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Billet de blog 13 avr. 2017

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Romstorie : L’antitsiganisme combattu ou négligé par les institutions ?

Angle mort de la réflexion politique, l’antitsiganisme est peu débattu, mal combattu, mal préparé, mal organisé, mal pensé. Sous la forme du mépris ou du paternalisme, il est parfois mis en œuvre par ceux-là mêmes qui revendiquent la défense de notre cause.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis bientôt sept ans, depuis le discours de Grenoble prononcé par Nicolas Sarkozy en juillet 2010, l’antitsiganisme a connu dans notre pays une inflation considérable. L’arrivée de la gauche au pouvoir en 2012 n’a malheureusement pas modifié le mépris, la maltraitance politique, juridique, policière, médiatique, intellectuelle et même artistique à l’égard des Roms/Tsiganes.

La fin du quinquennat nous amène à considérer l’action du gouvernement, ses réponses politiques et institutionnelles en matière de racisme. Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire, politologue, enseignant en  sciences politiques et philosophie politique à l'université d'Évry-Val-d'Essonne, développe sa réflexion et ses constats sur les moyens mis en œuvre par le gouvernement dans un article sévère et tranchant, paru ici-même dans les colonnes de Médiapart sous le titre : Misère de l’antiracisme institutionnel. https://blogs.mediapart.fr/edition/les-mots-en-campagne/article/120417/misere-de-l-antiracisme-institutionnel

Si je partage les constats d’Olivier Le Cour Grandmaison quant au racisme que subissent les Roms migrants et les Tsiganes français, si j’affirme sans craindre le démenti tant les exemples sont hélas nombreux et répertoriés par les instances européennes, que par inertie des institutions républicaines, le racisme à notre égard est trop souvent le fait des élus ou des collectivités territoriales,  j’ai tenu à prendre la plume pour apporter mon propre témoignage en tant que tsigane. Néanmoins, je laisserai de côté la "comparaison des douleurs" et j'éviterai de hiérarchiser les "ciblés", les "racisés" comme on dit parfois.

J’ai quitté l’école à seize ans et vous demande l’indulgence si mon langage reste éloigné de la rigueur du patois universitaire, mais je voudrais nuancer ou compléter le propos d’Olivier Le Cour Grandmaison  sur cette question de l’antiracisme institutionnel, et plus particulièrement sur l’action de la DILCRAH, Délégation interministérielle de Lutte contre le Racisme, l’Antisémitisme et l’Homophobie, cette institution mise en cause dans son article.

Très fréquemment, comme le renard décortique la poule,  mes écrits démontent les mécanismes de péjoration et de domination, les formes d'actions politiques et mercantiles (car il existe un roma-business), les inerties, le rôle de la presse, les disjonctions entre les travaux des universitaires sur lesquels s'appuient l’exécutif et le législatif, et la vie des Roms eux-mêmes, etc. Je fais par ailleurs un travail  de veille et de réplique sur les réseaux sociaux Twitter et Facebook où se diffuse à flot continu une violence inouïe à notre égard.

Je mets parfois en cause le fonctionnement des organisations humanitaires, et très souvent je modère mon propos pour ne pas multiplier à l'excès les retours d’hostilité, accompagnés bien évidemment du mépris, car qui tiendrait compte des réflexions d'un romanichel ? On admettra qu’en matière de lutte contre l’antitsiganisme, les grandes ONG subventionnées pour lutter contre le racisme ne se sont pas beaucoup décarcassées au cours des dernières années. Ces grandes organisations ne répondent pas aux appels téléphoniques, ni  aux courriers sur papier ou par voie informatique. Elles opposent le mutisme et la fin de non-recevoir à toutes nos demandes, à toutes nos questions. Elles n'acceptent personne sur le territoire de leurs chasses gardées, bien gardées, bien subventionnées, des territoires en friche, hélas...

A l’exception d’une rencontre avec la LICRA et une invitation d’Amnesty, les autres restent muettes, parleront sans doute des Roms à l’occasion d’un procès médiatisé contre Le Pen et le reste du temps communiqueront des pétitions de principe usées jusqu’à la corde, mais ne parleront pas avec les Roms, fussent-ils intellectuels et militants engagés dans la lutte contre le racisme, généralement bien élevés et plutôt propres sur eux, ce qui ne correspond pas du tout à l’idée qu’elles se font de nous. Sous une forme paternaliste et condescendante, elles ne sont pas très loin de le pratiquer à notre égard ce racisme qu’elles prétendent combattre.

Mis à part l’espace que m’accorde Médiapart pour diffuser mon blog et l’attention bienveillante que le Conseil de l’Europe porte mes publications,  je n’ai trouvé de soutien, d’aide concrète, d’écoute, et de réponses nulle part ailleurs qu’auprès de la DILCRAH. C'est ainsi et ce n'est pas autrement, c'est la réalité.

Ne serait-ce qu’en répondant à un mail, à un courrier, ne serait-ce qu’en reprenant un de mes tweets, en envoyant un signe par le truchement des réseaux sociaux, j’ai reçu de la part de cette institution, de la part des services et de la direction, des encouragements que je considère comme une forme de validation de mon travail. J’ai été informé concrètement de l’impossibilité de répliquer à certaines publications, dont les comptes sont habilement dissimulés à l’étranger, j’ai vu l’article 40 mis en œuvre par le DILCRAH pour demander à la justice de sanctionner des comptes qui appelaient à l’extermination des Roms, et ces comptes ont été sanctionnés, etc…

C’est sans doute insuffisant, mais à part la DILCRAH, quelles actions concrètes ? Quel est le lieu où on prend le temps d’écouter, de lire, de répondre aux  Roms eux-mêmes, alors que les particuliers, à titre individuel prennent le temps d’écouter, de lire, de répondre aux  Roms. Néanmoins, la lutte contre l’antitsiganisme ne peut pas passer que par des distributions d’habits recyclés et de nourriture. Elle a d’autre formes, avec ses camions écoles, avec l’immense travail des bénévoles de terrain auxquels il faut rendre hommage. Elle ne peut pas non plus se cantonner aux protestations tardives après le passage des bulldozers.

Mais, si nous perdons ce recours, cette possibilité de nous appuyer sur l’antiracisme institutionnel, sur les services de l’Etat  pour contrecarrer, voire poursuivre en justice le discours raciste, les tweets et les pages de Facebook qui appellent à gazer les Roms, sur qui pourront-nous compter ?

J’ai lu et archivé avec beaucoup d’intérêt l’article d’Olivier Le Cour Grandmaison.  Et, s’iI y a de l'actif et du passif dans les résultats de la délégation interministérielle appelée DILCRAH, je tiens à insister pour que soit portée à son bilan, en 28 mois d’existence seulement depuis décembre 2014,  son écoute attentive, son action concrète et efficace quant à sa mission de lutte contre le racisme lorsqu’il se manifeste sous la forme de l’antitsiganisme, menée sans tapage, peut-être même avec trop de discrétion, mais avec une très rare considération de la question rom.  

Je ne suis pas de ceux qui se réjouiraient de son éventuelle disparition programmée. jdebot@orange.fr

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