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Billet de blog 24 déc. 2021

LES VEILLEURS

Jacques DELIVRé
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Les veilleurs.

« Et tu veilles, es l'un des veilleurs, repères le suivant par l'agitation du bois brûlant venant du fagot, à côté de toi. Pourquoi veilles-tu ? Il en est qui doit veiller, est-il. Il faut qu'il y en ait qui soit là ».

Franz Kafka (Pendant la nuit).

« Nous sommes peu nombreux à veiller

Nous tenons la lampe allumée 

Nous repoussons de toutes nos forces le silence Et la lampe nous fait les yeux brillants ».

Jacques Bertin (Carnet).

Ils ne sont pas nombreux, presque toujours minoritaires. Ils se font à cette idée. Mais ils croient en quelque chose. Ils ont tous la même foi. Ils croient à ce que disait Albert Camus, quand celui-ci constatait notre échec à transformer ce Monde, mais qu'il s'agissait maintenant de tâcher qu'il ne se défasse. Et c'est cette croyance qui les tient et qui les soutient.

Ils ont tous les noms, tous les prénoms du Monde. Ils sont parmi nous, discrets le plus souvent. Mais ils œuvrent sans relâche. Ils œuvrent pour tâcher que ce Monde qui est le nôtre ne se défasse. Ils veillent au grain. Ils veillent à tout. Ils parent au plus pressé, mais ne se pressent pas: ils œuvrent lentement et opiniâtrement. Ils ont obstinés.

Souvent seuls, ils sont parfois fatigués mais leur flambeau n'est pas posé longtemps. Car, comme dans la chanson, quand l'un d'entre-eux tombe, un ami sort de l'ombre, et se lève à son tour. Ils font face, avec leurs pauvres instruments, à l'armée des puissants, à leurs lois d'acier, à leurs talons de fer, à leurs citadelles que l'on dit parfois imprenables. Ils sont moqués, ils sont insultés, ils sont attaqués. Mais les veilleurs croient que ces citadelles inexpugnables n'existent pas, que toutes les citadelles de l'injustice sont prenables. Ils sont sur les marges. Ils sont postés en sentinelles aux confins où l'Humanité se dissout, et court le risque de se perdre dans la nuit.

Leur moteur est la volonté, mais la raison n'est jamais loin; leur carburant la colère, l'indignation, ou tout simplement le fait que certaines choses sont inacceptables. Qu'il ne faut donc pas les accepter. Qu'il faut se battre toujours.

Et ils veillent. Ce sont les veilleurs, ce sont les veilleuses. Ils veillent au grain pour que ce Monde ne se défasse. Ils n'abandonnent pas. Souhaitons qu'ils n'abandonnent pas.

Mais, si un jour, ils ne veillent plus. Si un jour les veilleurs et les veilleuses baissent la garde, déposent les armes, ce jour-là, ce jour lugubre, c'est que notre Humanité en aura fini avec elle-même, c'est que ce jour-là, ce jour lugubre, notre Humanité aura disparu.

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