Mais puisqu'on vous dit que cela n'existe pas! (Suite).

L'existence de réseaux internationaux de pédocriminalité est niée la plupart du temps.

RESEAUX INTERNATIONAUX PEDOCRIMINELS: PUISQU'ON VOUS DIT QUE CELA N'EXISTE-TOUJOURS- PAS (SUITE)

 

A moins que tout cela ne porte un autre nom ?

 

Dans un article de la Revue Confluences Méditerranéennes (2002) intitulé Les Balkans, carrefour de l'exil et de la prostitution, l'historien et journaliste Jean-Arnault Dérens écrit : « Les proxénètes locaux ne peuvent travailler qu'avec des partenaires locaux. Dans le Sud de l'Albanie, sévit le trafic d'enfants. Plusieurs milliers d'enfants y disparaissent chaque année( Prostitution, adoption, trafic d'organes1).» 

 

L'OIT (Organisation Internationale du Travail) rappelle les termes de la déclaration de Stockholm de 19962, proposant une définition de la prostitution infantile : « Forme de coercition violente contre les enfants qui équivaut à un travail forcé et une forme contemporaine d'esclavage. » Si l'on définit, c'est bien que l'on reconnaît que cela existe quelque part, non ?

Mais le terme utilisé ici de « prostitution » est souvent, en la matière, décrié par nombre d'organismes internationaux. Ils affirment que la prostitution, dans son sens usuel, tel que le grand public en tout cas le comprend, impliquerait, en effet, une sorte de libre choix (Ce qui reste discutable). En tout état de cause, ce choix éventuel de leur activité pour les prostitué(e)s adultes ne sera, bien entendu, jamais le cas pour les enfants : victimes de leurs familles, déjà maltraités ou abusés, victimes d'enlèvements, de la pauvreté endémique dans certains pays de la planète, etc.

 

En 2001, un rapport conséquent d'une soixantaine de pages est publié par l'UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l'Enfance) : Enquête sur l'exploitation sexuelle de nos enfants. On peut y lire, notamment : « La chaîne qui lie un enfant à celui qui l'exploite peut-être longue, quelquefois des milliers de kilomètres. Les intermédiaires comprennent les recruteurs, les personnes chargées du transport, les propriétaires de maisons closes et les proxénètes. Les gangs et les réseaux de criminalité organisée prospèrent grâce au commerce des enfants. Bien d'autres font de même : personnel hôtelier, chauffeurs de taxi, agents de police, fonctionnaires, voisins, et parents. Certains y prennent une part active : ils attirent l'enfant, le piègent, le forcent, l'enlèvent, le vendent. »

Le rédacteur du rapport de l'UNICEF, organisme sérieux, ajoute : « Qu'une telle exploitation puisse se poursuivre est presque incompréhensible, même si les profits sont énormes. »

« Même si les profits sont énormes ? » Mais voilà que cela, du coup, étonne un peu moins ceux qui comprennent vite...

L'organisme international ECPAT (End Child Prostitution in Asian Tourism : inutile de traduire), examine, de son côté, dans un rapport tout aussi conséquent de juin 2017, L'abus et l'exploitation des enfants en ligne, dont le streaming et la commande par un client de sévices particuliers infligés à un enfant réel filmés en direct... Encore une fois, si un organisme sérieux en parle, c'est que cela doit bien exister quelque part. Sinon, pourquoi tant se fatiguer à le dénoncer ?

 

Dans un article rare et salutaire du Figaro Madame du 4/03/15, Nicolas Basse, s'appuyant sur les chiffres d'un organisme intitulé le SCELLES et sur ceux de l'ECPAT, avance des chiffres : en France uniquement, il y aurait entre 6000 et 10 000 enfants prostitués, auxquels s'ajoutent les 20 000 prostitué(e)s adultes. Tous, dans leur écrasante majorité aux mains de réseaux internationaux. « Ce trafic génère presque autant d'argent que le trafic de drogue et celui des armes. » Soit environ 100 milliards de dollars US par an. Le journaliste précise qu'en Europe, c'est le commerce illégal le plus lucratif. : 30 milliards...

Chaque année, 1 million d'enfants dans le monde sont victimes de ce juteux trafic de chair fraîche. Sur Internet, plus de 750 000 prédateurs sexuels d'enfants sont connectés en permanence. C'est en tout cas ce qu'affirme Najat M'Jid Maala, Rapporteur spécial de l'ONU. Il existe environ 4 millions de sites pédophiles (=pédocriminels) dans le monde et, chaque année, ce commerce lucratif fait 4 millions de victimes supplémentaires.

Mais le SCELLES( fondation créée en 1993 par les époux Scelles, et qui lutte contre la prostitution) ajoute : « Sur l'ensemble des victimes de traite à des fins de prostitution, 48% sont des enfants (agés de moins de 18 ans). C'est là une des caractéristiques de la prostitution aujourd'hui[...]. Selon le Conseil de l'Europe (2005), 50% des victimes de la traite dans les pays d'Europe du Sud-Est sont des mineurs. »

Puis, plus loin : « Les groupes criminels ont plusieurs formes. En Europe, les petites structures, presque familiales, côtoient les organisations criminelles de haut niveau( mafia albanaise ou russe) qui s'impliquent dans des formes sophistiquées de traite et dépendent de complicités haut-placées dans le monde politique et diplomatique[...]. Ces groupes sont mobiles et structurés. Les réseaux albanais, par exemple, font ainsi fonctionner des groupes criminels de 4 à 10 personnes, constitués à partir de liens claniques, géographiques ou familiaux comme de véritables entreprises (étude de marché, rationalisation de l'activité, spécialisation des tâches. »

 

Devant l'ONU, Pino Arlacchi, spécialiste des mafias, ancien sénateur et ancien secrétaire général, rappellera, à propos de ces organisations, la devise: « Au creux de l'Etat, jamais contre l'Etat. »

 

Le SCELLES poursuit : « La corruption, active ou passive, apparaît comme la condition indispensable au bon fonctionnement des filières. Elle implique des magistrats, des parlementaires, des membres de la police, des agents des douanes ou des forces armées nationales ou internationales. » En effet, il faut bien assurer le transport de la « marchandise humaine », la protection des filières, leur invisibilité. Il faut des faux-papiers, des passeports, des visas, etc. « Ce sont des fonctionnaires ou des employés, vivant d'un salaire misérable qui acceptent d'aider activement les criminels ou de fermer les yeux en contrepartie d'un pécule. » Somme toute, business as usual. L'argent du profit pourri est blanchi soigneusement grâce à des montages complexes dont chacun, dorénavant, a entendu parler. Le FMI (organisme sérieux?) : « Entre 500 et 1000 milliards de dollars US» sont ainsi blanchis chaque année que Dieu fait (plus ou moins bien). Il est vrai que ces sommes comprennent l'ensemble des trafics...

 

Et, bien entendu, on continue à nous déclarer, au plus haut niveau de responsabilités politiques et policières, la main sur le cœur (juré, craché), et malgré les rapports très officiels dont le grand public n'entend jamais parler, que tout cela reste un fantasme d'illuminés complotistes. Fantasme ou, de la part des autorités, déni criminel ?

 

D'ailleurs, un récent article du Monde ne titrait-il pas le 16/10/19 ? « Démantèlement sans précédent d'un site pédophile : plus de 300 arrestations dans 38 pays. 23 mineurs ont été sauvés par les polices américaines et britanniques. » Pédophile, rappelons-le, ça veut dire : pédocriminel. Et le terme, ici, est particulièrement adapté.

 

En France, qu'on se rassure, on ne reste pas non plus les bras ballants. L'OCRETH (Office Central de Répression de la Traite des Êtres Humains) a soixante ans d'existence et se trouve toujours à Nanterre (92). C'est un service d'enquête qui dépend de la Police Nationale, donc du Ministère de l'Intérieur. Il a des objectifs éminemment ambitieux, et c'est très bien ainsi :

-Centraliser tous les renseignements sur la prostitution et le proxénétisme au niveau national et international.

-Analyser et mesurer l'évolution des réseaux et du comportement, développer de nouvelles stratégies de lutte.

-Assurer et suivre la coopération nationale et internationale(traité de coopération avec Europol, Interpol...).

-Mener et coordonner les opérations tendant à la répression de la traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle.

 

Voilà. C'est beau, c'est bien, c'est dit et écrit. Donc, confiance : on s'occupe de tout, ne bougez pas braves gens.

Vus ces objectifs, on pourrait s'attendre à un nombre conséquent d'enquêteurs spécialisés et acharnés, de crédits importants à la hauteur du défi.

Ben, pas vraiment . Ces pauvres flics sont 25 pour toute la France, et leur service est un des plus petits de la Police Nationale.

D'ailleurs, Jean-Marc Souvira, commissaire divisionnaire et chef de l'OCRETH à l'époque, concèdera : « Notre action aboutit rarement à un véritable règlement de la question. Les réseaux[sic] sont mobiles. Si l'action policière est intense, les réseaux se déplacent mais ne disparaissent pas[...]. Pour autant en 2009, 40 réseaux ont été démantelés.3 »

Pourtant, on continue à nous chanter et nous répéter sur tous les tons que les réseaux internationaux de crime organisé de type mafieux se livrant au trafic éminemment rentable d'enfants à des fins sexuelles n'existent pas.

A moins de jouer malhonnêtement sur les mots : les réseaux internationaux de traite et d'exploitation sexuelle d'enfants n'existent que lorsqu'il ne s'agit que de prostitution. Qui dit le contraire ?

On s'y perd un peu.

 

Mais, et quel qu'en soit le nom donné, si c'étaient les moyens pour lutter efficacement contre tout cela, particulièrement en France, qui n'existaient pas ??

1Peut-on aller plus loin dans l'horreur ? Allez savoir...

2Premier Congrès mondial contre l'exploitation sexuelle des enfants, août 1996, à l'initiative de l'ECRAT, de l'UNICEF et de diverses ONG centrées sur la Convention des droits de l'enfant.

3Colloque Lutter contre l'exploitation sexuelle, Paris janvier 2010. Il existe aussi (bonjour les acronymes!) l'OCRVP (Office Central pour la Répression de la Violence faite aux Personnes), mais ces policiers s'occupent de plein d'autres choses aussi. Il y a l'OCLCTIC (Office Central de Lutte Contre la Criminalité liée aux Techniques de l'Information et de la Communication) mais pareil : ils s'attachent à tous les crimes et délits commis via Internet, et ils ont du pain sur la planche...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.