Jacques DEBOT

Écrivain tsigane, ni coupable, ni victime, pas innocent pour autant.

Sa biographie
Des Tsiganes, on ne connait souvent que ces mendiants orgueilleux, bruns de poil et de peau, Job sublimes et forcément coupables, nomades contemporains vivant toujours en caravane, sous la tente ou la cabane, parmi ces congères hallucinants de rebuts disputés aux déchetteries, carcasses éviscérées de charognes industrielles, mobilier bancal, métaux et graisses mêlées de lessives, de papier, de boue, de merde où courent la vermine et leurs gosses pieds-nus. Ils vivraient dans ces galeries de rats, cette lie qui les englue, fonds de calices charriés jusqu’aux seuils des cabanes pour en extraire quelques sous, s’acheter du pain.Jusqu’au milieu du vingtième siècle, notre petit peuple de culture orale, peuple sans livre qui a partagé le sort tragique du peuple des livres, n’apprenait ni à lire, ni à écrire. Pourtant, depuis la fin de la guerre, bon an, mal an, trois, voire quatre générations sont maintenant passées par l’école, parfois même les universités et les grandes écoles. Nous avons embrassé à notre tour les métiers d'historiens, journalistes et romanciers, médecins aussi, professeurs, conducteurs de bus et ouvriers, nous, les fils et filles de chiffonniers, rabouins, ferrailleurs et vanniers.Nous sommes encore peu nombreux mais peut-être les pères et les mères d'une multitude, car l’Europe compte plus de dix millions de Tsiganes et nos enfants, semblables aux vôtres, utilisent l'écran et le clavier. Après la Négritude, la Romanipen ?    Le monde ne laisse subsister d’eux aucune mémoire : la Justice et la Miséricorde les dédaignent.  Dante Alighieri - l’Enfer, chant troisième.
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