Romstorie : Le Syndicat Force Ouvrière peut-il encore sentir les Roms ?

En matière de racisme, que ce soit contre les Juifs ou contre les Roms, c’est presque toujours une affaire de nez. Un chauffeur de bus, délégué syndical de Force Ouvrière des Transports de l’Agglomération de Montpellier, a fait part à la presse d’une proposition de supprimer une ligne fréquentée par les Roms et de créer une navette spéciale pour ces gens-là, histoire de ne plus subir leurs odeurs.

Une fois de plus, cette affaire va présenter les Roms comme des gens à part, demander pour eux un traitement à part, va les désigner comme des vecteurs de maladies, va nous préciser l’anecdote cruelle des  pièces de monnaie poisseuses que le chauffeur hésite à prendre pour ne pas se faire contaminer.

Ce sera l’occasion pour les lecteurs des hebdomadaires et quotidiens de libérer sans retenue les mots du racisme le plus dur, persuadés de ne commettre aucun délit. Avec une indulgence sur laquelle il convient de s’interroger, avec la complaisance des rédactions de ces titres de presse, en matière de Roms, le racisme n’est plus un délit, c’est une opinion.

Est-ce Force Ouvrière ou la CGT majoritaire au Comité d’Hygiène et Sécurité des Conditions de Travail, ou bien la direction des Transports de l’Agglomération de Montpellier qui aurait en premier  proposé l’épuration ethnique et les transports spéciaux pour lutter contre ce « danger sanitaire » ?

Interrogé par Cécile Bourgneuf, journaliste à Libération, Bernard Gotis, délégué syndical de la CGT à la TAM rejette toute initiative dans ce sens et plaide pour les Roms, laissés sans eau, sans soins, sans la moindre attention dans leur bidonville du quartier de Grammont.

Si je ne suis pas parvenu à joindre Bernard Gotis de la CGT, j’ai pu m’entretenir par téléphone avec Gilbert Fouihle secrétaire général de l’Union départementale de Force Ouvrière de l’Hérault. Celui-ci admet que les propos aient pu être tenus par le chauffeur de son syndicat, mais précise que FO est minoritaire au CHSCT, le Comité Hygiène et Sécurité où cette discussion a été débattue.

Il ajoute que la CGT y est majoritaire, que ce projet d’interdire aux Roms l’usage du service public a été initié par la Direction de la TAM et qu’il se tue à le répéter à tous ceux qui l’interrogent.

J’ai donc appelé la Direction des Transports, laquelle m’a fait parvenir un communiqué de presse tout chaud sorti de leur réunion, précisant que « les Transports de l’Agglomération de Montpellier démentaient tout projet en cours ou à venir de création de navette spécifique à destination des populations roms »

Le découragement parfois s’empare de nous quand il faut une fois encore reprendre la plume, refaire une plaidoirie, justifier, réhabiliter des victimes qui n’ont pour tout bien que des hardes et quelques mètres carrés de bâches sous lesquelles s’abriter. Quand il faut communiquer sur cette guerre permanente, ces conditions abominables, ces violences continuelles faites aux Roms.

Fallait-il passer des heures à retrouver ces évènements lamentables, au musée d’Orsay où on a refusé l’accès à des Roms à cause de l’odeur ? Fallait-il-t-il fouiller le disque dur pour en exhumer ces pénibles déclarations de responsables politiques dont on n’est pas certain qu’ils les regrettent ?  

Et chaque fois éplucher encore les déclarations « spontanées » de  ces gens dont ce ne serait pas le métier que de s’exprimer dans la presse, des gens très biens mais qui n’en peuvent plus, victimes de leur spontanéité, victimes des journalistes et de la puanteur des Roms.

La direction des Transports a démenti, la CGT a démenti et condamné cette initiative sur sa page Facebook. Eu-égard à la gravité des propos tenus par un membre de son syndicat, nous souhaiterions connaître la position de Monsieur Jean Claude Mailly, Secrétaire général de Force Ouvrière, pour lui demander s’il entend condamner ces propos, faire un peu de pédagogie dans son organisation, rejeter cette navette à détisser les liens de notre société.

C’est pourquoi, nous lui demandons quelle pourrait être l’indication portée au fronton des véhicules pour indiquer aux Montpelliérains, aux visiteurs et aux touristes que ces bus-là sont réservés aux Roms ? Faudra-t-il réunir une commission pour décider si l’affichage au fronton lumineux des bus portera un R comme Rom ou un Z comme Zigeuner qui signifie Tsigane ? Et pour l’interdiction, un Z barré et un R barré ?

Comment seront désignées les lignes réservées au non-Roms ? Combien de lignes assureront à la fois le double service avec doublement des véhicules ? Faudra-t-il instaurer une double billetterie avec paiement sans contact, sachant que le contact peut donner la gale ?

Qui est Rom, qui n’est pas Rom ? Les Gens du Voyages seront-ils concernés par l’interdiction ? Les métis pourront-ils utiliser indifféremment les bus marqués G et les bus marqués R ? Quelle navette prendront celles et ceux qui n’ont qu’un seul grand-parent rom ? La justice pourra-t-elle en cas de litige recourir aux tests génétiques ?

Faudra-t-il, pour respecter le parallélisme des formes, sous peine de censure du Conseil constitutionnel, rendre obligatoire la possession d’un document d’identité biologique à présenter aux contrôles, tant aux Roms qu’au non-Roms ?

Les dépenses occasionnées par les mesures que demande votre syndicat pour mettre fin aux odeurs insupportables seront-elles financièrement supportables ? Qu’appelez-vous un danger sanitaire ?  Le montant des amendes en cas d’infraction sera-t-il évalué à vue de nez ? Pourra-t-on prendre le bus avec son chien quand il s’appelle Gipsy ?

Voilà Monsieur Jean Claude Mailly les questions délirantes auxquelles votre syndicat devra répondre s’il entend persévérer dans sa volonté de rejeter les Roms hors de la cité, hors de l’humanité, à moins que vous ne condamniez publiquement et fermement les propos tenus dans cette malheureuse affaire. Et peut-être les Transports de l’Agglomération de Montpellier, malgré leur très court communiqué, ne sont-ils pas totalement dédouanés et pourraient être amenés à entendre les mêmes questions.  

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