Romstorie: Fusillade de Hanau, «et une de moins»

Quatre mots, quatre mots de haine et de ricanement sur Twitter, quatre mots comme quatre graines mises à germer sur les réseaux numériques pour une récolte à venir de larmes et de sang.

Après les mots, les actes, après les actes encore des mots. Quatre mots, quatre mots de haine et de ricanement, quatre mots comme quatre graines mises à germer sur les réseaux numériques pour une récolte à venir de larmes et de sang. "Et une de moins" nous dit ce salopard. Trop heureux, il nargue, il jubile. Il aurait même pu dire "deux de moins". Mercedes Kierpacz, jeune femme rom de 35 ans assassinée par le nazi Tobias Rathjen le 20 février à Hanau (Allemagne Hesse) était enceinte de cinq mois. Une balle, deux morts, deux Tsiganes de moins, la mère et son petit.

Après les mots les actes. Les appels à la haine sur les réseaux sociaux. Ces petits feux qu'on laisse passer, qu'on laisse brûler et qui deviennent des incendies impossibles à maîtriser. Il faut tuer les Tsiganes, les Roms, les Juifs, les Kurdes, les enfants du Bataclan, les consommateurs aux terrasses, les consommateurs du bar à chicha, les uns, les autres. Un Tobias Rathjen met un chargeur dans une arme et part à la chasse, Mercedes, Gokhan, Ferhat, Bilal, Sedat... Neuf morts. Un autre applaudit, encourage, jubile encore planqué sous un pseudonyme, caché dans le réseau numérique. Dem part 2.0, admirateur du nazi Rathjen commente le tableau de chasse : Et une de moins.

Malgré de multiples signalements, ce tweet criminel est toujours en ligne. Chaque jour de multiples tweets appelant au crime, à tuer les Tsiganes et les Roms par la noyade, le gaz, le feu, les balles, les coups, le napalm sont en ligne. Sont en ligne et restent en ligne, malgré les signalements. Pour les signalements, un tweet, dix, vingt, trente tweets quotidiens qui appellent à tuer les Tsiganes et les Roms comme des rats, à les gazer comme des cafards, à les noyer, les écraser, les brûler vivants ou morts, ne sont pas de nature à émouvoir les ONG dites "antiracistes", les intellectuels, ni même les autorités.

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La haine des tsiganes et des Roms sur Twitter, les appels au meurtre, l'apologie des crimes se propagent et s'alimentent dans l'indifférence et la passivité. Nous signalons, mais nos signalements portent sur ces maudits Tsiganes, ces maudits Roms, nous interpelons des élus, des intellectuels, des ONG qui ne nous répondent pas, regardent ailleurs, et en période d'élections municipales, vous pensez bien... Alors ça continue, ça plante, ça germe, ça pousse, et nous, on arrose de larmes, mais c'est déjà moissonné, la faucheuse est passée.

Et nous, on cherche une bougie dans le placard, on allume la bougie, on prend le téléphone portable, on fait une photo de la bougie avec sa p'tite flamme qui bloblotte, on met la photo en ligne sur Twitter, sur Facebook, sur Instagram on écrit : "Plus jamais ça", persuadés que nos larmes et nos petits mots d’amour sur le réseau numérique, nos "plujaméça" viendront noyer la haine.

A Mercedes, Gokhan, Ferhat, Bilal, Sedat... à leurs familles, aux neuf morts et à leurs familles, aux victimes de Hanau, ville de Hesse en Allemagne à deux heures de route de Strasbourg, nos mots, nos larmes, notre cœur, notre rage.

 

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