Le Magistrat Fabrice Burgaud en procès contre Bertrand Tavernier : pourquoi un comité de soutien ?

En avril dernier, la presse avait abondamment rendu compte, non sans affecter une certaine surprise, de la plainte que Fabrice Burgaud, connu pour avoir été juge d'instruction dans l'affaire d'Outreau, déposait à l'encontre de Bertrand Tavernier. Celui-ci avait, il est vrai, fait un fameux dérapage lors d'une émission « C à vous » sur France 5 en évoquant la mise à mort du « Juge Burgaud ».Les commentaires sur cette plainte n'ont pas été tendres. Ils ont été à l'image des idées reçues qui ont cours dans le public, toujours imprégné d'une version simpliste de l'affaire qu'il avait trouvée à son goût et qui reste suspicieux envers l'institution judiciaire qui peut paraît-il « broyer des innocents », ce qui, dixit l'un des accusés, « peut nous arriver à tous ».

En avril dernier, la presse avait abondamment rendu compte, non sans affecter une certaine surprise, de la plainte que Fabrice Burgaud, connu pour avoir été juge d'instruction dans l'affaire d'Outreau, déposait à l'encontre de Bertrand Tavernier. Celui-ci avait, il est vrai, fait un fameux dérapage lors d'une émission « C à vous » sur France 5 en évoquant la mise à mort du « Juge Burgaud ».

Les commentaires sur cette plainte n'ont pas été tendres. Ils ont été à l'image des idées reçues qui ont cours dans le public, toujours imprégné d'une version simpliste de l'affaire qu'il avait trouvée à son goût et qui reste suspicieux envers l'institution judiciaire qui peut paraît-il « broyer des innocents », ce qui, dixit l'un des accusés, « peut nous arriver à tous ».

Cette version fallacieuse de l'affaire était déjà fortement ancrée dans l'opinion quand le film « Présumé coupable » est paru, venant encore donner un tour plus outrancier à la représentation du drame. Qu'importe que ce film soit en fait une fiction, l'histoire telle qu'elle est montrée convient si bien aux attentes du public que certains organismes n'ont rien trouvé de plus intelligent que de mettre le film au programme de séances scolaires pour les lycéens.

Pourtant, le film peut exercer son influence excitante sur d'autres esprits que ceux des jeunes. La preuve : Bertrand Tavernier  s'y est fait prendre au point de prononcer publiquement des paroles ravageuses évoquant une peine de mort pour celui qui fut le juge d'instruction. Le cinéaste, qui n'est pourtant pas, en principe, « tombé de la dernière pluie » a été sans doute influencé dans son ressentiment par le film « Présumé Coupable ».

Faut-il voir seulement dans ce procès la réaction compréhensible d'une personne meurtrie envers une personne qui a publiquement dépassé les bornes ? Pourquoi en faire grand cas ? Pourquoi un comité de soutien ?

Pour comprendre l'importance de ce procès et du débat qu'il ne manquera pas de provoquer, il faut rappeler quelques souvenirs.

En février 2006, Fabrice Burgaud est un homme seul, livré à la vindicte populaire dans l'un des plus incroyables montages médiatiques qui puissent exister. Face à lui, au travers des caméras des grandes chaînes de télévision, des millions de téléspectateurs peuvent assister en direct à ce qu'il faut bien regarder comme un lynchage médiatique. Philippe Houillon, rapporteur de la commission parlementaire sur l'affaire d'Outreau, ne laisse pas au juge l'espace suffisant qui lui aurait permis d'exposer sereinement ses arguments et en rajoute dans la mise en scène de cette humiliante épreuve que pourtant rien ne justifiait1.

Il nous semble que cette démarche devant la justice soit nécessaire pour qu'on en finisse avec le mythe destructeur de l'affaire d'Outreau.

Parce que l'affaire d'Outreau, ce n'est pas seulement l'affaire d'acquittés, ce n'est pas seulement la mise en cause d'un juge bouc-émissaire, c'est la vie ravagée des enfants victimes, et c'est aussi la souffrance et les préjudices irrémédiables qui se sont abattus sur bien plus de personnes que l'on imagine, et certaines y ont laissé leur santé, une part de leurs acquis professionnels, leur joie de vivre. Experts, travailleurs sociaux, avocat.e.s, policiers, magistrats... Qui gardent les douloureux stigmates de cette épreuve. Le public ne les connaît pas, n'a pas retenu leurs noms, leurs épreuves sont passées par pertes et profits... Le public connaît le nom médiatisé du « Juge Burgaud », l'un des quelque 60 magistrats qui ont eu affaire avec le dossier d'Outreau.

Toutes ces personnes qui ont gardé de véritables traumatismes à la suite d'une affaire qui a terriblement affecté leur vie – et cela pour avoir simplement et consciencieusement rempli leurs missions – ont des raisons de se sentir attaquées dans leur honneur quand Fabrice Burgaud, est la cible de propos insensés.

Il y a aussi ces victimes que l'on n'entend plus depuis lors, tenues pour douteuses à l'invocation d'un « nouvel Outreau » que l'on brandit comme un talisman dans les prétoires où il fait que le doute s'installe comme le givre2.

Il est donc tout à fait logique que dans ce procès qui l'oppose à Bertrand Tavernier, Fabrice Burgaud ne soit pas laissé seul. Parce qu'il n'est pas seul. Et dans l'ombre de son adversaire se profilent les porteurs de haine3 , ce qui renvoit forcément à une question centrale : la désinformation qui a entouré toute l'affaire.

On ne peut cependant empêcher que les certitudes s'effritent, et que ce qui paraissait certain perde peu à peu de son évidence. On ne peut empêcher que des travaux sérieux soient entrepris sur les dossiers, et conduisent à des conclusions en net décalage avec les croyances initiales. Les années passant, le tumulte se calmant, elles seront alors bien accueillies par nombre de gens qui déclareront alors « avoir su depuis longtemps ». Ainsi va l'histoire humaine.

Je ne parle pourtant pas d'un futur lointain, mais d'une période qui a démarré en 2009 avec la publication courageuse du livre4 de Marie-Christine Gryson-Dejehansart, la sortie en mars 2013 du documentaire « Outreau, l'Autre vérité, » et l'étude complète de Jacques Thomet qui a épluché les quelque 30 000 pages du dossier ainsi que les rapport des enquêtes judiciaires parlementaires et administratives, et a publié son ouvrage «  Retour à Outreau, contre-enquête sur une manipulation pédocriminelle » chez le seul éditeur5 qui ait eu le cran de le faire paraître. Entre temps, Chérif Delay, l'aîné des enfants d'Outreau a écrit avec Serge Garde son livre « Je suis debout »6 où il livre un témoignage poignant sur son enfance, les viols en réunion et sa vie d'adulte qui en découle.

Espérons que le procès de Fabrice Burgaud contre Bertrand Tavernier soit l'occasion de déciller les yeux du public, mais aussi et surtout des professionnels dont la mission est de l'informer. Et cette fois, nous ferons en sorte qu'il ne se sente pas seul7 !

 

Pour en savoir plus :

Outreau, Fabrice Burgaud : une plainte nécessaire contre Bertrand Tavernier pour incitation au crime, arguments de ses avocats

 

Fabrice Burgaud, Christophe Rossignon, Bertrand Tavernier « Présumé coupable »

 

Plainte contre Bertrand Tavernier, les-porteurs de haine enquestion

Outreau, Testez vos connaissances et faites la part des idées reçues


1 Voir en particulier cet article et les arguments qu'il développe :
http://www.village-justice.com/articles/Burgaud-proces-contre-Bertrand,15702.html

2 Contribution au colloque « la parole de l'enfant après la mystification d'Outreau, Paris-Assas Panthéon fev 2011 http://la-verite-abusee.pagesperso-orange.fr/documents/parole_enfant_mystification_outreau_2.html

3 http://blogs.mediapart.fr/blog/jacques-cuvillier/210513/plainte-contre-bertrand-tavernier-les-porteurs-de-haine-en-question

4 Outreau, la vérité abusée, op cité

5 Kontrekulture.com

6 Eds du Cherche Midi

7 https://www.facebook.com/ComiteSoutienFabriceBurgaud

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