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Billet de blog 5 novembre 2014

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Congrès du NPA : l'impuissance de l'entre deux

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

On a déjà évoqué ici cette renonciation au projet NPA qu’est l’accolade de « révolutionnaire et anticapitaliste » sous la plume de deux des trois tendances du futur congrès du NPA. Pour l’une peuplée de doctrinaires révolutionnaristes il s’agit ni plus ni moins que de construire un parti révolutionnaire dont la catéchèse pseudo marxiste révolutionnaire cultive une vision binaire des luttes : les révolutionnaires versus les réformistes, la chasse aux réformistes étant ouverte, et la bonne parole révolutionnaire dispensée.

Pour l’autre il importe de concilier les révolutionnaires et les anticapitalistes autrement dit les doctrinaires sectaires et les anticapitalistes unitaires afin, au passage, d’en être le pivot et l’arbitre.

Quand je dis « anticapitalistes unitaires » (la troisième tendance dans le droit fil du projet NPA) je veux dire celles et ceux qui n’ont pas renoncé au projet de rassemblement des anticapitalistes ni à gauche de « frapper ensemble » à chaque fois que possible, sans préalable doctrinal, en faisant l’expérience tous ensemble de ce que peuvent donner les luttes, les nouvelles formes d’organisation, ce que pourrait être un programme anticapitaliste "jusqu’au bout" au XXI° siècle etc.

Je passe donc sur les doctrinaires sectaires bipolaires. Voyons la seconde tendance qui ainsi espère gouverner le bateau ivre au centre. Elle est assez sidérante si l’on considère qu’elle comporte des militants chenus (pour le moins) qui, rempilant (une fois de plus), devraient donc être plus raisonnables, plus pragmatiques et plus avisés.

Voici qu’à l’heure où le Front national et l’effondrement de la gauche (toute la gauche à cette heure) font peser la menace d’un droitisation extrême tous azimuts contre les travailleurs, mais qu’en même temps des cassures apparaissent entre les socialistes libéraux, cette tendance rompt avec la perspective d’une « opposition de gauche » et d’un « gouvernement anti-austérité ». C’est à dire au « frapper tous ensemble » au plan politique et social à chaque fois que nécessaire, et s’échiner à le rendre possible.

Tout ça parce que les composantes du front de gauche et les frondeurs ne chercheraient « qu’un sortie institutionnelle à la crise de la gauche » (ce qui n'est nouveau ni pour les premiers ni pour les seconds). Comme si on pouvait résumer les divisions dans le Front de gauche comme celles au sein du PS aux divergences tactiques entre eux, et ne pas y voir la "réfraction" dans ces partis des tensions qui travaillent les couches laborieuses, le pays, menacent la paix civile et l'équilibre instable entre les classes. Réfraction sur laquelle si nous voulons « faire de la politique » et servir à quelque chose, il me semble que nous devons et pouvons, en lien direct avec les luttes, tenter d’agir ! Sinon comme LO, on attend Godot, accumule du militant (en fatigue et en perd), le forme, propagande et grogne contre tout le monde.

L’élément nouveau serait donc les Frondeurs, hydre para social libérale qui changerait la donne à gauche de la gauche et surtout notre stratégie et nos tâches.

Rappelons quand même que lors de la lutte pour le Non au TCE, la venue de nonistes du PS n’avait pas été anecdotique pour la victoire du Non, en tout cas pour la défaite du Oui, et que nul n’avait craché sur ce renfort sans lequel il n'est pas sûr... bref, rappelons que diviser l'adversaire...

Qu’aujourd’hui les frondeurs (dont nous n’attendons aucune issue sérieuse à la crise) surgissent, est un coin enfoncé dans la politique de rigueur, sa solidité, celle du gouvernement qui s'y voue, et des institutions auxquelles il s'accroche. S’en détourner en tordant le nez est ballot, tout sottement ballot, et… sectaire !

Si, demain, une union de la gauche se constitue autour de l’abandon du Crédit impôt compétitivité emploi, du pacte de responsabilité et des mesures connexes (retraites, TVA) serons-nous indifférents ou soutiendrons-nous cet abandon ? Sans pour autant nous lier par quelque solidarité ni accord que ce soit, de gouvernement ou autre.

Nous n’en sommes pas là ? Et alors ? A nous de dire justement que nous n’en sommes pas là et que c’est vers ça qu’il faut aller. Ou bien faut-il nous en priver ? Et le dire par exemple en appelant avec qui veut à de vastes démonstrations de rue sur ces objectifs...

Ne peut-on pas affirmer (plutôt que maugréer « les raisins sont trop verts ») que plus que jamais une opposition de gauche à ce gouvernement est indispensable ? Et mener alors vis à vis du Front de gauche, du PCF, des Frondeurs, le débat sur le contenu de cette opposition plutôt que de nous recroqueviller sur la « conscience de classe à reconstruire » « la formation (nécessaire par ailleurs) marxiste révolutionnaire », et autres baratins partiellement creux (surtout à l’heure des « 99% contre les 1% » qui ne nous ont pas attendus pour se penser comme tels, même si cette prise de conscience n’est qu’un début).

Oui, nous voulons construire une opposition de gauche ! Ne devons-nous pas, plus que jamais, lancer ceci aussi bien aux militants syndicalistes, qu’aux adhérents du PCF, aux socialistes déboussolés, et ainsi de suite, oui, une opposition de gauche, évidemment pas n’importe laquelle. Sauf que pour discuter de laquelle encore faut-il la vouloir !

Déjà s’ils sont mécontents du gouvernement hé bien l’abandon du CICE, du Pacte et des mesures antisociales connexes. Et nous verrons.

Quant au « gouvernement anti austérité » ne doit-il plus nous intéresser, et devons nous le délaisser sous prétexte qu’entre Frondeurs, EELF, PCF ils s’en chargeraient ? Austérité serait trop flou ? Vous croyez que les effets de cette austérité n'éclairent pas le concept, jour après jour ! Le délaisser c’est leur en laisser le débat, le contenu, les moyens ? Nous ne sommes pas fous au point de laisser croire ni d’envisager que nous fassions partie de l’arc constitutif d’un tel gouvernement. Mais, sauf à démissionner, nous avons notre mot à en dire, et plus d’un mot car cela concerne la vie de millions de travailleuses et de travailleurs !

Qui sait si demain nous ne serons pas amenés à les interpeller sur justement ce contenu, ces moyens, les mesures immédiates qu’ils prôneraient en vue de gouverner, et tout ceci en lien direct avec une opinion préparée par les débats que nous aurons posés, par des luttes ou en appelant à des mobilisations pour peser sur leurs choix, empêcher les uns, radicaliser les autres ? Alors pourquoi nous exclure en laissant croire que c’est leur affaire, qu'est-ce qui a changé ? Le PS qui craque ? Et alors, justement !

Pourquoi ne pas persévérer dès aujourd’hui puisqu’ils le mettent en débat ?

Sauf à nous situer ailleurs, dans les limbes à reconstruire de la conscience de classe perdue, loin des complexités et des risques de la politique réelle.

CF. Leur texte s'intitule : Rassembler et Clarifier. Voir sur le site NPA.

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