Non le matérialisme n'est une forme de croyance !

https://blogs.mediapart.fr/vincent-goulet/blog/010919/rompre-avec-la-religiophobie-repenser-la-laicite-gauche

Non, contrairement à ce que dit généreusement Vincent Goulet “le matérialisme n’est pas aussi une forme de croyance”. Le matérialisme a peut-être le front bas et la vue courte, mais il s’appuie sur des procédures qui sont celles de la perception partageable par toutes et tous, du mesurable, du quantifiable, du calculable y compris du calculable complexe, et du reproductible, assortis des moyens de réaliser des choses comme produire, nourrir, manger, aménager et… détruire aussi au passage. Le matérialisme c’est la science et la praxis quoi, et le matérialiste, j'en suis, a sans doute le défaut de s’en tenir là ce qui semble un peu court pour certains.

Il procède aussi souvent de conjectures et d'hypothèses mais s'acharne dès lors à les vérifier.

Certes on pourra jouer sur les mots et se lancer dans de grandes constructions philosophico-intellectuelles qui nous diront que le réel n’existe que parce que nous le pensons ce qui est vrai et faux, qu’il ne serait qu’une construction mentale voire une illusion raisonnée de nos sens, qu’il est relatif à qui, d’où et quand il est perçu...

Mais bon, jusqu’à preuve du contraire nous marchons, mangeons, produisons, naissons, mourons, tenons debout et campés sur le sol tant que le dérèglement climatique ne nous engloutit pas. Pour aller vite.

Le matérialisme consiste à partir de là pour agir et justement manger, produire etc… et tâcher de ne pas se laisser engloutir par les folies du mercantilocène ou capitalocène (et non anthropocène... tel que le définit le spiritualisme malthusien d'un certain écologisme).

L’idéologie insidieuse qui a cours aujourd’hui de réduire le matérialisme à une croyance parmi d’autres, comme si marcher, se soigner, manger etc… étaient du domaine de la croyance, est une ruse partagée, très réactionnaire, des spiritualismes religieux contre le travail scientifique, la raison dont celle d'espérer et d'agir pour changer rationnellement un monde devenu complètement dingue.

Une offensive, et c'est extrêmement grave de s'y prêter même sous des dehors progressistes, contre la maîtrise raisonnée du travail scientifique,

celle qui s’oppose aux obscurantismes principalement religieux quoique pas seulement, qui, en général, veulent plus ou moins explicitement réinstaurer les oppressions, sexistes, sexuelles, racistes, classistes à peine revisitées

et celle qui tente de mettre les avancées du savoir et du savoir-faire au service du bien-être humain, de son salut terrestre, du devenir de la planète, et non dans la main rapace, aveugle et aventuriste du Marché.

Pour ce qui est du progressisme religieux, on peut toujours décontextualiser Isaïe, Jésus, ibn Rushd (Averroès), Thomas Müntzer, Gandhi (un fichu réac !) et même les révoltés de la Réforme qui faisaient des manifestations nus au prétexte que le corps création divine n’a pas besoin d’être caché, pour en faire des parangons de la libération et les supports d’une (ré)habilitation progressiste des religions.

On peut relire les Béatitudes du Sermon sur la Montagne, et tordre le “bienheureux les pauvres en esprit, c’est-à-dire les humbles et les soumis, en un bienheureux sont en dieu - donc pour nous - les pauvres qui sacralisés doivent alors être secourus sur terre et sur mer (ce qui est tant mieux !)... etc Car les Béatitudes qui rendent si progressistes (et encore une fois tant mieux) nombreux de mes amis croyants, sont une somme d'appels sans nuance à la résignation, à la soumission, à l'acceptation de son sort, au larmoiement, bref à l'attente de jours meilleurs qu'un dieu providentiel voudra bien au jour de notre mort nous offrir dans une vallée de lait et de miel puisque nous aurions été capables d'endurer cette vallée de larmes.

Arrrggghhh... De grâce Goulet, relis les Béatitudes !

Mais on peut ! Amos aussi n'est pas mal !

Je suis un ardent défenseur du droit au délire sans lequel il n’y aurait pas de roman pas de poésie pas de musique ni de peinture qui vaillent de traverser les siècles et les contextes… Pas de cantique des cantique, ni de Passion selon Mathieu, ni de Béatitudes ni tant de beaux textes.

Je veux bien que dans le déni de soi et de la possibilité de changer une réalité insupportable la conscience malheureuse aille se chercher un sauveur… ou un état nirvanesque comme tout autre promesse d’une au-de-là prometteur même si "rédempteur" me défrise un peu.

Mais je ne vois pas ce que ces poétiques hallucinations collectives ont à voir avec le matérialisme (si décrié d'ailleurs par Ellul ce pourfendeur de la luciférienne technologie - mais pas autant du capitalisme).

et je crains que ne s'y profile l’idée terrible et destructrice pour notre conscience collective comme pour la construction de soi de la jeunesse, que l’humain dans sa prétendue déchéance depuis la sortie d’Eden, fut, est et sera une sorte de loup pour l’homme doublé aujourd'hui d'une calamité pour notre planète, incapable de solidarité collective autrement que par sursaut spirituel, d’émancipation solide et de concorde durable, en dehors du jour de la résurrection des morts.

Mais bienvenue à toutes et tous dans la lutte, Dieu reconnaîtra les siens, n'est-ce pas ?

Amicalement.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.