Jacques Fortin
retraité, après mille et un boulots
Abonné·e de Mediapart

312 Billets

1 Éditions

Billet de blog 2 avr. 2016

Islamocampisme

une fois de plus apostrophé sur ces questions, je réponds

Jacques Fortin
retraité, après mille et un boulots
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Certains utilisent le terme "islamogauchisme" pour qualifier les camarades qui se montrant soucieux de combattre le cancer du racisme et en particulier de sa violence spécifique envers les personnes de culture musulmane, en arrivent sinon à justifier la religiosité qui s'abat sur la culture et les mœurs musulmanes, du moins à lui trouver mille excuses voire "exotiques" singularités qui vaudraient bien les divers droits démocratiques issus de longues luttes féministes, LGBT ou anticatholique pour un état aussi laïque que possible droits et libertés dont le péché serait d'avoir été conquis dans les pays impérialistes...  Ceci au point de traiter les effets néfastes de cette religiosité comme des points aveugles à ne pas prendre en compte (ce qui revient aussi à en laisser tout le poids peser sur... les musulman/es).

En fait cela relève de la théorie du campisme ou en tout cas de sa pratique pas toujours théorisée certes qui veut que lorsqu'on soutient une cause on n'en attaque pas ni même n'en mentionne le "côté sombre". Au pire de l'histoire de la gauche cela a donné le soutien à Pol Pot, celui des communistes à l'URSS, toute proportion gardée celui de Mélenchon à Poutine, et aujourd'hui ici le refus de voir dans le durcissement doctrinal de l'Islam (parrallèle, ne vous inquiétez pas, à ceux du catholicisme, des évangéliques, des Hindouistes et même des Bouddhistes !) l'extension d'un emprise bigote déplorable sur des populations en même temps victimes du racisme et donc doublement victimes... oui, doublement victimes.

C'est ce "doublement" dont le campisme ne veut pas convenir et qui fera par exemple voir dans le port du voile ou de vêture à caractère religieux, un simple "droit de se vêtir comme on veut" (ce qui est aussi au passage un sacrée réduction de sens "laïc" au détriment quelque peu méprisant de celui que lui donnent celles qui le portent.pour elles il ne s'agit pas d'un vêtement mais d'un acte spirituel). Droit imprescriptible bien sûr, la loi sur le voile fut une infamie, mais dont l'effet doit donc être vu et interrogé pour ce qu'il est : l'emprise bigote qui ne sera pas sans conséquence morale, sociale, politique sur les personnesni sur la société et les combats en son sein.

Ainsi l'Islamocampisme c'est ne pas vouloir voir en face que le port du voile, quels qu'en soient les autres ressorts (résistance au racisme, retourner le stigmate en fierté) est un acte d'entrée en bigoterie qui a des conséquences sur l'éducation des enfants, les rapports hommes/femmes, la conscience de soi, le regard social posé sur les personnes de culture musulmane, qui y trouve une justification à sa phobie etc

C'est ne pas voir l'immense souffrance sexuelle (et identitaire) de la jeunesse et en particulier des jeunes LGBT littéralement terrorisés aujourd'hui plus qu'hier. Car cette emprise religieuse via les femmes entre autres (mais les femmes, ruse de la domination, servent de vecteur depuis toujours à l'imposition et à la reproduction de bien des oppressions à commencer par la leur) s'exerce au sein du foyer.

C'est ne pas vouloir entendre les voix qui résistent à cette extension bigote et veulent pouvoir dénoncer la religion qui non seulement prétend les baillonner mais le plus souvent les priver de toute vie sociale, les poursuivre en justice, les emprisonner. Ces voix peuvent certes être perçues comme maladroites, radicales (elles aussi) excessives (mais l'oppression qu'elles subissent contre laquelle elles s'élèvent, n'est-elle pas elle aussi d'un terrible excès) comme celle de Daoud, comment alors caractériser l'excès, l'outrance et la violence de celles émanant du PIR qui bénéficient de complaisance "islamocampiste" même lorsqu'elles étalent une homophobie alambiquée, un sexisme de renoncement assumé, et opposent là où on pourrait penser qu'il faudrait unifier, mutualiser...

C'est ne pas voir qu'aujourd'hui l'extension d'un islam fondamentaliste (je ne parle pas de l'islam violent dit radical) c'est une bigoterie qui s'abat sur les personnes de culture musulmane, une forme pernicieuse de contrôle des populations (en cela complice et alliée des racismes) qui va étouffer les capacités et réflexes de résistances sociales et déjà (on l'a vu après l'affaire du mariage pour tous) les pousse vers un vote de droite, réactionnaire.

C'est ne pas se rendre compte (on l'a perçu sur le mariage pour tous puis l'affaire du "genre" à l'école) qu'une union sacrée bigote, répressive, puritaine, autoritaire et d'apartheid même se dessine entre les diverses forces religieuses aujourd'hui, au détriment des femmes, de la jeunesse, des minorités sexuelles, de la rationalité scientifique et tout simplement de la liberté de conscience...

C'est ne pas vouloir caractériser Daesh et ses émules comme fascistes ne relevant pas principalement d'une sorte de réaction aux impérialismes, mais bien construits et constitués comme force d'écrasement politico religieuse des révoltes arabes sans donc sans l'ombre d'une excuse sérieuse à cette volonté, ce projet de casser toute autonomie, toute résistance, toute volonté populaire. Volonté orchestrée par une alliance composite de dignitaires religieux, d'éléments d'une bureaucratie militaro-affairiste, d'aventuriers.

C'est ne pas pouvoir faire un communiqué dénonçant la barbarie des actes et des visées de l'islamofascisme sans y ajouter un couplet sur les  "responsabilités des impérialismes" qui, ceci dit, ont déjà largement assez de responsabilités dans le chaos et les souffrances du monde ainsi que dans l'exercice de la barbarie du puissant, pour ne pas endosser celle-ci.

C'est se précipiter pour dénoncer les dénis de justice, cruautés et violences racistes contre les personnes de culture musulmane, mais omettre, zapper les protestations, les pétitions, les mobilisations en faveur des associations LGBT tunisiennes par exemple, pour la défense d'accusés lgbt tunisiens, marocains, saoudiens qu'on peut soumettre à d'odieux tests anaux, emprisonner, lapider ou jeter d'un sixième étage, pour le soutien via l'association Le Refuge de jeunes rejetés voire brutalisés par leurs familles ici en France, tout cela dans sinon le silence de ces consciences pourtant si sourcilleuses par ailleurs du moins dans la mollesse de leur inertie...

Tout cela comme si la gangrène raciste envers les personnes de culture musulmane devait être "l'ennemi principal" (ce qui rejoint les théorie du PIR) tandis que la chape bigote qui s'abat sur les femmes, les familles, la jeunesse de culture musulmane ne serait qu'un adversaire secondaire à traiter... plus tard ? Et si plus tard devenait trop tard ? Comme si tout ce qui viendrait "brouiller" la défense du "camp" serait en fait un allié objectif de l'ennemi principal...

Voilà pourquoi je préfère islamo campisme qui me semble tenter de désigner cette tendance ou tentation antiraciste dévoyée plutôt que le péjoratif islamogauchisme qui ne veut pas dire grand chose et vise plus à stigmatiser qu'à donner à penser et débattre.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Des femmes et des enfants survivent dans la rue à Bagnolet
Une vingtaine de femmes exilées, et autant d’enfants, dont des nourrissons, occupent un coin de rue à Bagnolet depuis le 4 août pour revendiquer leur droit à un hébergement. Une pétition vient d’être lancée par différentes associations pour soutenir leur action et interpeller les autorités sur leur cas.
par Nejma Brahim
Journal — Logement
Face au risque d’expulsion à Montreuil : « Je veux juste un coin pour vivre »
Ce mardi, une audience avait lieu au tribunal de proximité de Montreuil pour décider du délai laissé aux cent vingt personnes exilées – femmes, dont certaines enceintes, hommes et enfants – ayant trouvé refuge dans des bureaux vides depuis juin. La juge rendra sa décision vendredi 12 août. Une expulsion sans délai pourrait être décidée.
par Sophie Boutboul
Journal — Énergies
La sécheresse aggrave la crise énergétique en Europe
Déjà fortement ébranlé par les menaces de pénurie de gaz, le système électrique européen voit les productions s’effondrer, en raison de la sécheresse installée depuis le début de l’année. Jamais les prix de l’électricité n’ont été aussi élevés sur le continent.
par Martine Orange
Journal — France
Inflation : le gouvernement se félicite, les Français trinquent
L’OCDE a confirmé la baisse des revenus réels en France au premier trimestre 2022 de 1,9 %, une baisse plus forte qu’en Allemagne, en Italie ou aux États-Unis. Et les choix politiques ne sont pas pour rien dans ce désastre.
par Romaric Godin

La sélection du Club

Billet de blog
Ce que nous rappelle la variole du singe
[REDIFFUSION] A peine la covid maitrisée que surgit une nouvelle alerte sanitaire, qui semble cette fois plus particulièrement concerner les gays. Qu’en penser ? Comment nous, homos, devons-nous réagir ? Qu’est-ce que ce énième avertissement peut-il apporter à la prévention en santé sexuelle ?
par Hervé Latapie
Billet de blog
Faire face à l’effondrement du service public de santé
Après avoir montré l’étendue et les causes des dégâts du service public de santé français, ce deuxième volet traite des solutions en trompe-l’œil prises jusque-là. Et avance des propositions inédites, articulées autour de la création d’un service public de santé territorial, pour tenter d’y remédier.
par Julien Vernaudon
Billet de blog
Variole du singe : ce que coûte l'inaction des pouvoirs publics
« L'objectif, c'est de vacciner toutes les personnes qui souhaitent l'être, mais n'oublions pas que nous ne sommes pas dans l'urgence pour la vaccination ». Voilà ce qu'a déclaré la ministre déléguée en charge des professions de santé, au sujet de l'épidémie de la variole du singe. Pourtant pour les gays/bis et les TDS il y a urgence ! Quel est donc ce « nous » qui n'est pas dans l'urgence ?
par Miguel Shema
Billet de blog
Variole du singe : chronique d'une (nouvelle) gestion calamiteuse de la vaccination
[REDIFFUSION] Créneaux de vaccination saturés, communication inexistante sur l'épidémie et sur la vaccination, aucune transparence sur le nombre de doses disponible : la gestion actuelle de la variole du singe est catastrophique et dangereuse.
par Jean-Baptiste Lachenal