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Billet de blog 4 janv. 2015

Romstorie : A Francesca, enfant rom, née dans la rue, morte dans la rue

Attentif à la misère infernale dans laquelle notre société condamne à vivre les Roms, je pars naviguer régulièrement sur les canaux informatiques. Je frappe le mot Rom sur mon clavier pour trouver et archiver les traces écrites de mon petit peuple aux semelles de boue.

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Attentif à la misère infernale dans laquelle notre société condamne à vivre les Roms, je pars naviguer régulièrement sur les canaux informatiques. Je frappe le mot Rom sur mon clavier pour trouver et archiver les traces écrites de mon petit peuple aux semelles de boue.

L’intelligence artificielle du moteur de recherche a décrété une fois pour toute que ces gens-là ne présentaient aucun intérêt. C’est pourquoi il me propose immanquablement d’essayer plutôt l’orthographe de Rose.

De guerre lasse, j’ai fini par obtempérer aux injonctions de ce renard (Firefox), pour vérifier si un algorithme guidé par les logiciels espions enkystés dans mon ordinateur et sachant à peu près tout de moi, me mènerait jusqu’à Peter Lambert.

Peter Lambert, rosiériste allemand (1859-1939) était l’obtenteur du merveilleux rosier Zigeuner Knabe, crée en 1909, appelé aussi Gypsy Boy, (en français : l’Enfant Tsigane), qu’on trouve encore assez facilement chez les pépiniéristes cultivateurs des roses anciennes.

Pour toi Francesca, j’en ferai des bouquets

Zigeuner Knabe pousse dans mon jardin et à la saison des fleurs, pour toi Francesca, j’en ferai des bouquets, avec le sécateur de ma mère, celui qu’elle prenait pour faire ses paniers. Et mes frères et tes sœurs et mes cousines et tes cousins, les vieux, les vieilles et les tickné viendront jusqu’à ces fleurs et ce vase, poser des images saintes, allumer de petits cierges blancs.

Quand on aura voilé de drap tous les miroirs, tes roses dans l’éclatement du soir mettront des trous de pourpre et des arrachements de giclure mauve à la lumière du ciel. Les camions, les autos, les flancs et les toits des caravanes s’effaceront à leur tour sous la teinture chartreuse et les vapeurs dorées que transpirent ces terrains en friches, frappés de mesures d’expulsions.

Les pâtures silencieuses et les sapinières au loin, nos chevaux sous les saules et même les rivières à poissons prendront la couleur de l’ambre que les vieux Juifs polonais du Bassin minier revendaient à nos aïeux.  Mariées comme la mèche et la flamme et la cire, les étoiles au fond du ciel perceront le noir de la nuit. Sous la main tsigane et jusqu’au déploiement de l’aube, les archets à talon d’argent, chambrières tendues de crins fins, feront gémir nos violons d’érable et de sapin.

Un ange viendra marcher là devant nous, comme un circassien de soie, sans manière aucune, sur une élingue tendue, sans mât, ni bride, ni moufle, en l'air, sur le vide, sur rien, un mètre au-dessus du pré.

Les hommes resteront le cœur saisi, les poumons douloureux, la bouche ouverte, émerveillés par ta visitation, petit ange, tes petits pieds, tes cheveux bouclés et ton regard d’enfant qui rendra même aux plus turbulents de ces nomades un peu de leur sainteté.

Désemparées, les vieilles crieront avec le ventre les malheurs de leur vie, leurs souvenirs des morts veillés trois nuits consécutives pendant lesquelles, par coutume, elles ne mâchent que des fruits secs et du pain béni,  jamais de viande et abusent de ces liqueurs qui flattent le palais mais leur déchirent l'estomac.

Francesca, petite princesse, j’avais toujours cru qu’avec une rose et un renard on pouvait écrire de belles histoires. Mais la rose est au pouvoir et le petit prince dessine des pelleteuses. Saint Exupéry est un aéroport près de Lyon d’où partent des oiseaux mécaniques au gésier gavé de Tsiganes refoulés de France.

Dans cette tristesse des premiers jours de l’année 2015, pour te donner un peu  de cette veillée funèbre que reçoivent nos morts, j’écoute Edith Piaf : La vie en rose. Je me suis versé un verre de maul et j’ai maudit le triste fou qui t’as refusé ta place au mouli pléri.  Edith Piaf était née dans la rue.

Mouli pléri : de moulo : mort et pléri : place, c’est le cimetière. Le maul, c’est le vin, les tickné les gosses.

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