Police, drogue, quartiers... un gouvernement dangereux

Hier, alors que d'un côté de chez moi, à quelques centaines de mètres un rassemblement fourni pleurait la mémoire du policier récemment assassiné sur un lieu de deal bien connu d'Avignon, de l'autre côté de chez moi, vers les cités, à quelques autres centaines de mètres, le soir, a été tiré un feu d'artifice. Je ne sais si celui-ci célébrait ce que celui-là pleurait... mais on peut se demander.

Voilà, ce gouvernement traite la question du trafic de stupéfiants après avoir essayé de centrer la répression sur le consommateur avec des amendes, par le harcèlement des lieux de deal.

D'abord il est sidérant que ces lieux aient pignon sur rue, ils l'ont, tout le monde sait, tout le monde peut vous dire où et quand, etc. ils l'ont comme si une sorte de deal tacite existait : on sait, de temps à autres on descend, on embarque, ici ou là on tonitrue sur une saisie toujours record, on bourre les prisons de petits "délinquants". Le gros trafic semble lui hors de portée ou...

Alors on tape sur les petites mains, les petits receleur/ses, les fournisseurs locaux, sur les consommateurs.  Mais les moyens de combattre réellement le gros trafic, les filières, les circuits financiers, les circuits de diffusions, le gros argent sale (pas les quelques billets qui servent à bien des familles à remplir le caddy en fin de mois) où sont-ils ?

Trop cher sans doute, pas assez spectaculaire, encager le petit dealer du coin paye plus avec un bon article dans le journal local.

Donc ce gouvernement a trouvé un truc, car c'est un truc : le harcèlement. On harcèle les points de deal. Comme il y en a quand même pas mal, on harcèle, on va de l'un à l'autre, on peut pas tous les boucler en même temps ni durablement. On joue à saute-mouton, au gendarme et au voleur...

Ce faisant on fait deux choses : exaspérer le petit peuple qui vit de cette économie parallèle, pousser le niveau au dessus à s'énerver aussi, jusqu'à ce que cette exaspération menace d'exploser. Car elle peut exploser, on n'a pas affaire à des de petits dealers épars, on a affaire à une économie qui fait circuler de l'argent, qui occupe du monde, qui nourrit des familles.

Mais on s'en fout, on harcèle, on exaspère, on provoque.

Du coup la police est en première ligne, c'est elle qui reçoit en plein cette exaspération, elle n'a pas besoin de cela, les gouvernements successifs en ont fait depuis des années non plus des "gardiens de la paix" mais des agents de l'ordre brutaux, pas forcément chacun, heureusement, mais le corps et les porte-paroles syndicaux véritablement chiens courants de la répression aveugle au front bas qui saturent les antennes et les micros.

Ce faisant, à quoi aboutit cette politique de harcèlement stupide et dangereux ?

- à mettre en danger les policiers comme c'est de plus en plus le cas, en en faisant des cibles intuitu personae, en tant qu'individus, bientôt y compris leurs familles. La détestation politique, civique de la police telle que la façonnent les gouvernements libéraux autoritaires successifs, se transforme en haine envers les policiers, envers la fille, le gars d'à côté qui a trouvé ce boulot-là et ne demanderait sans doute pas mieux que d'avoir à le faire sans les injonctions au rendement des ministres successifs, sans avoir à cogner dans les manifs, à arrêter au faciès, à foutre la trouille à une partie de la population et à se voir détester par la jeunesse.

- à mettre à cran certains quartiers car le trafic n'est pas idiot, il fait de la politique et il sait mieux que quiconque que l'économie souterraine des drogues n'est pas seulement une délinquance, c'est aussi une économie, celle qui remplit le caddy pour des quantités de familles, qui donne de quoi avoir quelque monnaie en poche, qui fait (tragiquement) rêver bien des jeunes de vie facile, de grosses bagnoles... et qui permet aussi d'avoir la main-mise sur une partie par ailleurs délaissée, ségréguée, méprisée de la population !

avec sa politique le gouvernement actuel exaspère cette situation, extrémise la police mais aussi les "gérants" du trafic, il manipule de son côté les policiers dont il exaspère le désarroi, tandis que les maffieux manipulent l'armée des petits sous-trafiquants jusqu'à ne pas hésiter s'il le faut à mettre le feu à certains quartiers. Ça va venir.

C'est une politique éminemment dangereuse, perverse, alors que la seule sérieuse devrait avoir en ligne de mire des actions simples, rationnelles, pas si courageuses que cela et bénéfiques pour la santé professionnelle, morale et psychique  des policiers comme pour les victimes du trafic qu'ils soient d'un côté ou de l'autre de celui-ci.

1) prendre le contrôle de la production et de la diffusion des stupéfiants comme pour le tabac, l'alcool, qui tarisse la main-mise maffieuse que génère toute prohibition.

2) développer une politique sociale intense dans les espaces où la délinquance liée au trafic nourrit une économie parallèle, mais en y investissant pour de l'emploi entre autre social en direction des jeunes et des familles de ces zones,

3) réactiver un système de santé à bout de souffle, en particulier en investissant sur le suivi des addictions, des campagnes de prévention, des lieux de dialogue et de soin.

On en est aux antipodes et c'est tragique.

Ce gouvernement prétendument disruptif aurait pu ? Allons... sur ce point les masques sont tombés.

et puis d'où vient dans notre société libérale avancée que des millions de citoyen/nes aient recours à des psychotropes ?

non se

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