NPA : Vae Victis !

Malheur aux vaincus. Le NPA est en passe de boire jusqu'à la lie le vin amer de sa défaite. Le bras de fer qui a opposé la LCR (l'anticapitalisme) puis la nouvelle génération dirigeant le NPA, à la gauche de la gauche institutionnelle, après avoir été très disputé, donne la victoire à cette dernière. Elle servait à ça, je l'ai assez dit, sauver l'appareil d'un PCF qui n'a plus que cette survie pour ligne sous les oripeaux d'un humanisme gnangnan (les gens souffrent, il y a urgence), et donner au PS une aile gauche plus confortable pour ratisser des voix qui ne lui font pas confiance. Aidés par quelques trotskistes en dérives plus quelques professionnel/les de la personnalité en mal de destin, la direction post stalinienne du PCF et la nébuleuse para social démocrate de Mélenchon sont en passe de toucher au nirvâna, le score à deux chiffres. Certains y verront une victoire qui pèsera "à gauche" sur le PS ! Or le programme défendu est un louvoiement entre ce qui peut être acceptable sous un gouvernement PS (en son sein ou/et dans un soutien critique voire une opposition constructive) et ce qui ressemble aux aspirations d'un peuple de gauche molesté par le PS et exaspéré (voire aveuglé) par les violences de la droite. Le FdG ne pèsera pas "à gauche" sur le PS, il pèse d'ores et déjà  sur ce qui est à gauche du PS, et au lieu d'armer sur l'indépendance envers le PS dont la politique libérale est limpide, ancrée et, demain le cas échéant ancrée dans les institutions, soutenue par le capital, il pousse vers le PS, focalise sur les relations avec le PS, préparent le "comment faire avec" au nom de la raison d'état de la crise et de la France... Nous verrons.

Comment tout cela a-t-il été rendu possible ? Sans doute le "peu de poids" de la nouvelle génération post LCR (toutes sensibilités confondues) en charge du NPA, cachée derrière Besancenot, a-t-elle joué. Les confrontations demandent des équipes trempées et des esprits tenaces. La situation sociale, l'audace du projet surtout, dont il y a tout lieu de rester fier, l'ampleur des oppositions... en ont eu raison et ont suscité d'un côté les volte face vers la ligne de plus forte pente, de l'autre des raidissements infantiles (voir Lénine). Bref, le bel espoir s'est enferré, disloqué. Si Poutou n'a pas ses signatures, il va se diluer et tout sera à refaire avec qui tiendra bon. Si Poutou les a, un petit filet de voix radical se fera entendre malgré les flonflons de la réthorique mélanchonienne. Car Poutou s'en sort enfin, après avoir sérieusement patiné. Il a du courage, franchement, ignoré largement, objet d'un mépris de caste sinon de classes, passablement décrié depuis le NPA même, sinon saboté... On voit qu'il y a derrière lui des années de militantisme syndical (et non de pompes et ors républicains, ni... de facilité derrière un porte voix médiatique), de lutte pied à pied contre la direction de Ford et contre des pouvoirs publics connivents, une sorte d'obstination tranquille, si l'on peut dire.

Bravo Philippe quoi qu'il advienne.

Maintenant le Front de Gauche a le vent en poupe. La crise frappe comme jamais et frappera plus encore. Ce n'est pas en en appelant à la République, au produisons français, à la défense nationale et autre rodomontades chauvines qu'on résistera au FN quand bien même on s'en joue le principal rempart. Ce n'est pas en défendant "nos entreprises", en vantant au passage tel grand patron (ce qui sent son interclassisme maçon), pas plus qu'en vilipendant "l'Angleterre" ou "l'Allemagne" qu'on tracera un vraie ligne de défense des travailleurs et des travailleuses, des sans et des jeunes, des étrangers, contre l'internationale du Grand Capital et ses féaux nationaux, de gauche comme hier (sans doute) de droite. Ce n'est pas plus avec, entre autres mesures, un pôle bancaire d'état qu'on résistera à la toute puissance d'un secteur bancaire privé intouché et intouchable, on verra. On peut proclamer solennellement qu'on ne sera pas d'un "gouvernement Hollandréou" tout en se retrouvant à soutenir voire plus un "gouvernement Hollande" tout court, ben tiens. Nous verrons.

Cette victoire dans la gauche de la gauche d'un front de gauche qui est d'abord une manœuvre de salut de la gauche institutionnelle, sera lourde de conséquences. Au moins quand on vote Hollande, on sait qu'on vote pour "travailler plus", rembourser la dette, l'austérité d'état, il ne s'en cache pas, et on sait qu'on cherche uniquement à virer Sarko. Le Front de Gauche sera un arnaque qui fera mal à ceux qui, une fois de plus, auont mis leur confiance en de faux prophètes, des habitués des gouvernements, des sièges, des postes et des arrangements. L'histoire a ceci de tragique que ses leçons sont comme le vent dans les consciences militantes, elles vont et viennent et se dispersent. Et si Poutou n'a pas ses signatures, hé bien je mettrai quand même un bulletin à son nom, décidément, au premier tour déjà, pour ne pas avoir mis un doigt dans ceci, en préférant le round suivant. Certains dénoncerons dans ce retrait un gauchisme façon PC des années trente ? Halte là. Nous ne sommes pas face à Hitler ni les Ligues, mais face à la montée en force d'offensives libérales que porte aussi les PS, là doit porter l'intransigeance, le devoir de clarté, le refus de tout accord.

Ensuite, celles et ceux qui y auront cru, comme celles et ceux qui dès aujourd'hui sont d'un scepticisme abyssal envers le "folklore" (entendu ce matin) électoral, tous les laissés pour compte "du temps compté, du travail contraint et de la vie chiche", eux, elles, auront à reprendre le lourd et cuisant fil des luttes. Alors nous en serons.

Puis on verra, le monde et les temps changent... chantait Dylan à ma jeunesse.

 

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