Jacques Fortin (avatar)

Jacques Fortin

retraité, après mille et un boulots

Abonné·e de Mediapart

312 Billets

1 Éditions

Billet de blog 3 avril 2013

Jacques Fortin (avatar)

Jacques Fortin

retraité, après mille et un boulots

Abonné·e de Mediapart

Mélenchon encore et encore

Jacques Fortin (avatar)

Jacques Fortin

retraité, après mille et un boulots

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

On ne peut qu'être inquiet par la tournure que prennent trop souvent les colères justifiées de Mélenchon et des responsables du Front de gauche. Il est parfait de parler de salopards en désignant ces 17 types qui vivent personnellement grassement quand comme Cahuzac ils ne font pas fortune (sale) en politique, qui fréquentent assidûment le beau monde des dominants capitalistes et idéologues libéraux, et qui n'en finissent pas la bouche en coeur sans la moindre pudeur et sans aucun doute sans remords, d'exiger de la population salariée et retraitée  des "efforts", des "sacrifices", de la "responsabilité", de la "prise de risque" et autres balivernes odieuses.

Il est bienvenu de vitupérer contre ce gouvernement qui ne fait qu'enfourner les bottes retirées à Sarkozy, celle de l'enrichissement de quelques uns et de l'appauvrissement général, de la dislocation des liens sociaux, de la misère envahissante et de la peur de l'autre comme du lendemain. En cela la naissance du parti de gauche et la parole de Mélenchon apportent des voix critiques plus vigoureuses que celles du reste de la gauche institutionnelle, dont le PCF toujours englué dans ses ambivalences d'appareil qui godille pour sa seule survie. En cela ils rassemblent des énergies qui hésitent toujours à "trop de radicalité" mais se cherchaient un espace politique.

Avec eux tous et sur toutes ces questions il y a tant à faire, un front commun offensif à construire, une opposition sans ambiguité au "social libéralisme", un travail de réflexion tactique et stratégique, une élaboration chemin faisant sur ce que serait l'autre monde possible débarrassé du capitalisme, et les moyens d'y parvenir... Mais pour cela il y a quelques obstacles escarpés à applanir et l'attitude tant de Mélenchon soi-même que de l'équipe dirigeante du PG n'aident pas.

On ne peut pas dire que le congrès du Pg ait été un modèle de déroulement démocratique. Non parce qu'il aurait été le théâtre de coups de force ou de coups fourrés mais que dire d'un congrès qui se déroule autour d'un seul texte ? Où les militants se heurtent à des conditions quasi insurmontables pour s'organiser en proposants alternatifs à la direction sortante ? Où le débat d'orientation est saucissonné par des interventions de lutte, de mobilisation certes galvanisantes mais sentant un peu la noyade de poisson organisée...

Là où ça se gâte c'est au moins sur deux points. D'abord la place de Mélenchon soi-même. Il y a dans ses postures comme un petit air de césarisme de gauche, autour de son moi-je, de ses déclarations dont on pressent trop souvent qu'elles n'ont guère fait l'objet de délibération collective, de ses rapports aux journalistes qui sentent un mépris un peu facile et désinvolte (et grossier) de la presse et de ses travailleurs (somme toute !) qui donne comme un malaise quant à sa conception de la liberté d'expression.

(La grossièreté et la brutalité langagières ne sont pas nécessairement un signe de radicalité encore moins la signature d'une façon d'être "populaire". Surtout quand on a occupé sans coups d'éclats majeurs et durant trente ans un doux fauteuil de sénateur social démocrate. On peut être civil et mordant).

Nous avons besoin, pour reconstituer une vraie gauche de gauche, de transparence, de démocratie, de respect du collectif, et surtout pas d'un leader maximo. Nous avons aussi besoin de partis dans lesquels ne règne plus un noyau resserré qui concentre en son sein les débats et fixe, in fine, les enjeux et les choix à prendre ou à laisser par "la base". Les caciques se feront un jour ou l'autre déboulonner et pendant ce temps la démocratie en perd, elle, du temps.

Enfin là où ça sent quand même mauvais, mais j'y reviendrai c'est sur les solutions et le ton qui va avec. Les déclarations sur la France, l'Allemagne, l'Angleterre (dans son bouquin "qu'ils s'en aillent tous") dessinent une sorte de nationalisme de gauche ou de gauche nationaliste de bien mauvais alois. Car ce n'est pas l'Allemagne des salariés pauvres, des ouvriers soumis à la flexibilité, des femmes encore massivement contraintes au 3K (kirche, kinder, kûsche) qui fait l'euro de Merkel et de ses patrons capitalistes.

Il ne s'agit pas de passer un  peu vite sur les collectivités nationales historiques ( imposées aussi à quel prix pour les travailleurs, les minorités de toutes sortes, les petites nations et les réalités locales ! Cela fait partie du bilan des nations et trop chanter La France c'est oublier un peu vite ses victimes), il s'agit de savoir si l'on propose à gauche une solution anticapitaliste ou une solution antiallemande, pour faire bref, clair et net.

Parler de monnaie allemande, de parler français, parfois d'entreprises et d'entrepreneurs français sonne sombrement car cela signifie qu'à la crise monstrueuse de l'Europe capitaliste (et non de l'Europe, ni de l'Europe allemande) on esquisse une alternative... nationale, un repli identitaire plutôt que solidaire, des réponses françaises contre des réponses... autres. C'est un dangereux poison de divisions futures au moment où à l'inverse on a besoin de luttes européennes, de solidarités entre travailleurs sans frontières, de refus des égoïsmes nationaux attisés à l'extrême droite, de coordinations internationales des salariés contre la crise, et d'une réponse européenne unie, unifiante à LEUR crise pour celles et ceux qui, allemands, français, italiens, grecs, chypriotes en font les terribles frais.

Je suis de ceux qui espèrent vivement des camarades du PG, du Front de gauche, qu'ils mettent bon ordre à ce qui serait vite des dérives angoissantes, des dévoiements politiques aux moments difficiles et nous diviserait à l'heure où la crise du pouvoir socialiste et de cette république a besoin de notre unité.

Alors salopards, mille fois oui, mais allemands, non ! Mille fois non.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.