocats des acquittés arrivent à la rescousse - excusez du peu - Quelle attitude adopter ? 

Il semble en tout cas que celle de FR3 Nord-Pas-de-Calais soit symptômatique : on commence par un sondage. On pourrait dire que c'est prudent.

Voyons d'abord la question posée par le sondage.

 "Faut"il définitivement tourner la page de l'affaire d'Outreau ?"

Les mots ont leur importance. Il paraît clair que la formulation de la question peut avoir une certaine influence sur le résultat. Celle-ci suggère un soulagement et incite à répondre OUI.

J'aurais été bien surpris que la question soit : "Voulez-vous savoir enfin la vérité sur l'affaire d'Outreau ?"            

Pour ce qui est des résultats, j'ai observé  un décalage amusant entre ceux qui sont annoncés à l'internaute sitôt après son vote, et les chiffres qui apparaissent dans la page qui donne les résultats du sondage. Ci-dessous, deux copies d'écran prises au même moment :

sondage fr3

Que faut-il faire ? protester ? demander des explications  s'entendre parler - comme c'est classique - "d'erreurs informatiques" ? Inutile, et en ce qui me concerne, je ne leur accorde pas le bénéfice du doute.  

Je ne donne pas davantage le bénéfice du doute sur la manière d'introduire le nouveau procès en écrivant que Daniel Legrand serait REJUGE. Il est aberrant d'écrire cela, le journaliste ne peut l'ignorer. Il s'agit d'un jugement de mineur qui n'a pas été rendu depuis longtemps, mais dont la médiatisation aurait écorné la belle histoire des innocents accusés à tort. Daniel Legrand comme majeur est définitivement acquitté dans l'affaire d'Outreau à moins que des éléments nouveaux viennent s'imposer.

Comment ne pas voir dans ces indices la marque inquiétante des comportements partiaux qui ont été dénoncés dans le film "l'Autre Vérité" de Serge Garde ?

Si l'affaire d'Outreau reprend du service comme il semble probable, espérons que les médias sauront cette fois sacrifier à leur devoir d'information leurs tendances à fabriquer l'émoi.

 

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