La mort du photographe David Hamilton.

 

FAIT DIVERS: LA MORT DU PHOTOGRAPHE DAVID HAMILTON.

Si le public était correctement informé, ce qui constitue un droit démocratique fondamental, autrement dit, si les journaux et les journalistes faisaient correctement leur travail librement, en prenant le temps, certaines considérations deviendraient inutiles, comme ici.

Médiapart, dans de nombreux domaines, fait un excellent travail d'investigation et est devenu un de ces médias dont on a besoin comme de l'air qu'on respire ou du pain pour subsister.

Mais il est vrai aussi que Médiapart répugne à traiter du fait divers, considéré comme une espèce de sous-genre journalistique. On a bien compris qu'il s'agissait d'un choix assumé. On peut toutefois le regretter, car il y a dans le fait divers une vérité humaine et psychologique à laquelle personne n'échappe: de nombreux écrivains l'ont compris depuis longtemps, Flaubert ou Stendhal, Gide, Genet, mais aussi Vinaver et Koltès. Après tout, le magazine Detective ne fut-il pas fondé par les frères Joseph et Georges Kessel en 1928, avec des contributions prestigieuses comme celles de Mac Orlan, Simenon, Carco ou Cocteau?

Petites questions sur la mort de David Hamilton.

*La mort du photographe semble survenue à 21h28. L'annonce de son décès circule déjà dans les rédactions 1h et demi après, ce qui est extrêmement rapide. Les titres précisent pratiquement tous «suicide», alors que l'enquête sur les causes de la mort n'a pas encore commencée. Le suicide aurait dû être présenté comme une hypothèse, en attendant la suite.

*Les médias évoquent la présence de médicaments. On nous dit qu'ils se trouvaient « à proximité du corps», puis, en cherchant un peu plus dans les médias : dans la salle de bain du photographe. Rien d'étrange, dès lors, à trouver des médicaments à cet endroit. Mais personne n'indique qu'ils ont été ingurgités. C'est une sorte de détail troublant, sans plus.

*Le corps est, semble-t'il, découvert par un voisin, dans l'entrebaillement de la porte d'entrée, restée ouverte, avec une variante intéressante de l'Humanité: ce serait la femme de ménage (qui avait donc normalement les clés de l'appartement) et qui vient donc officier, si l'on comprend bien, à 20h30 du soir (heure à laquelle le corps est découvert), comme s'il s'agissait du local d'un bureau déserté. Ce détail curieux ne sera d'ailleurs repris par personne.

*Le corps est dans le couloir de l'appartement, allongé au sol, la tête recouverte d'un sac plastique. Bien entendu, tout laisse penser à un geste suicidaire, si ce n'est qu'en général, lorsqu'on se suicide, on ne laisse pas sa porte d'entrée entrebaillée (au risque de se faire découvrir rapidement), pas plus qu'on ne s'allonge sur le sol de son entrée. On se couche plutôt, ou l'on s'assoit sur son canapé (si on en dispose). Ou alors, la victime est venue ouvrir la porte à quelqu'un, avant de s'écrouler, un sac sur la tête...Bon !

*Les pompiers alertés arrivent sur place «rapidement» (vers 21h?), mais tentent de ranimer Hamilton par des massages cardiaques. Est-ce à dire qu'ils constatent que le photographe est inanimé, mais qu'il est peut-être encore vivant? Quant au voisin qui l'a découvert, a t-il eu la présence d'esprit d' enlever le sac plastique avant l'arrivée des secours ou attendu tranquillement l'étouffement certain? La mort est constatée donc à 21h28 et les agences de presse sont rapidement informées.

*David Hamilton qui, selon un ami proche, était parfaitement en forme deux heures auparavant, la tête pleine de projets et prêt à se battre pour défendre son honneur et son innocence (présumée), et qui aurait donc été pris d'un accès soudain de mélancolie galopante? Ou alors, comme c'est souvent le cas, avait-il caché son jeu aux yeux de tous depuis un bout de temps? Que laisse entendre ce témoin? Que le photographe ne se serait pas suicidé lui-même? Alors, quoi?

*Les sources «proches de l'enquête» n'évoquent aucune lettre que le photographe aurait pu laisser pour expliquer son geste. Après tout, peut-être n'y en avait-il pas.

*L'enquête sur les causes de la mort est rapidement menée. Un autopsie a eu lieu. Mais rien n'est dit vraiment, sinon qu'il est mort d'étouffement et d'arrêt cardiaque (ce qui est souvent le cas quand on meurt). Est-ce à dire que les médicaments n'étaient pas suffisants pour entraîner la mort? Une autre version évoque la prise d'alcool (une expertise toxicologique a dû être faite), ce qui confirmerait que des médicaments ont bien été ingurgités, et que l'alcool est venu pour en accélérer l'effet. Et que donc le sac plastique (Bruno Bettelheim a mis fin à ses jours de la même façon) n'était là que pour occasionner une mort certaine? Aucune trace de coup, par exemple à l'arrière du crâne, n'a été mentionnée. Mais certaines informations journalistiques viennent contredire cette version: le rapport d'autopsie indiquerait qu'il n'y pas eu prise de médicaments, et que le décès est dû uniquement à l'étouffement en raison du sac en plastique sur la tête. C'est en tout cas ce que laisse entendre le Magazine Closer, repris par Gala :« Le photographe(...) est mort d'asphyxie, comme le révèle le rapport d'autopsie, et non pas après avoir pris des médicaments ». La formulation est alambiquée, et puis c'est difficile à croire: autant vouloir s'étrangler soi-même. A moins, bien entendu, d'avoir été aidé. Bref, on n'est guère avancé.

*Enfin, on peut espérer que les gens de l'immeuble ont tous été interrogés: Monsieur Hamilton avait-il coutume de laisser sa porte d'entrée ouverte? Y a-t'il eu des allées et venues suspectes ce jour-là? Avait-il pour habitude de s'allonger par terre pour dormir, a fortiori dans son entrée? De même que son médecin personnel aura inévitablement été questionné: prenait-il des médicaments, et pourquoi, en avait-il suffisamment pour mettre fin à ses jours, ou en avait-il fait des réserves au cas où, etc.? De même que ses relations, ses proches: était-il dépressif, avait-il reçu des menaces? Les policiers sont capables de très bien faire leur travail, quoi qu'on en dise, travail d'enquête qui est à la fois logique et psychologique, à condition, bien entendu, qu'on les laisse travailler tranquillement, c'est-à-dire sans trop de pressions en tous genres.

*Tranquillisons-nous cependant. L'enquête ayant conclu à un suicide est clôturée. Il n'y aura donc pas d'instruction. Rideau!

Voilà. Dans la mesure où ces informations glanées dans les médias puis recoupées un tant soit peu soient fiables et que rien n'ait été dissimulé au public, ce sont des questions qu'un observateur ordinaire peut se poser, et auxquelles il faudra bien répondre (tout le monde ne peut pas aller consulter le rapport d'enquête), au risque sinon d'alimenter des rumeurs et des théories qui ne naissent que sur le terreau du non-dit, de l'incertain et du flou (artistique ou pas).

 

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