Outreau, la série.

OUTREAU , la série... Episode sept :«Les journalistes de la défense. »

A : Il y a un truc qui est super bien analysé dans la série, c'est les rapports entre les journaleux, les avocats de la défense et même les accusés qui bouffent ensemble, qui rigolent, copains comme cochons...C'est «les journalistes de la défense»!

B: Sûr ! La séquence au restaurant où l'on voit l'autre Davignon-Machin chouette, avec les autres avocats ses potes, les Breton-Lamenace, les Lavieille, les Delastreet et les journalistes, les Dugland-Soufflé, les Floflo et compagnie...Ça c'est bien montré. Tu sais, quand il dit, avec sa grosse voix de gueulard démagogue : «Allez! Tavernier!! C'est moi qui régale ! Vous nous r'mettez ça!» Ah ah ah, c'est marrant. D'ailleurs, en fait, il est marrant lui dans cette séquence, sympa, convivial, et que je te raconte des bonnes blagues ( belges) pour détendre l'atmosphère...Complètement différent de quand il est au tribunal, dans sa robe de corbac ou devant les télés. Là, il fait les gros yeux, il n'a pas l'air commode...

A : Sa tronche, c'est copié-collé la gravure de l'ogre de Gustave Doré dans Le Petit Poucet! Tu imagines, quand il mettait pendant le procès les p'tits gosses sur le gril avec toutes ses questions tordues, et que je te les terrorise, que je te les embrouille, les moutards !!

B : Ce qu'il y a, c'est que les plumitifs...

A : Ben dis donc toi...Tu vois, tu causes bien quand tu veux...

B : ...les plumitifs, donc, les gratte-papier, on voit bien qu'ils s'emmerdent un max, alors, ça les détend, les singeries de l'autre bouffon, parce que l'histoire de base, elle est pas franchement marrante, et puis ils sont coincés, surtout les Parigots, dans ce bled-pourri-loin-de-tout...

  A : Ouais, mais il n' y a pas que ça. Les journaleux faut quand même qu'ils bossent entre deux rigolades ...Ce qu'ils veulent, c'est des infos, des scoops, encore mieux, des trucs un peu croustillants, des charrettes d'émotion, pour la téloche surtout...C'est ça qui paye sur des affaires dégueulasses comme ça:«Allez! Ram'nez-nous des machins, et de belles images pour le Vingt-heures, quand t'as les gens qui bouffent devant leur petit écran et r'gardent des sales histoires de violeurs pédotrucs en bavant dans leur assiette de servodisponible. Allez, magnez-vous le fion, on veut de l'histoire bien glauque!». D'ailleurs, en fait, si les avocats copinent comme ça avec les journalistes, c'est aussi qu'ils attendent, comment dire?...des« services» en retour..

. B : Tu veux dire quoi, là? T'es devenu complotiste!?

A : Mais non, patate! Imagine que tu es avocat: tu as forcément une stratégie de défense, ils en ont tous...(Ici, d'ailleurs, c'est une stratégie de défense «en bande organisée» !)... Tu ne vas pas la dévoiler devant tout le monde, hein? Alors tu refiles des infos bien triées, un peu orientées, aux journaleux, des trucs qui vont dans le sens mine de rien de ta stratégie en bande organisée...en leur disant que c'est un peu confidentiel, que c'est comme ça entre nous parce vous êtes tous vachement sympas, qu'il faut pas trop en parler, c'est pour leur info perso, pour qu'ils comprennent bien tout ce qui se passe, parce que la Justice c'est éminemment complexe...En plus, tu expliques bien aux accusés qu'ils ont intérêt à devenir en vitesse ce que les journaleux vont raconter d'eux dans leurs papelards : « Si tu veux paraître innocent, faut coller au personnage d'innocent que les médias sont en train de construire grâce à notre boulot ! C'est du théâtre ou du cinoch, mets-toi bien dans la peau, c'est un rôle de composition ! »Voilà! Et le lendemain, tu retrouves ça imprimé dans les feuilles de choux, et comme quoi, c'est dans le journal, pour les braves gens, ils prennent ça pour argent comptant, etc. Surtout que les gratte-papiers, ils ont la plume qui les démange, qu'ils se prennent pour Camus ou Kessel et qu'ils font aussi des bouquins dans le même sens dont ils font la pub dans leurs journaux...Tout ça tourne en rond tranquillement... C'est malin, c'est classique, et la série elle décrypte super bien. Tu comprends plein de trucs!

B : C'est PEDAGOGIQUE!!!

A : Voilà! Nous, les spectateurs, on sait plein de choses, en tout cas plus que le public et les journalistes qui tombent dans le panneau de l'innocence générale... C'est une sorte d'«ironie dramatique». Les gratte-papier se font trimbaler...

B : Attends, ils peuvent pas être aussi nouilles, quand même...

A : C'est pas tout à fait ça. Ils savent qu'ils sont un peu utilisés bien sûr, mais ils s'en foutent pas mal, parce qu'ils ont de bons papelards à donner à leur canard, l'air de dire: « Attention les gens, nous, on est super bien informés, on a nos sources, etc. » Donnant-donnant avec les avocats de la défense: chacun y trouve son compte...

B : Ouais, c'est ça, la série, elle le montre. J'avais un peu oublié...C'était à la fin de la saison 1, non ?

A : Mais j'ai tout enregistré, je t'ai dit. Je te les passerai...

A SUIVRE... ( Prochain épisode:«Le morceau de bravoure de la p'tite K.»).

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