Eloge de la révolution

la raison aujourd'hui c'est la révolution

L’actualité de la révolution est une évidence, non pas la révolte, ni le changement de majorité gouvernementale façon alternance. Il n’y a d’ailleurs pas d’alternance possible ils sont tous d’accord ou finissent (Syriza) par l’être de gré ou de force. La révolution est donc l’évidence, c’est à dire l’éradication d’un système politique, social et économique. Dit comme ça ça peut paraître comminatoire ou infantile, c’est tout simplement réaliste.

On peut même dire qu’elle est brûlante cette actualité tant sont à l’incandescence les principaux et terribles défis auxquels l’Humanité est confrontée comme jamais elle ne l’a été : les guerres endémiques, les fanatismes, la misère de masse et l’hyperrichesse, la libre circulation des mafias, l’immense dérèglement climatique en cours, leffondrement d’une partie du vivant et le toujours actif saccage environnemental, sans omettre les diverses persécutions obscurantistes entre les post staliniens bruns de Moscou, les évangéliques affairistes et les hallucinés de la Charia (Rien sur le catholicisme romain ne tirons pas sur une ambulance).

La démarche révolutionnaire n’est pas une idée romantique ni une monomanie de vieux soixante huitard, ni un hochet pour agité du bocal ou exégètes sentencieux des grands anciens, encore moins une vieille lune, elle est une évidence criante : les solutions à apporter à la crise écologique, à la crise sociale, aux guerres civiles, à la crise sanitaire, au chaos actuel du monde sont toutes marquées d’une telle urgence et d’une telle ampleur que ce ne sont ni des marcheurs du système ni de rafistoleurs humanistes décrédibilisés par leur ralliement au libéralisme même grimé de vert, ni les petits révolutionaristes de la ligne juste encore moins les fanatiques fascistoïdes prêts à voler au secours d’un système à bout de souffle, qui vont y apporter la moindre réponse. Il n’y a pas de moindre réponse, la seule réponse viable est collective et non plus élitaire, radicale et non plus “progressiste”, démocratiquement universaliste et non pas totalitaire.

D’ailleurs qui de sensé croit que l’on s’en sortira les doigt dans le nez par une sorte de raisonnable évolution des consciences, des gouvernements et des entreprises ou par les miracles du Marché ? Même les fétichistes intéressés du Marché savent qu’il est toujours à la traîne des problèmes qu’il a créé, et qu’il ne les prend en compte, en en créant de nouveaux, que s’il y est acculé ! Le Marché ça ne marche que quand c’est trop tard, quand un produit a prouvé sa nocivité par des milliers de victimes, alors le Marché suit, l’action dégringole, le produit est retiré, par une longue procédure la justice se charge de ne plus avoir à indemniser les défunts.

Les gouvernements ? Ils ne résolvent plus rien, entraînés qu’ils sont dans le maëlstrom de la folie financiaro-spéculative qu’ils ont seulement peur de voir s’aggraver, pris dans les tentaculaires pieuvres oligarchiques quand ils devraient les couper, ils ne sont plus que de falots cache-sexe de l’omnipotence capitaliste à laquelle ils concèdent tout et le reste, nos vies, nos consciences, la planète.

Dans cette tempête, les ONG voguent, altières, quelles que soient les sincérités et les entêtements de leurs valeureux militant/es (leurs dirigeant/es ont une fâcheuse tendance à faire carrière !) elles tirent l’idée qu’elles font progresser le smilblick, par des victoires partielles souvent obtenues parce que le Marché a tout simplement lâché le morceau pour un autre, et déplacé de ce fait le problème. Elles jouent les utilités un peu idiotes, et les fausses preuves d’un monde encore un peu démocratique dans lequel il serait (encore) possible d’agir.

Les consciences, elles, sont aux prises avec les désespérances, les colères, les hargnes (qui sont une forme d’énergie du désespoir mortifère). Une sorte de révolte rampante a certes saisi les peuples, mais une révolte qui bégaie sa révolte faute d’avoir le moindre début de commencement d’une réponse pensée et organisée, non d’une utopie politique, cette tarte à la crème arrosée d’un réenchantement du monde qui ne sont qu’une méprisante et méprisable poudre de perlimpinpin que lancent les menteurs de tous bords pour ne rien dire et faire accroire, pitoyables joueurs de flûte sur l’air de la république c’est moi ou de la reconstruction d’une social démocratie chic et toc qui se disputent dans le dérisoire bac à sable où gît la défunte gauche.

Car ce qui manque à cette révolte rampante ce sont un modèle d’une autre voie que l’impasse actuelle et le précipice moral, social et environnemental qui poind, et un courant politique et social qui la porte, l’incarne, aspire à la mettre en œuvre. Trotsky appelait ça, en bon stratège légèrement militaro, la “crise de direction de la révolution socialiste mondiale”, Mandel celle du facteur subjectif c’est à dire, plus à mon goût, d’une conscience collective à la fois diffuse et quand même en voie d’organisations (au pluriel) assez sûre d’elle-même pour esquisser l’autre monde possible et s’attaquer aux moyens d’y parvenir.

C’est cela qui manque cruellement aujourd’hui depuis l’épouvantable naufrage de la révolution russe et de celles qui lui ont été liées par la suite. Une conscience collective, partagée, vivante, ouverte qui irradie les révoltes afin de les ensemencer d’une perspective positive et constructive qui cherche du côté de la dépossession radicale du capital contre sa course folle à une accumulation stérile de valeur abstraite, du côté de la production pour la satisfaction tempérante des besoins partagés contre la culture de la frustration qu’est le mode de consommation boulimique de la Croissance fétichisée, du côté de la réparation d’un monde gravement mutilé contre le déplacement des lignes de saccage à mesure que s’épuisent les gisements de profits, du côté d’une forme politique qui ne délègue à personne ce que les populations organisées de la base au sommet doivent décider, du côté d’un système économique coopératif du local au global contre la concurrence de tous contre tous qu’organisa une couche parasite mondiale follement cupide.

Tout ceci peut apparaître comme une accumulation grandiloquente de banalités sans issues. Ce qui est sans issue c’est aujourd’hui tous les bavardages sur les solutions à la crise qui se pensent dans la crise en visant la prochaine échéance de la liturgie pseudodémocratique que sont devenues les démocraties libérales (oxymore dévoilé désormais). Les gouvernants quels qu’ils soient savent qu’ils n’enrayent pas la cata climatique (en plus ça commence à se savoir) et qu’ils ne l’enrayeront pas et comme c’est un petit peu plus loin que leur réélection, ils ne réfléchissent surtout pas à une manière de parer la cata quand elle s’abattra car ils savent à peu près quand. Un après moi le déluge généralisé s’est emparé des élites dont un petit nombre se prémunit déjà en se créant de micro paradis protégés à coups de milliards obtenus dans la vente d’armes, de médicaments dangereux, de produits de luxe, de produits de consommation courante pour la plupart plus ou moins frelatés !

Les gouvernements savent aussi qu’ils dansent sur un volcan social dont ils n’ont ni la mission ni l’intention ni la marge de manœuvre (encore moins l’empathie) de seulement calmer les douloureuses secousses, et se demandent avec angoisse s’ils parviendront et comment, à l’étouffer le jour du débordement venu sinon par la violence. Macron est un exemple ni aveugle ni sourd de cette course au ça passe ou ça casse, puis on casse puisque ça ne passe pas et passera celui qui cassera le premier ! Donc…

Les entreprises n’ont aucune vertu ni conscience ni mémoire, mais l’unique impératif qui est la création de valeur et rien que la création de valeur jugée au dividende plus le cours boursier, au détriment radical de ce que pourtant et frauduleusement le capitalisme proclame être leur mission : produire des biens et développer le système de production au bénéfice des besoins de l’Humanité, derniers de leurs soucis.

Le système planétaire est suicidaire mais n’a aucun resssort propre à ce point de son autodestruction pour s’éviter le chaos à venir. Car autodestruction ne signifie pas nécessairement zusammenbruch ce miraculeux auto effondrement du capitalisme inventé par les sociaux démocrates du temps où ils voulaient encore changer le monde et n’estimaient pas avec Michel Rocard que le capitalisme avait gagné pour quelques générations. Autodestruction qui risque bien plutôt de verser sur chaos social, politique, environnemental, sanitaire et moral et donc issues militaro autoritaires réactionnaires (avec boucs émissaires, arabes, juifs, homos…).

Nul de ceux qui y ont un tant soit peu de responsabilité, ne croient sérieusement en une issue sereine, progressive et rationnelle, tous ont peur de (se) le dire. Tous ont en tête des affrontements à venir même s’ils tordent encore (et pas tous) le nez devant les représentants des solutions totalitaires qui le pointent dans certains pays dont la France (Etats-unis, Brésil, Italie, Russie, Turquie, Egypte etc). Et leur sempiternel c’est moi sinon ce sera eux finira par un chiche ce sera eux alors ! du peuple exaspéré si aucune solution radicale à la hauteur de l’exaspération n’est devenue crédible.

Ne parlons plus des palinodies de prétendues gauches qui n’ont de gauche désormais que leur misérables contorsions pour faire encore croire qu’elles ont encore dix doigts et une ou deux mains, manucurées d’ailleurs. Quant aux divers marcheurs ils ne marchent que pour le système et par lui quasiment sans vergogne, jusqu’à ne pas répugner à énucléer au passage ou tabasser une vieille dame, dégâts sans doute strictement collatéraux.

Il n’y a rien de rêveur dans ce contexte mais au contraire tout de réaliste à répéter : il nous faut ce réseau de conscience collective créatrice, convaincue d’être devant la nécessité absolue de remplacer l’ensemble du système ce qu'est la révolution, ce facteur subjectif en crise qui ne parvient pas à se définir, à se coaguler, à s’affirmer solidairement, mondialement, mais balbutie, soubresaut après soubresaut, de révolte, mobilisation, révolutions écrasées en crise humaine massive comme en Grèce ou en Syrie... (Et ce ne sont pas à la dite extrême gauche ses marges autoproclamées, sclérosées et repliées sur leurs doxa qui en seraient les prémices ni même les noyaux fondateurs).

Pourtant les expériences malheureuses les expérimentations prometteuses ne manquent pas. Il ya matière à penser, matière à développer. Alors comment cesser les tergiversations de tant de collectifs de penseurs ou d’acteurs en petit de “l’autre monde qui serait possible”, mais qui reculent devant la lucidité révolutionnaire ? Comment en arriver enfin à se dire honnêtement (courageusement aussi car la perspective révolutionnaire n’amuse que les rigolos caillasseurs de flics le dimanche et les allumés du révolutionarisme en chambre) qu’il n’y a pas d’autre alternative, que c’est TINA mode Tchatcher ou Révolution sociale, démocratique, économique urgente pour sauver la planète, éradiquer la misère et stopper l’autoritarisme réac qui monte.

Il va falloir des états généraux de la pratique et de la pensée radicales, une pratique qui s’interroge sur les modes d’action qu’il s’agisse des rituels syndicaux arthritiques ou des gesticulations caillasseuses, des modes d’organisation aussi bien contre les chapelles paranoïaques que les leaders maximo égotistes et la capitulation de leurs groupies… une pensée qui esquisse et propose une société de démocratie collective à tous les nivaux du lieu de travail au gouvernement, de services publics gratuits, de production et distribution coopérative sans accumulation, d’éducation, culture, loisir… On ne peut pas rester à bégayer que le capitalisme c'est mal, et que l'unité ce serait pas mal mais... et que mieux vaut un leader détestable que rien comme si telles étaient les alternatives. Nous devons nous atteler à cette esquisse d'une lutte totale pour une société qui nous sorte du travail contraint, du temps compté et de la vie chiche, et abolisse l’état bureaucratique et policier.

Adelante.

  1. Alors :

La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer !

Qui s’y colle ? Rêvons un peu...

 

 

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