De Fourvière à la roche tarpéienne...

église catholique romaine, théologie, sacré, état de droit

Ce qui arrive à l'arrogant Primat des Gaules a une saveur toute particulière quand on se rappelle sa ferveur de croisé enflammé contre le mariage pour tous et ses diatribes moralistes à la perspective prétendue de voir les homosexuel/les (pourquoi eux seuls ?) réclamer demain le mariage à trois ou à quatre ! (Et pourquoi pas...) et s'effondrer les saintes institutions de contention de l'ordre sexué des genres, des femmes, des enfants et de tout un chacun.

Quand on se souvient combien depuis son autorité sourde et aveugle et assurée de son impunité il lançait ses troupes fanatisées contre ce désordre intrinsèque sur une loi laïque qui n'interférait en rien dans la catéchèse catholique du mariage entre croyants, désordre intrinsèque, rien moins, que seraient les LGBT à ses yeux et à ceux de ses deux parrains JP II de sinistre mémoire et B XVI de pitoyable mémoire.

Cela renvoie non à une dérive ou une crispation circonstancielle mais à la nature profonde de l'église romaine, en approfondissement obtus depuis des siècles, depuis la Réforme en particulier, avec comme dernier épisode le concile de Vatican I dans la deuxième moitié du XIX° siècle. Les Romains y avaient alors sacralisé la primauté pétrinienne en une infaillibilité papale acmé de l'autoproclamation de cette église comme non pas en corps collectif et horizontal du Christ ni porte voix de sa bonne nouvelle, mais comme détentrice de la Parole (les dogmes et leur tradition c'est à dire leur développement), comme détentrice de pouvoirs divins ( l'absolution des péchés via la confession et la pénitence après avoir quand même mis le hola aux indulgences, le salut des nouveaux nés par le baptême...), et comme bras armé de la divinité en situant l'église au dessus des pouvoirs et même des souffrances humaines avec dès lors l'obsession de ne pas nuire à ce corps sacré, intouchable.

Ne pas nuire à ce corps (dans tous les sens du terme, corps spirituel, corps doctrinal, corps d'armée !) tel était la loi suprême même au détriment de sa propre morale, de ses propres lois, de la souffrance qu'elle occasionne, des mensonges que ses clercs profèrent, de leurs crimes forcément véniels, et bien évidemment dans le plus parfait mépris de "César", aujourd'hui les droits de l'homme et l'état de droit. Il est d'ailleurs cocasse qu'on puisse encore en ce XXI° siècle de toutes les émancipations se laisser sans la moindre vergogne se faire appeler "monseigneur" (comme si au fait pour un croyant il n'y avait pas qu'un seul et unique seigneur !).

Car ce corps d'hommes célibataires est sacré comme la même église romaine a rendu sacré le "lien" du mariage, le baptême, l'hostie, la confession, l'absolution, le curé, la voix du "Saint Père", la "vierge" Marie, sans oublier ses cimetières à la terre consacrée longtemps interdits au non romains et j'en passe !

C'est ce "sacré" généralisée comme une arme de protection massive qui tue l'église romaine en se retournant contre elle. Un sacré qui n'a pas grand chose à voir avec l'annonce de la "bonne nouvelle" de la rédemption par le sacrifice christique, par le partage aimant qui doit lui être associé, par l'annonce d'un pardon général et d'une rémission des manquements comme perspective qui devrait être joyeuse et bienveillante... Il arrive d'ailleurs à ce pape pétri de la défense de son bateau ivre, d'avoir des sursauts de lucidité théologique à ce propos. Des sursauts, sans plus.

Cette logique de sacralisation progressive et absolue du corps ecclésial romain a logiquement conduit au naufrage en cours car c'est un naufrage, moral, religieux, institutionnel, juridique et pour finir théologique auquel on assiste médusé. C'est le naufrage de la conception de l'église défendue et agie par Rome depuis des siècles. RIP.

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