Petit memento à l'usage des abuseurs sexuels

Petit memento désordonné à l’usage des prédateurs sexuels

 

Les prédateurs sexuels sont dans la tourmente. Quelques petits conseils ne leur feront pas de mal.

 

Arguments utiles à dégainer sur tous les tons :

 

C’était il y a longtemps, les mœurs étaient différentes.

C’était il y a très longtemps. Pourquoi remuer le passé ?

C’est le grand déballage public. Pas bon pour les accusés, mais pas bon pour les victimes non plus. Elles commençaient à peine à se « reconstruire ». a quoi bon ressasser ? Il faut laisser la justice s’occuper des choses sérieuses.

Inceste : les affaires de famille doivent se régler en famille. Étaler tout ça est indécent. En plus, c’est une atteinte à la vie privée.

C’était il y a très très longtemps. Pourquoi les prétendues victimes se réveillent-elles (comme « par hasard ») aussi tard ? La fumeuse théorie de l’amnésie post-traumatique a bon dos.

De mon temps, les femmes n’étaient pas aussi chipoteuses. Vous voulez faire comme en Suède, où les hommes n’ont plus droit de rien ?

Si c’est une personnalité publique qui est traînée dans la boue, tout ça c’est pour se faire de la pub à bon marché, vendre ses bouquins, escompter un profit, un dédommagement, de la célébrité. Du pognon, quoi ! Tout vient de jaloux ratés, aigris et incapables. Les attaques sont souvent dirigées contre des gens qui ont réussi leur vie (vous avez remarqué?)

La plupart du temps, il n’y a aucune preuve. C’est parole contre parole.

On s’appuie sur des rumeurs malsaines complaisamment colportées par les réseaux sociaux. C’est le tribunal de l’opinion. Le tribunal médiatique, le retour de la justice populaire ! Ignoble !

Que vaut la parole d’une prétendue « victime », visiblement perturbée, en mal de notoriété, frustrée, voire hystérique ? Et qui surfe sur la vague actuelle de délations à tout-va.

Pas de preuves: les témoignages, on va en discuter. Pas intérêt à ce qu’il y ait des petites contradictions ou approximations. De toute façon, les victimes, on va aller faire un tour dans leur vie privée . Une petite enquête : simple question de moyens. Si vous en avez, c’est mieux. Fortuné, on a plus de chances de gagner. Étonnant que, dans le passé de la « victime », on ne trouve pas deux trois trucs qui pourront servir (la desservir).

Je ne l’ai pas entendue dire « Non ». Alors j’ai continué. Comment je pouvais savoir qu’elle ne voulait pas ? De toute façon, les femmes sont si compliquées que même quand elles te disent « Non », le plus souvent, c’est un « Oui » déguisé. Faut savoir décrypter.

Ces victimes (autoproclamées) ne font aucune différence entre la drague, certes parfois un peu appuyée, la séduction en somme, et les agressions sexuelles, voire carrément les viols, dont on nous rebat sans cesse les oreilles depuis un moment.

Elle était bien contente aussi d’avoir une promotion : faut quand même être honnête. Tourner par exemple dans le film que je vais produire. Elle s’imaginait peut-être que c’était en raison de son talent ?Elles veulent tout : le beurre et l’argent du beurre. Et après, elles pleurnichent. Jamais contentes. « T’as fait une belle carrière grâce à moi, non ? Et t’étais pas au courant, à jouer les saintes nitouches alors que tu n’attendais que ça. Qu’est-ce que tu t’imaginais ? Dans le milieu, c’est comme ça que ça se passe. »

L’enfant avait 13 ans : ce n’est donc pas un enfant. Donc (ouf) ce n’est pas de la pédophilie. Après, on pourra discuter du consentement.

Abus sexuel sur un tout petit enfant ? Ce sera en même temps plus facile de vous défendre. Déjà, avant qu’il en parle, faudra attendre un moment. Après, on pourra dire : « Il se réveille bien tard, celui-là ! »

Si c’est sur des enfants, faire intervenir comme témoin expert le Docteur Paul Bensussan. Il vous soutiendra en déclarant que les enfants racontent le plus souvent n’importe quoi.

 

Chacun, en démocratie, a le droit de se défendre, qu’il soit coupable ou innocent. Il est cependant essentiel de choisir judicieusement son défenseur, car beaucoup, malheureusement, se sont spécialisés dans la défense des victimes. Pas d’erreur, donc. Ce serait le comble, très préjudiciable pour vous.

 

Eric Dupond-Moretti étant indisponible, Hubert Delarue étant retraité, quelques avocats de renom peuvent vous aider :

 

-Hervé Temime, qui défendit Polanski et défend aujourd’hui Depardieu.

 

-Emmanuel Pierrat est très bien, très influent. Il fut le conseiller de feu Pierre Bergé, de Denis Baupin, et défend actuellement Gabriel Matzneff. Problème : ces gens-là sont chers et sont très occupés en ce moment. Et même si l’écrivain Antoine Spire, qui lui a succédé à la tête du Pen Club, a porté plainte récemment contre lui pour abus de confiance. Et même si, selon Libération, la vingtaine de collaborateurs qui a travaillé à ses côtés, « décrivent un climat de peur, d’injures et de mépris exercé par leur patron » et que certains « envisagent de porter l’affaire devant les juridictions du bâtonnier, qui n’ont jusqu’ici jamais sanctionné le ténor au plan disciplinaire. » Il est très bien quand même.

 

Il y a aussi Frédérique Baulieu, qui défendit DSK en son temps et défend maintenant Olivier Duhamel, accusé de viols. C’est l’avocat Jean Veil, dans le cabinet duquel officiait de temps à autres Duhamel, qui l’avait dénichée. Vous pouvez donc vous adresser à lui. Frédérique Baulieu, quoique discrète, est très compétente et incisive. Elle a signé une pétition parue dans Le Monde où était notamment déclaré : « Une inquiétante présomption de culpabilité s’invite trop souvent en matière d’infractions sexuelles. » C’était suite aux accusations visant Roman Polanski. Elle est donc très compétente, mais dépêchez-vous, les places vont devenir rares et chères. Question bien connue de l’offre et de la demande.

 

« Victime, vous avez dit victime ? » Mais elle n’a même pas résisté, Monsieur le Juge. J’ai ma bonne foi pour moi : si elle ne voulait pas, fallait le dire.

Mon avocat me conseille : « N’avouez jamais. Le doute profite toujours à l’accusé ». Sage conseil. De toute façon, la présomption d’innocence, c’est parfait si on est innocent, bien sûr. Mais si on est coupable, c’est ...pratique !

« Je clame mon innocence. » Conseil d’avocat : alors je clame, je clame. Il dira ensuite : « Mon client nie farouchement. » C’est ça, je nie. « J’ai rien fait, Monsieur le Juge ! »

Bientôt, un homme normal ne pourra même plus regarder passer une jolie femme dans la rue, la complimenter sur son physique ou sa manière de s’habiller (pourquoi s’habiller comme ça d’ailleurs, si ce n’est pas pour nous allumer, hein?)

C’est la mode en ce moment. La mode de la déblatération indécente et de la médisance. Qu’est-ce que les gens peuvent être méchants !. Et ça passera, comme le reste, mais, en attendant, quelle époque !

Et les enfants qui s’en mêlent ! Pour de vagues traumas dont ils se souviennent à peine. Bon, eux, depuis une certaine affaire, ne seront pas trop durs à contredire. On fera jouer le machin des « faux souvenirs », et hop ! Le doute profitera.

De toute façon, il faudra vous faire passer pour la victime, car la compassion populaire se dirige toujours vers elle. Victime d’une cabale, des fameuses rumeurs, d’un complot même, venant, si vous êtes dans la politique, de vos adversaires, forcément.

Si l’affaire risque de prendre des proportions inquiétantes, il faut toujours frapper le premier en prenant l’initiative de parler publiquement. Cela mettra l’adversaire en position de défense. En même temps, c’est toujours risqué : on peut choisir aussi de ne pas communiquer du tout.

Reste enfin la solution du « témoin pourri », à réserver pour les plus gros scandales. Un témoin, payé pour cela d’une manière ou d’une autre, et manipulé, racontera des choses tellement énormes et invraisemblables, que le reste des témoignages crédibles et sérieux s’en trouvera décrédibilisé. Ça marche pas mal : méthode qui a fait ses preuves, celle de la pomme pourrie placée dans un panier de pommes saines.

 

C’est la chasse aux sorcières !

C’est le lynchage public !

C’est du maccarthysme !

Le puritanisme et l’hyper-moralisme sont de retour ! Quelle régression dans les mœurs !

C’est la police de la pensée !

 

L’Inquisition, à côté, c’était de la rigolade ! On voit des Torquemada en jupons un peu partout.

 

Y plus de libertés ! On nous interdit tout !

 

Et l’exception française, alors ?

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