Romstorie : Les Roms : Comment s’en débarracer* pendant les campagnes électorales

Avec des clous, des planches, des vieilles bâches prêtées par les Roms, forgé avec le mot race et le mot débarras, le néologisme débarracer figure maintenant dans le bréviaire de la honte. C’est la traduction française du mot apartheid.

Trouverait-on dans notre pays un seul habitant pour tolérer que les bêtes subissent des mauvais traitements ? Un éleveur qui abandonnerait en plein hiver, sans abri, sans soins, sans nourriture au milieu de nulle part, deux cents juments, poulains, étalons et vieux chevaux, serait poursuivi par la justice, lourdement condamné, fustigé dans la presse écrite, montré à la télévision, pilorié par  les commentaires de centaines de milliers de vues sur YouTube.

Un braconnier fou qui aurait osé détruire deux cents nichées d’oiseaux d’une espèce protégée s’exposerait à la sévérité implacable des tribunaux, à la réprobation unanime des médias et des réseaux. Il ne trouverait de soutien nulle part dans notre pays, pas un seul habitant pour approuver son infamie.

Le maire de la ville de Stains a pris un arrêté municipal pour expulser en plein hiver le bidonville de la Rue Jean Durand où vivaient 185 personnes, soit 42 familles dont 15 femmes enceintes et 44 enfants en bas âge. L’expulsion a eu lieu mardi matin 24 février à l’aube. A 14 heures, les pelleteuses avaient écrasé tous les lieux de vie. Trois familles seront relogées à l’hôtel pendant trois jours.

A chaud, l’hebdomadaire Le Point, dans son édition du même jour, le 24 février, précise que parmi les raisons invoquées on relève « un risque grave et imminent pour la santé des occupants, en particulier des nourrissons et enfants en bas âge, et des altercations avec des élèves du collège voisin».  http://www.lepoint.fr/societe/seine-saint-denis-185-roms-expulses-d-un-bidonville-24-02-2015-1907507_23.php

Un politologue et spécialiste des migrations, Marc Pérouse de Montclos, nous rappelle que l’époque coloniale a vu se « développer une pensée urbanistique selon laquelle l’hygiène publique et le maintien de l’ordre vont de pair avec la séparation des races. » Bien évidemment toute ressemblance serait purement fortuite, les colonies sont décolonisées et le maire de Stains est venu au Parti communiste par la lutte contre l’apartheid.  http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=DS_281_0081           http://france3-regions.francetvinfo.fr/paris-ile-de-france/2014/04/06/azzedine-taibi-1er-maire-beur-des-banlieues-de-seine-saint-denis-454063.html

 Le maire de Stains est communiste. Il y a trente ans, il a fait la marche des beurs, « Je sais d’où je viens, je viens d’un milieu populaire, de la classe ouvrière, je sais le parcours de combattant que j’ai mené. [ ]. Je sais que la vie n’a pas été facile pour moi, c’est un combat de tous les jours. [ ] Je suis du peuple et mon devoir c’est de rendre au peuple tout ce qu’il m’a donné.»  Les Roms ne sont peut-être pas du peuple. Ce seraient alors de grands bourgeois qui mènent la vie de bohème et leurs enfants se battent avec les collégiens de Stains. Si chaque fois que je me suis chamaillé dans la cour du collège, la police et les pelleteuses étaient venues démolir la maison de mes parents…je n’ose pas y penser.  http://bondyblog.liberation.fr/201403040001/azzedine-taibi-il-y-a-une-volonte-de-chasser-les-pauvres-et-que-stains-devienne-le-raincy/#.VO-0XeGdpKo

Saint Denis, autre municipalité communiste dirigée par Didier Paillard, a jeté 300 Roms à la rue le 12 décembre 2014, en plein hiver, comme Champs-sur-Marne, municipalité pareillement communiste, qui a détruit 5 bidonvilles entre le  20 novembre 2014 et le 18 février, soit 275 personnes supplémentaires dépouillées de tout, laissées à l’abandon. La destruction du sixième bidonville est programmée pour les jours à venir. Madame Maud Tallet, maire de Champs-sur-Marne, aimerait peut-être se voir nominée pour la pelleteuse d’or de l’hiver 2015, son élection au Conseil départemental en serait assurée.

En additionnant les coups de pelleteuse de Saint Denis, Champs-sur-Marne et Stains nous arrivons au total de 760 poulains, juments, étalons et vieux chevaux, volontairement privés de soins, d’abri, de nourriture, chassés, abandonnés dans les bois et les bords de route en plein hiver.

Le gouvernement, sur le site officiel du Ministère du logement, informe pourtant les élus et les bailleurs que « jusqu’au 31 mars les locataires sont protégés de toute mise à la rue et qu’en cette période de crise du logement, de l’hébergement et de crise sociale, il est apparu nécessaire de rétablir le principe du bénéfice de la trêve aux occupants sans droit ni titre. » http://www.territoires.gouv.fr/la-treve-hivernale

Les maires communistes se fichent bien de la trêve hivernale et nivellent, enfouissent au bulldozer les lois de ce gouvernement, censuré à l’Assemblée Nationale par le vote des députés communistes, du FN et de l’UMP. « L’Etat est faible, face aux égoïsmes locaux » nous explique Didier Paillard, maire communiste de Saint Denis, qui a vigoureusement chapitré le Premier ministre au sujet de l’apartheid, par une longue tribune parue dans les colonnes du Monde le 16 février dernier. http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/02/16/contre-l-apartheid-changer-de-politique_4577418_3232.html?xtmc=paillard&xtcr=1

Plutôt  que parler des « municipalités communistes », il serait plus juste de parler des maires de ces communes, Azzedine Taïbi à Stains, Didier Paillard à Saint Denis et Maud Tallet à Champs-sur-Marne. Ces trois-là sont maires et conseillers généraux communistes et surtout candidats aux prochaines élections départementales, les 22 et 29 mars prochains. Or, le renouvellement de leur mandat pourrait ne pas être acquis.

Depuis les élections municipales de l’an dernier où la droite a emporté de nombreuses villes dans leurs départements, Taïbi, Paillard et Tallet sont inquiets. Les prochaines élections pourraient se jouer à quelques voix et on sait que les idées du Front national ont gangréné les abstentionnistes.

Il leur reste deux cartouches pour sauver leurs mandats, l’union de la gauche et la médecine antibiotique. Comme le grog, les expulsions de roms en plein hiver soignent la gangrène et les risque imminents pour la santé. C’est pourquoi, sans plus attendre ils font chauffer la pelleteuse, et remettent à plus tard ces histoires de trêve hivernale. En matière de climat, la Seine-Saint-Denis n’est pas la Sibérie. Les Roms, s’ils ne sont pas contents n’ont qu’à aller voir plus loin.

Ces gens-là ne sont pas des bêtes, on n’a donc rien à craindre de la Fondation Brigitte Bardot qui monte des opérations coup de poing, réclame des lois d’exception contre ces Roms qui exploitent leurs chiens à des fins de mendicité. http://www.fondationbrigittebardot.fr/actualites/mendicite-animaux

La gauche réfléchit aux moyens d’éviter le suicide et cherche comment recoudre le drapeau de la gauche plurielle. Il y a du rouge et du vert dans les candidatures et sur les affiches. J’ai pensé que peut-être Jean Luc Mélenchon pourrait faire quelque chose pour ces gosses et ces femmes qui vivent dans les bois, dans la boue, dans des cabanes, sous des bâches percées.

En 2010,  après les déclarations de Nicolas Sarkozy et les remontrances de Viviane Reding, Vice-présidente de la Commission européenne, en charge de la Justice et des Droits fondamentaux, Jean Luc Mélenchon s’est fâché, un peu contre Nicolas Sarkozy et beaucoup contre Madame Reding,  - "Quand il s'agit de la peine des travailleurs, c'est silence radio et quand il s'agit des Roms, alors là tout à coup Mme Reding dit des choses qui sont assez largement inacceptables, des choses totalement exagérées et insultantes pour le peuple français".  

Le même jour, Jean-Luc Mélenchon  avait ajouté : « Je ne veux pas pour autant donner raison à  la Commission européenne, qui, si elle avait manifesté le millième de la compassion pour les travailleurs qu'elle en a manifestée pour les Roms, aurait brillé. » Je voudrais seulement rappeler à Jean-Luc Mélenchon qu’il y a des travailleurs roms et des Roms travailleurs, et que la pitié ou la compassion, pas plus que la concurrence compassionnelle ne peuvent à elles seules tenir lieu de programme politique.    http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20100919.OBS0074/melenchon-juge-la-politique-du-gouvernement-sur-les-roms-pitoyable.html

Je serais bien allé voir les écologistes, ils sont présents avec nos trois candidats, surtout que la trêve hivernale étendue aux Romanichels et non respectée par les communistes est contenue dans l’article 25 de la loi ALUR de Cécile Duflot. J’ai pensé qu’ils pourraient glisser un mot à leurs collègues, au sujet des ces deux cents nichées d'oiseaux détruites, en faveur de ces femmes et ces gosses.

Une déclaration de Jean-Vincent Placé a bien vite douché mes ardeurs. Le 18 décembre dernier, ce sénateur d’Europe Ecologie Les Verts a  fait connaître publiquement sa position sur le sujet en déclarant : « Si l’écologie politique devient l’écologie gauchiste, ça n’a plus d’intérêt. Aujourd’hui, on est devenus le parti des Roms et de la Palestine. On finit par se poser la question de son existence et de son utilité ».  Pour le sénateur Placé, les Roms ne sont d’aucune utilité en politique, c’est pourquoi le traitement écologique de la question rom a rejoint le traitement des déchets ménagers : Comment s’en débarracer ? http://www.metronews.fr/info/place-eelv-regrette-que-son-parti-soit-celui-des-roms-et-de-la-palestine/mnlr!IGzVineDRitR/

 Notre pays vit au rythme des élections. Chaque scrutin s’est transformé en course de pelleteuses, en prises d’otage des populations roms et négation des droits fondamentaux. Reverrons-nous un candidat, un seul candidat refuser d’acheter son élection par la maltraitance infligée à des populations dans la misère ? Une fois, une seule fois ? Mourir de honte reste une expression, une tournure de langage. Mourir de misère une réalité.

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