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Billet de blog 22 déc. 2021

Les Imposteurs d'Outreau

A propos de mon dernier livre à venir Les Imposteurs d’Outreau Cet ouvrage portera sur un pan particulier et très significatif de la manière dont les médias évoquèrent l’affaire d’Outreau : le meurtre d’un enfant.

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A propos de mon dernier livre à venir Les Imposteurs d’Outreau

Cet ouvrage portera sur un pan particulier et très significatif de la manière dont les médias évoquèrent l’affaire d’Outreau : le meurtre d’une petite fille à Outreau en 1999. On l'appelait Zaya.

Pour fabriquer ce livre, tout ce qui a été écrit sur l’affaire a été lu (Articles de presse, ouvrages, reportages, témoignages).

Tout a été écouté et visionné (documentaires, émissions de télévision, émissions de radio, films).

Le dossier d’instruction de 30 000 pages a été étudié dans son ensemble. Les pièces du dossier disjoint (enquête sur le meurtre d’une enfant) ont été consultées.

Le travail, qui s’étend sur plusieurs années, a consisté à croiser ce qui était couché dans le dossier d’instruction avec ce qui en avait été dit et écrit. Tout a été recoupé et vérifié. Résultat: rien ne colle. Les propos tenus dans l’instruction ont été falsifiés, par quasiment tout le monde, y compris par des grandes plumes journalistiques et des chroniqueurs judiciaires de renom.

Mon travail s’est alors efforcé, après avoir démonté précisément les mécanismes de ces mensonges, de comprendre pourquoi la version de l’affaire ainsi présentée au public avait-elle été falsifiée. L’opinion avait été trompée. Mais dans quel but?

Ainsi, tel le fameux nuage de Tchernobyl, qui parcourait l’Europe du Nord au Sud en épargnant la France, une réplique hexagonale de l’affaire Dutroux (pédocriminalité, captation et revente de cassettes pédopornographiques, meurtre d’enfants...), ne devait à aucun prix franchir la frontière nord de notre pays. On risquait alors de vivre une grave crise sociale, morale, judiciaire, politique inédite, répétition de ce qui avait pu secouer la Belgique durant une année («Crise blanche»).

A défaut de protéger les enfants, il fallait protéger les Institutions et leur stabilité.

L’affaire fut donc relayée par les médias comme une véritable affaire d’État. Certains journalistes furent mis dans la confidence, comme Florence Aubenas (La Méprise) ; la plupart suivirent le mouvement général qui emportait tout. D’autres répondirent docilement à des travaux de commande, presque toujours caricaturaux, comme celui des journalistes Trapier et Barret (Le Calvaire des Innocents d’Outreau). Plusieurs acquittés écrivirent à leur tour, histoire de tenter d’enfoncer encore un peu plus le clou de la version volontairement falsifiée de l’histoire dans la tête des gens.

Tous ces ouvrages qui pullulèrent à l’époque, hormis deux, n’étaient construits que sur des mensonges, la comparaison avec le réel dossier d’instruction en apportant la preuve formelle.

Pour autant, il ne s’agissait pas ici pour moi de refaire l’instruction : l’affaire a été jugée, à Saint-Omer d’abord, puis à Paris en appel. Daniel Legrand fils a été acquitté à Rennes en 2015.Il s'agit de "vérités judiciaires". Laissons donc cela.

Le procès de Franck Lavier, condamné à Saint-Omer, acquitté à Paris, puis recondamné pour violences à 10 mois de prison avec sursis en 2012,est aujourd’hui accusé de viol par sa fille, et attend son heure, qui tarde à venir. Il vient de faire appel.

A part ces frémissements, l’histoire d’Outreau pourrait donc sembler quasi terminée. En sommes-nous si sûrs?

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