On peut penser ce qu’on veut du mariage en général, et j’en pense beaucoup de mal, il n’y a maintenant pas à tergiverser. Il y a un temps pour les idées, il y a un temps pour la bagarre. L’heure n’est plus aux débats, elle est à la riposte. Perdre sur cette loi serait donner une victoire aux porteurs historiques de la plus virulente homophobie : les religions, la face noire des religions, celle qui sous couvert de valeurs (en réalité du dessein supposé de leurs dieux) prêche la honte, l’exclusion, la haine de soi, le désespoir, le renoncement à être soi et quand le bûcher ou la lapidation deviennent impraticables ont recours au… suicide.

 

Tout ce que ce pays compte de réactionnaires de toute eau (bénite) est aujourd’hui sur le pied de guerre. Mitres en tête, ils, elles se déchaînent partout où leur est donnée la parole et partout où ils peuvent la prendre, jusque sous les préaux des écoles privées. Si prompts à prétendre défendre les enfants, ils, elles n’ont cure de l’effet que peuvent avoir leurs insinuations et les invectives qu’elles autorisent, sur les jeunes lesbiennes, gais, bisexuel/les, transexue/les qui les subissent. Et leurs appels implicites au rejet, à la discrimination, au mépris vont nourrir tout autre chose dans les consciences qui les écoutent, que le sentimentalisme caritatif dont ils se gargarisent d’ordinaire.

Politiquement ils veulent rejouer la mobilisation des années 82 en défense de l’école privée, lorsqu’ils obtinrent de Mitterrand qu’il renonce au grand service public unique de l’école laïque et obligatoire. Pour l’institution catholique romaine, c’est son statut historique dans la France-fille-aînée-de-l’église qui finit de se déliter. Après cette bataille qu’elle va perdre au moins en partie, elle ne sera plus officiellement que ce qu’elle est déjà dans les têtes, un courant religieux parmi d’autres et pas le plus ouvert.

La droite se mobilise aussi, cahin-caha, emportée par les objurgations des moralistes de tous poils et sa propre culture machiste, sexiste et homophobe. Elle se mobilise sur cette question histoire d’embarrasser une « gauche » dont elle a bien du mal à critiquer la politique libérale. Le « mariage gay » fait l’affaire et, cynisme aidant, on entend ses ténors prôner une « amélioration substantielle » du PACS que, dans les mêmes termes, ils avaient tout aussi virulemment combattu il y a douze ans !

Cela autorise Marine Le Pen à la jouer plus fine, moderniste, en étant pour la manif du 13, sans y aller. Car il n’est pas dit que ce déferlement stupide ne jouera pas demain contre la droite en la ringardisant comme ce fut le cas après le PACS. Les pays où le mariage a été ouvert à tous n’ont sombré ni dans la polygamie ni dans l’inceste, ni même (hélas !) dans le désordre amoureux.

 

Il en est de gauche qui vont à la rescousse, merci Jospin, Collomb et autres. Ils prêchent doctement (la gauche est docte là où la droite aboie) un « ordre symbolique » rapidement pioché dans une psychologie tout aussi rapidement pensée. Leur ordre symbolique se résume à la conjugalité nucléaire (papa, maman, fifille et fiston) bien hétérosexuée, bien normée et bien datée.

Ce n’est jamais qu’une resucée du sexisme. Le sexisme est une vision du monde qui ordonne l’humanité à partir du sexe biologique qui vient « justifier » toutes sortes d’institutions, de hiérarchies, d’assignations. Les femmes en ont fait historiquement les plus gros frais. Cette gauche ne se conduit jamais qu’en béquille théorique d’un ordre dominant qui défaille. Elle pourrait se soucier plutôt du million 7 de familles monoparentales, le plus souvent sous la responsabilité de femmes seules, vouée aux sous-salaires, au plafond de verre professionnel, aux temps partiels contraints, au chômage, à la pénurie de places en crèche, garderies et centres de loisirs.

Ce cirque serait pitoyable si les effets n’en étaient exécrables.

 

Pendant ce temps, Hollande poursuit sa politique libérale, escomptant ne pas avoir trop (Depardieu aidant aussi) à s’en défendre. En posture de chantre des libertés et de la modernité, il peut même dans ce vacarme homophobe, en rabattre sur sa loi et tenter, en douce, de faire passer la PMA à la trappe.  Qu’importe pense-t-il : il fustige l’homophobie.

 

Car elle se déchaîne, l’homophobie. Une homophobie haineuse, graveleuse, largement sous-estimée jusqu’ici. Une homophobie quasiment criminelle quand on sait qu’une tentative de suicide sur quatre de jeunes de moins de 25 ans est liée à l’orientation sexuelle ! Une homophobie qui inhibe, exclue, blesse et tue. Une homophobie qui offense non seulement les personnes LGBT mais aussi toutes celles et ceux qui leur sont solidaires.

C’est cette homophobie sous ses oripeaux les plus divers qui va s’exprimer dimanche. C’est elle qu’il va falloir combattre en étant nombreux à manifester les 19 (dans les régions) et 27 (à Paris), pour faire déjà adopter cette loi, ensuite pour amplifier la prise de conscience du fléau social homophobe, celui dont parlent sans toujours le nommer mes comparses du beau film de Sébastien Lifshitz « les invisibles ».

Une fois cette bataille menée à bien, nous reprendrons les discussions.

 

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