Romstorie : 1er mai Roms Romanichels poésie politique et botanique

Dans nos familles tsiganes on utilisait le « rosier rouillé » ou « rosier couleur de rouille » appelé ainsi à cause de la couleur de son écorce, mais surtout facilement identifiable par son odeur de pomme. Son parfum caractéristique et puissant comme celui de la menthe ou du thym ne provient pas de ses fleurs qui sont de petites églantines très ordinaires, mais de ses feuilles.

C’est le 1er mai aujourd’hui, le jour des défilés et du muguet, un jour de botanique et de politique. Le muguet, malgré son parfum extraordinaire reste une plante vénéneuse que le vieux Le Pen arbore à sa boutonnière pour vitupérer sous les jupes de Jeanne d’Arc.

La rose de son côté tente une apparition timide dans les tweets de Jean Christophe Cambadélis qui nous rappelle en ce 1er mai les 80 ans du Front Populaire, né en 1936. Pas toujours génial dans sa communication, le Parti socialiste illustre l’anniversaire du Front populaire par un tandem, symbole des congés payés, avec Monsieur aux commandes du tandem, tandis que sa femme se laisse mener passivement sans trop d’efforts, pieds au repos, loin les pédales…https://twitter.com/partisocialiste/status/726699293227253760

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Comme les barbelés, les roses ont des épines. Les barbelés contemporains ne sont plus torsadés en tréfilerie mais emboutis dans des bandes d’acier inoxydables où se succèdent des lames coupantes aux ardillons terrifiants. Si le code rural en interdit dorénavant l’usage pour parquer les animaux, l’ensemble des pays d’Europe passe commande par centaines de tonnes de ce matériau pour se protéger des hommes et des enfants à ses frontières.Un tweet repris ce matin du dimanche 1er mai par le groupe JP Vernant montre le village d’Idoméni, à la frontière entre la Grèce et la Macédoine où plus de 12 000 personnes sont bloquées derrière les barbelés. Sur ces barbelés, image devenue hélas trop courante, sèche du linge d’enfant. https://twitter.com/Gjpvernant/status/726696482972262400

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Dans nos familles tsiganes qui tout au long de leur histoire ont connu à maintes reprises les frontières et les barbelés, on utilisait les plantes pour se soigner, et parmi ces plantes, le « rosier rouillé » ou « rosier couleur de rouille » appelé ainsi à cause de la couleur de son écorce, mais surtout facilement identifiable par son odeur de pomme. Comme celui de la menthe ou du thym, son parfum très caractéristique et puissant ne provient pas des fleurs qui sont de petites églantines ordinaires, mais des feuilles.

Le merveilleux, le religieux et le surnaturel se sont introduit dans l’histoire de cet églantier rustique sur les branches duquel la Vierge Marie, aurait mis à sécher les langes de l’enfant Jésus, lui conférant ainsi son parfum particulier. L’histoire dirait aussi que cette affaire de l’églantier servant d’étendage à linge serait liée au refus d’un campement de Romanichels (des Egyptiens, des Gypsies) d’accorder asile pour la nuit à la Sainte famille lors de la fuite en Egypte.

Une vingtaine de siècles après, les femmes tsiganes qui apaisent les douleurs des brûlés, les « barreuses » de feu de nos familles, utilisent toujours lors des séances de guérison, une huile particulière extraite des fruits de ce rosier couleur de rouille à odeur de pommes, cet épineux sur lequel auraient séché les langes de l’enfant-Dieu.

De nombreux médecins des hôpitaux, sans prétendre pouvoir donner la moindre explication scientifique, reconnaissent la valeur et l’efficacité des « barreuses de feu » dans le processus de guérison, les acceptent volontiers au chevet des malades et se plaisent à parler avec elles de cet étrange « pouvoir ».

Nos guérisseuses accordent peu d’attention à cette histoire de refus d’hospitalité à la Sainte Famille qui ne serait qu’une histoire inventée par des Gadgés malveillants. En confidence, elles restent néanmoins partagées quant à l’efficacité de cette huile de rose. Toutes sont unanimes sur le fait qu’il est indispensable d’avoir le don, d’avoir appris les paroles et prières nécessaires, d’avoir dans sa vie une conduite respectable et surtout avoir reçu la transmission pour faire sortir le feu des brûlures de la peau et accélérer la régénération des tissus.

Certaines d’entre elles, peu nombreuses, attestent de guérisons réussies sans le recours à l’huile de rose. Néanmoins, elles conviennent de l’utiliser et d’en révéler sans détour l’exacte provenance, plus particulièrement quand les brûlés ne sont pas des Tsiganes.

L’origine pharmaceutique de cette huile tirée des simples et son caractère divin de chrème séculier atténuait le côté surnaturel des guérisons et coupait court à toute accusation de sorcellerie, parce que la maîtrise du feu appartiendrait au Diable et à ses feux de l’enfer. On a brûlé des sorcières jusque sous Louis XIV et ça ne remonte pas si loin…

Or, depuis peu, on utilise l’huile extraite des fruits du Rosier couleur de rouille (Rosa rubiginosa) dans les cosmétiques pour la régénération de la peau. Elle contiendrait des niveaux élevés de vitamine C et d’acides gras essentiels polyinsaturés, etc., etc.

Comme le disait Verlaine, quand l’indécis au précis se joint…

Ci dessous, oeuvre de l'artiste algérien en exil Adel Abdessemed, réalisé en fils barbelés tels qu'on les utilise actuellement aux frontières.

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